LIVRE III, N. XXIII, XXIV
«la réception de la grace est volontaire, » et que d'autre côté il enseigne que la rémission des péchés est purement gratuite; et que tout ce qui nous y prépare de prés ou de loin, depuis le commencement de la vocation et les premières horreurs de la conscience ébranlée par la crainte, jusqu'à l'acte le plus parfait de la charité, est un don de Dieu '.
Il est vrai qu'à l'égard des enfans nous disons que par son immense miséricorde le baptéme les sanctifie, sans qu'ils coopèrent à ce grand ouvrage par aucun bon mouvement: mais outre que c'est en cela que reluit le mérite de Jésus-Christ et l'efficace de son sang, les luthériens en disent autant, puisqu'ils confessent avec nous « qu'il faut baptiser les petits enfants; que le baptéme leur est nécessaire à salut, et qu'ils sont faits enfans de Dieu par ce sacrement ?. » N'est-ce pas là reconnoitre cette force du sacrement efficace par lui-même et par sa propre action, ex opere operato, dans les enfans? Car je ne vois pas que les luthériens s'attachent à soutenir avec Luther que les enfans qu'on porte au baptéme, y exercent un acte de foi. Il faut donc qu'ils disent avec nous que le sacrement, par lequel ils sont régénérés, opère par sa propre vertu.
Que si l'on objecte que parmi nous le sacrement a encore la même efficace dans les adultes et y opère ex opere operato, il est aisé de comprendre que ce n'est pas pour exclure en eux les bonnes dispositions nécessaires, mais seulement pour faire voir que ce que Dieu opère en nous lorsqu'il nous sanctifie par le sacrement, est au-dessus de tous nos mérites, de toutes nos œuvres, de toutes nos dispositions précédentes, en un mot un pur effet de sa grace et du mérite infini de Jésus-Christ.
Il n’y a done point de mérite pour la rémission des péchés; et la Confession d Augsbourg ne devoit pas se glorifier de cette doctrine comme si elle lui étoit particulière, puisque le concile de Trente reconnoit aussi bien qu'elle « que nous sommes dits justifiés gratuitement, à cause que tout ce qui précède la justification, soit la foi, soit les ceuvres, ne peut mériter cette grace, selon ce
1 Sess, VI, cap. V, VI, XIV; sess. XIII, VII; sess. XIV, IV; sess. VI, VII; sess. VI, vin; sess. VI, V, VI; can. 1, 2, 3; sess. XIV, 4, — 2 Art. 9.
Que dans la doctrine des luthériens les sacremens opèrent ex opere ope- Tato.
XXIV, Que la rémission des péchés est purement grafuite, selon le concile de Trente,
que dit l'Apôtre : « Si c’est grace, ce n'est point par œuvres, autrement la grace n'est plus grace !. »
Voilà done la rémission des péchés et la justification établie gratuitement et sans mérites dans l'Eglise catholique en termes aussi expres qu'on l'a pu faire dans la Confession d'Augsbourg.
xm. Que si aprés la rémission des péchés, lorsque le Saint-Esprit
«omi habite en nous, que la charité y domine et que la personne a été
sur le mé-
ts rendue agréable par une bonté gratuite, nous reconnoissons du 41e: mérite dans nos bonnes œuvres, la Confession d'Augsbourg en dans a est d'accord, puisqu'on y lit dans l'édition de Genève imprimée sur celle de Vitenberg faite à la vue de Luther et de Mélanchine thon. « que la nouvelle obéissance est réputée une justice, ET v qe MÉRITE des récompenses. » Et encore plus expressément, que sw. — « bien que fort éloignée de la perfection de la loi, elle est une justice, er MÉRITE des récompenses. » Et un peu aprés, que «les bonnes œuvres sont dignes de grandes louanges, qu'elles sont nécessaires, et qu'elles MÉRITENT des récompenses ?. »
Ensuite expliquant cette parole de l'Evangile : « Il sera donné à celui qui a déjà; » elle dit, « que notre action doit être jointe aux dons de Dieu qu'elle nous conserve, et qu'elle EN MÉRITE l’accroissement *; » et loue cette parole de saint Augustin, « que la charité, quand on l'exerce, mérite l'aceroissement de la charité. » Voilà donc en termes formels notre coopération nécessaire, et son: mérite établi dans la Confession d'Augsbourg. C'est pourquoi on conclut ainsi cet article: « C'est par là que les gens de bien entendent les vraies bonnes œuvres, et comment elles plaisent à Dieu et comment elles SONT MÉRITOIRES *. » On ne peut pas mieux établir, ni plus inculquer le mérite; et le concile de Trente n'appuie pas davantage sur cette matière.
Tout cela étoit pris de Luther et du fond de ses sentimens : car il écrit dans son Commentaire sur l' Epitre aux Galates, que « lorsqu'il parle de la foi justifiante, il entend celle qui opère par la charité : car, dit-il, la foi mérrre que le Saint-Esprit nous soit donné *. »
1 Conc. Trid., sess. VI, cap. VIII. — ? Art. 6, Synt.Gen., p. 12; ibid., p. 20, cap. de bon. oper. — 3 Art. 6, Synt. Gen., p.21. — * Ibid:, p. 22. — 5 Comment. in Ep. ad Gal., tom. V, 243.