LIVRE III, N. XXVI. 11r
Il venoit de dire qu'avec cet Esprit toutes les vertus nous étoient
données; et c'est ainsi qu'il expliquoit la justification dans ce
fameux Commentaire : il est imprimé à Vitenberg en l'an 1553; de sorte que vingt ans aprés que Luther eut commencé la Réforme, on n'y trouvoit rien encore à reprendre dans le mérite.
Il ne faut donc pas s'étonner si on trouve ce sentiment si fortement établi dans l'Apologie de la Confession d'Augsbourg. Mélanehthon fait de nouveaux efforts pour expliquer la matière de la justification, comme ille témoigne dans ses lettres, et il y en- Seigne « qu'il y a des récompenses proposées et promises aux
bonnes œuvres des fidèles, et qu'elles sont wÉnrromzs, non de la
rémission des péchés ou de la justification ( choses que nous n'avons que par la foi), mais d'autres récompenses corporelles et spirituelles en cette vie et en l'autre, selon ce que dit saint Paul, que « chacun recevra sa récompense selon son travail ‘. » Et Mélanehthon est si plein de cette vérité, qu'il l'établit de nouveau dans la réponse aux objections par ces paroles: « Nous confessons, comme nous avons déjà fait souvent, qu'encore que la justification et la vie éternelle appartiennent à la foi, toutefois les bonnes œuvres MÉRITENT d'autres récompenses corporelles et spirituelles et divers degrés de récompenses, selon ce que dit saint Paul, que « chacun sera récompensé selon son travail: » car la justice de l'Evangile occupée de la promesse de la grace, recoit gratuitement la justification et la vie : mais l'accomplissement de la loi, qui vient en conséquence de la foi, est occupé autour de la loi méme ; et là, poursuit-il, la récompense EST OFFERTE, non pas GRATUITEMENT, mais selon les œuvres, ET ELLE EST DUE, et aussi ceux QUI MÉRITENT cette récompense sont justifiés devant que d'aecomplir la loi *. »
Ainsi le mérite des ceuvres est constamment reconnu par ceux de la Confession d'Augsbourg comme chose qui est comprise dans la notion de la récompense, n'y ayant rien en effet de plus naturellement lié ensemble que le mérite d'un cóté , quand la récompense est promise et proposée de l'autre.
1 Apol. Conf. Aug., ad art. 4, 5, 6, 20; Resp. ad object. Concord , p. 96.— 2 Ibid., p. 137.
L'Apologie établit le mérile des
œuvres,
Mélanchihon ne s'enlend pas luiméme dans V'Apologie lorsqu'il y nie que les bonnes œuvres méritent la vie éternelle.
Et en effet ce qu'ils reprennent dans les catholiques n'est pas d'admettre le mérite qu'ils établissent aussi; mais « c'est, dit l'Apologie, en ce que toutes les fois qu'on parle du mérite, ils le transportent des autres récompenses à la justification *. » Si donc nous ne connoissons de mérite qu'aprés la justification et non pas devant, la difficulté sera levée; et c'est ce qu'on a fait à Trente par cette décision précise : « Que nous sommes dits justifiés gratuitement, à cause qu'aucune des choses qui précèdent la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne la peuvent mériter ?. » Et encore: « Que nos péchés nous sont remis gratuitement par la miséricorde divine, à cause de Jésus-Christ ?. » D'où vient aussi que le concile n'admet de mérite, « qu'à l'égard de l'augmentation de la grace et de la vie éternelle *. »
Pour l'augmentatiou de la grace, on en convenoità Augsbourg, comme on a vu : et pour la vie éternelle, il est vrai que Mélanchthon ne vouloit pas avouer qu'elle füt méritée par les bonnes œuvres, puisque selon lui elles méritoient seulement d'autres récompenses qui leur sont promises en cette vie et en l'autre. Mais quand Mélanchthon parloit ainsi, il ne considéroit pas ce qu'il disoit lui-même dans ce méme lieu *, que c’est la gloire éternelle « qui est due aux justifiés, selon cette parole de saint Paul : « Ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés 5. » Il ne considère pas, eneore un coup, que c'est la vie éternelle qui est la vraie récompense promise par Jésus-Christ aux bonnes ceuvres, conformément à ce passage de l'Evangile qu'il rapporte lui-même ailleurs pour établir le mérite”, que ceux qui obéiront à l'Evangile « recevront le centuple en ce siècle et la vie éternelle en l’autre ® ; » où l’on voit qu'outre le centuple, qui sera notre récompense en ce siècle, la vie éternelle nous est promise comme notre récompense au siècle futur : de sorte que si le mérite est fondé sur la promesse de la récompense, comme l’assure Mélanchthon et comme il est vrai, il n'y a rien de plus mérité que la vie éternelle, quoiqu'il n'y ait rien d'ailleurs de plus gratuit, selon
1 Apol., ibid. — ? Sess. VI, cap. virt. — 5 Sess. VI, cap. IX. — * Sess. VI, cap. XVI, et can. 32.— 5 Apol. Conf. Aug., ad art. 4, 5, 6, 20; Resp. ad object., Conc., p. 137. — 6 Rom., vii, 30.— 7 In locis com., cap. de Justif. — $ Matth., x1x, 29.