LIVRE III, N. XXVIII, XXIX
cette belle doctrine de saint Augustin, que « la vie éternelle est due aux mérites des bonnes ceuvres, mais que les mérites auxquels elle est due nous sont donnés gratuitement par Notre-Seigneur Jésus-Christ *. »
Aussi est-il véritable que ce qui empéche Mélanchthon de regarder absolument la vie éternelle comme récompense promise aux bonnes œuvres, c'est que dans la vie éternelle il y a toujours un certain fonds qui est attaché à la grace, qui est donné sans œuvres aux petits enfans, qui seroit donné aux adultes quand méme ils seroient surpris de la mort au moment précis qu'ils sont justifiés sans avoir eu le loisir d'agir aprés: ce qui n'empéche pas qu'à un autre égard le royaume éternel, la gloire éternelle, la vie éternelle ne soient promises aux bonnes œuvres comme récompense, et ne puissent aussi être méritées au sens méme de la Confession d’Augsbourg.
.Que sert aux luthériens d'avoir altéré cette Confession, et d'en avoir retranché dans leur livre de la Concorde et dans d'autres éditions ces passages qui autorisent le mérite ? Empécheront-ils par là que cette Confession de foi n'ait été imprimée à Vitenberg, sous les yeux de Luther et de Mélanchthon et sans aucune contradiction dans tout le parti, avec tous les passages que nous avons rapportés? Que font-ils done autre chose, quand ils les effacent maintenant, que de nous en faire remarquer la force et l'importance? Mais que leur sert de rayer le mérite des bonnes œuvres dans la Confession d' Augsbourg , s'ils nous le laissent eux-mêmes aussi entier dans l’Apologie, comme ils l'ont fait imprimer dans leur livre dela Concorde? N'est-il pas constant que l’Apologie a été présentée à Charles V par les mémes princes et dans la méme diète, que la Confession d'Augsbourg?? Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est qu'elle fut présentée de l'aveu des luthériens, « pour en conserver le vrai et propre sens; » car c'est ainsi qu'il en est parlé dans un écrit authentique, oü les princes et les Etats protestans déclarent leur foi ?. Ainsi on ne peut douter que le mérite des ceuvres ne soit de l'esprit du luthéranisme et
1 Aug., ep. cv, nunc cxcIv, n. 19, De Corrept. et grat., cap. XIII, n. 44, — 2 Prof. Apol., Conc., p. 48. — 3 Solid. repet. Conc., 633.
Qu'il ya quelque chose dans la vie éternelle qui
ne tombe pas sous le mérite.
Variations des luthériens dans ce qu'ils ont retranché de la Confession
d'Augs-
bourg.
de la Confession d' Augsbourg : et c'est à tort que les luthériens inquiètent sur ce sujet l'Eglise romaine.
m Je prévois pourtant qu'on pourra dire qu'ils n'ont pas approuvé ee le mérite des œuvres dans le même sens que nous, pour trois Fes raisons. Premièrement, parce qu'ils ne reconnoissent pas, comme pisement NOUS, que l'homme juste puisse et doive satisfaire à la loi. Secon- EC dement, parce que pour cette raison ils n'admettent pas le mérite
»ologe»» qu'on appelle de condignité, dont tous nos livres sont pleins.
riae Troisièmement, parce qu'ils enseignent que les bonnes œuvres de l'homme justifié ont besoin d'une acceptation gratuite de Dieu, pour nous obtenir la vie éternelle; ce qu'ils ne veulent pas que nous admettions.
Voilà, dira-t-on, trois caractères par où la doctrine de la Confession d’Augsbourg et de Y Apologie sera éternellement séparée de la nótre. Mais ces trois caractéres ne subsistent que par trois fausses accusations de notre croyance : car premièrement, si nous disons qu'il faut satisfaire à la loi, tout le monde en est d'accord, puisqu'on est d'accord qu'il faut aimer, et que l'Ecriture prononce que « l'amour » ou « la charité est l’accomplissement de la loi‘. » Il y en a méme dans l'Apologie un chapitre exprès, dont voici le titre : « De la dilection et de l'accomplissement de la loi ?. » Et nous y venons de voir que « l’accomplissement de la loi vient en conséquence de la justification ?; » ce qui y est répété en cent endroits, et ne peut étre révoqué en doute: mais au reste il n'est pas vrai que nous prétendions qu'après être justifié on satisfasse à la loi de Dieu en toute rigueur, puisqu'au contraire on nous apprend dans le concile de Trente, que nous avons besoin de dire tous les jours : « Pardonnez-nous nos fautes *; » de sorte que, pour parfaite que soit notre justice, il y a toujours quelque chose que Dieu y répare par sa grace, y renouvelle par son Saint-Esprit, y supplée par sa bonté.
xx. — Quant au mérite de condignité, outre que le concile de Trente ie. ne s'est pas servi de ce terme, la chose en elle-même n'a aucune "U^ difficulté, puisqu'au fond on est d'accord qu'aprés la justification,
c’est-à-dire après que la personne est agréable, que le Saint-Esprit
1 Rom., Xil, 10, — ? Apol., p. 83. — ? Apol., p. 137. — * Sess. VI, cap. XI,