‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 63 sur 387 · LIVRE IIT, N. XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE IIT, N. XXXII

y habite et que la charité y régne, l'Ecriture lui attribue une espèce de dignité : « Ils marcheront avec moi en habit blané, parce qu'ils en sont dignes ‘. » Mais le concile de Trente a clairement expliqué que toute cette dignité vient de la grace? ; et les catholiques le déclarèrent aux luthériens dès le temps de la Confession d' Augsbourg, comme il paroit par l'Histoire de David Chytré et par celle de Georges Célestin, auteurs luthériens ?. Ces deux historiens rapportent la réfutation de la Confession d? Augsbourg faite par les catholiques par ordre de l'empereur, où il est porté « que l'homme ne peut mériter la vie éternelle par ses propres forces et sans la grace de Dieu, et que tous les catholiques confessent que nos œuvres ne sont par elles-mémes d'aucun mérite , mais que la grace de Dieu les rend dignes de la vie éternelle. »

Pour ce qui regarde les bonnes ceuvres que nous faisons avant que d'étre justifiés , parce qu'alors la personne n'est pas agréable ni juste, qu'au contraire elle est regardée comme étant encore en péché et comme ennemie : en cet état elle est incapable d'un véritable mérite ; et le mérite de congruité ou de convenance, que les théologiens y reconnoissent , n'est pas selon eux un véritable mérite ; mais un mérite improprement dit, qui ne signifie autre chose sinon qu'il est convenable à la divine bonté d'avoir égard aux gémissemens et aux pleurs qu'il a lui-même inspirés au pécheur qui commence à se convertir.

Il faut répondre la méme chose des aumónes que fait un pécheur « pour racheter ses péchés, » selon le précepte de Daniel *; et « de la charité qui couvre la multitude des péchés, » selon saint Pierre 5 ; et du pardon promis par Jésus-Christ méme « à ceux qui pardonnent à leurs frères *. » L'Apologie répond ici que Jésus- Christ n'ajoute pas « qu'en faisant l'aumóne, » ou «en pardonnant, on mérite le pardon , » ez opere operato, en vertu de cette action, « mais en vertu de la foi". » Mais qui aussi le prétend autrement? Qui a jamais dit que les bonnes œuvres qui plaisent à Dieu ne dussent pas étre faites selon l'esprit de la foi, «sans laquelle, comme

1 Apoc., III, 4. — ? Conc. Trid., sess. VI, cap. xvr, etc. — ? Chyt., Hist. Conf. Aug., post. Conf. Georg.; Cœl., Hist. Conf. Aug., tom. III. — * Dan., 1v, 24, — 5] Peír., IV, 8. — 6 Luc., VI, 31. — 7 Resp. ad Arg., p. 411.

Le mérite de congruité,

Médialion de Jésus- Christ toujours né-

dit saint Paul, il n'est pas possible de plaire à Dieu !?» Ou qui a jamais pensé que ces bonnes ceuvres et la foi qui les produit, méritassent la rémission des péchés ex opere operato, et fussent capables de l'opérer par elles- mémes? On n'avoit pas seulement songé à employer cette locution, ex opere operato, dans les bonnes œuvres des fidèles : on ne l'appliquoit qu'aux sacremens, qui ne sont que de simples instrumens de Dieu ; on l'employoit pour montrer que leur action étoit divine, toute-puissante et efficace par elle-même ; et c'étoit une calomnie ou une ignorance grossière de supposer que dans la doctrine catholique les bonnes ceuvres opérassent de cette sorte la rémission des péchés et la grace justifiante. Dieu , qui les inspire, y a égard par sa bonté, à cause de Jésus-Christ ; non à cause que nous sommes dignes qu'il y ait égard pour nous justifier, mais parce qu'il est digne de lui de regarder en pitié des cœurs humiliés et d'y achever son ouvrage. Voilà le mérite de convenance, qui peut être attribué à l'homme, avant méme qu'il soit justifié. La chose au fond est incontestable ; et si le terme déplait, l'Eglise aussi ne s'en sert pas dans le concile de Trente. Mais encore que Dieu regarde d'un autre ceilles pécheurs déjà justifiés, et que les œuvres qu'il y produit par son Esprit habitant n eux tendent plus immédiatement à la vie éternelle, il n'est

"" pas vrai, selon, nous qu'il n'y faille pas de la part de Dieu une ac-

ceptation volontaire, puisque tout est iei fondé, comme dit le concile de Trente, sur la promesse que « Dieu nous a faite miséricordieusement, » c'est-à-dire gratuitement, « à cause de-Jésus- Christ ?, » de donner la vie éternelle à nos bonnes œuvres ; sans quoi nous ne pourrions pas nous promettre une si haute récompense.

Ainsi quand on nous objecte partout dans la Confession d' Augsbourg et dans l' Apologie?, qu'après la justification nous ne croyons plus avoir besoin de la médiation de Jésus-Christ, on ne peut pas nous calomnier plus visiblement, puisqu'outre que c'est par Jésus-Christ seul que nous conservons la grace recue, nous avons besoin que Dieu se ressouvienne sans cesse de la promesse qu'il

1 Hebr., x1, 6. — ? Conc. Trid., sess. VI, cap. XVI. — ? Apol, uer ad Arg., p. 121, ete.

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