LIVRE III, N. XXXVII
éloigné des emportemens qu'on voit aujourd'hui dans la nouvelle Réforme , où on ne rougit pas de condamner saint Bernard et de traiter saint Francois d'insensé.
Il est vrai que l'Apologie , aprés avoir mis ces grands hommes au nombre des saints Péres, condamne les moines qui les ont suivis, parce qu'on « prétend qu'ils ont cru mériter la rémission des péchés, la grace et la justice par ces œuvres, et non pas la recevoir gratuitement !. » Mais la calomnie est visible, puisque les religieux d'aujourd'hui croient encore, comme les anciens , avec l'Eglise catholique et le concile de Trente , que la rémission des péchés est purement gratuite et donnée par les mérites de Jésus- Christ seul.
Et afin qu'on ne pense pas que le mérite que nous attribuons à ‘ ees œuvres de pénitence fût alors improuvé par les défenseurs de la Confession d' Augsbourg, ils enseignent en général des œuvres et des afflictions , « qu'elles MÉRITENT non pas la justification, mais d'autres récompenses ? : » et en particulier de l'aumóne, lorsqu'on la fait en état de grace, « qu'elle wEnurre plusieurs bienfaits de Dieu ; QU'ELLE ADOUCIT LES PEINES ; qu'elle MÉRITE que nous soyons assistés contre les périls du péché et de la mort. » Qui empêche qu'on n'en dise autant du jeùne et des autres mortifications ? Et tout cela bien entendu n'est au fond que ce qu'enseignent tous les catholiques.
Les calvinistes se sont éloignés des véritables idées de la justification, en disant, comme nous verrons, que le baptéme n'est pas nécessaire aux petits enfans ; que la justice une fois reçue ne se perd pas ; et ce qui en est une suite, qu'elle se conserve méme dans le crime. Mais comme les luthériens virent commencer ces erreurs dans les sectes des anabaptistes, ils les proscrivirent par ces trois articles de la Confession d/ Augsbourg :
« Que le baptéme est nécessaire à salut et qu'ils condamnent les anabaptistes, qui assurent que les enfans peuvent étre sauvés sans le baptéme et hors de l'Eglise de Jésus-Christ *.
» Qu'ils condamnent les mémes anabaptistes, qui nient qu'on
1 Apol., resp. ad Arg., p. 99; de vot. monast., p. 281. — ? Ibid., p. 136. — 3 Art. 9, p. 12.
La nécessité du baptéme, et l'amissibilité de la justice enseignée dans la Confession d'Augsbourg.
Les inconvéniens de la certilude et de la foi spéciale ne sont pas levés dans la Confession d'Augsbourg.
puisse perdre le Saint-Esprit, quand on a été une fois justifié 1,
» Que ceux qui tombent en péché mortel ne sont pas justes : qu'il faut résister aux mauvaises inclinations : que ceux qui leur obéissent contre le commandement de Dieu, et agissent contre leur conscience, sont injustes et n'ont ni le Saint-Esprit, ni la foi, ni la confiance en la divine miséricorde ?. »
On sera étonné de voir tant d'articles de conséquence décidés selon nos idées dans la Confession d' Augsbourg, et enfin quand je considère ce qu'elle a trouvé de particulier; je ne vois que cette foi spéciale dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage, et la certitude infaillible de la rémission des péchés qu'on lui veut faire produire dans les consciences. Il faut avouer aussi que c'est là ce qu'on nous donne pour le dogme capital de Luther, le chef-d'œuvre de sa Réforme et le plus grand fondement de la piété et de la consolation des ames fidèles. Mais cependant on n'a point trouvé de remède à ce terrible inconvénient que nous avons remarqué d'abord *, d’être assuré de la rémission de ses péchés sans le pouvoir jamais étre de la sincérité de sa repentance. Car enfin, quoi qu'il soit de l'imputation, il est bien certain que Jésus- Christ n'impute sa justice qu'à ceux qui sont pénitens et sincèrement pénitens, c'est-à-dire sincèrement contrits, sincèrement affligés de leurs péchés, sincérement convertis. Que cette sincere pénitence ait en elle-méme de la dignité, de la perfection, du mérite, quel qu'il soit, ou qu'elle n'en ait pas, je m'en suis assez expliqué, et c’est de quoi je n'ai que faire en cette occasion. Qu'elle soit ou condition, ou disposition et préparation , ou enfin tout ce qu'on voudra, cela ne m'importe, puisqu'enfin, quoi qu'il en soit, il faut l'avoir, ou il n'y a point de pardon. Or si je l'ai, ou si je ne l'ai pas, c'est de quoi je ne puis jamais étre assuré selon les principes de Luther, puisque selon lui je ne sais jamais si ma pénitence n'est pas une illusion, ou une vaine pàture de mon amourpropre, ni si le péché que je crois détruit dans mon cœur, n'y régne pas avec plus de süreté que jamais en se dérobant à mes yeux.
1 Art, 11, p. 13. — ? Art. 6, p. 12; cap. de bon. oper., p. 21, — 9 Ci-dessus, livre I, n. 9 et suiv.