LIVRE III, N. XXXIV, XXXV
nous a faite dans la nouvelle alliance par sa seule miséricorde et par le sang du Médiateur.
Enfin tout ce qu'il y a de bon dans la doctrine luthérienne, nonseulement étoit en son entier dans l'Eglise, mais encore s'y expliquoit beaucoup mieux , puisqu'on éloignoit clairement toutes les fausses idées: et c'est ce qui paroit principalement dans la
doctrine de la justice imputée. Les luthériens croyoient avoir:
trouvé quelque chose de merveilleux et qui leur füt particulier, en disant que Dieu nous imputoit la justice de Jésus-Christ , qui avoit parfaitement satisfait pour nous et qui rendoit ses mérites nótres. Cependant les scolastiques , qu'ils blàmoient tant , étoient tout pleins de cette doctrine. Qui de nous n'a pas toujours cru et enseigné que Jésus-Christ avoit satisfait surabondamment pour les hommes , et que le Pére éternel content de cette satisfaction de son Fils, nous traitoit aussi favorablement que si nous eussions nous-mêmes satisfait à sa justice? Si on ne veut dire que cela quand on dit que la justice de Jésus-Christ nous est imputée , c’est une chose hors de doute, et il ne falloit pas troubler tout l'univers , ni prendre le titre de Zeformateurs pour une doctrine si connue et si avouée. Et le concile de Trente reconnoissoit bien que « les mérites de Jésus-Christ et de sa passion » étoient rendus nótres par la justification , puisqu'il répàte tant de fois « qu'ils nous y sont communiqués !, » et que personne ne peut être justifié sans cela.
Ce que veulent dire les catholiques avec ce concile , lorsqu'ils ne permettent pas de s'en tenir à une simple imputation des mérites de Jésus-Christ, c'est que Dieu lui-méme ne s'en tient pas là; mais que pour nous appliquer ses mérites , en méme temps il nous renouvelle, il nous régénère , il nous vivifie , il répand en nous son Saint-Esprit qui est l'esprit de sainteté, et par là il nous sanctifie!: et tout cela ensemble selon nous fait la justification du pécheur. C'étoit aussi la doctrine de Luther et de Mélanchthon. Ces subtiles distinctions entre la justification et la régénération ou la sanctification, où l'on met maintenant toute la finesse de la doctrine protestante, sont nées aprés eux et depuis la Confession