‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 67 sur 387 · LIVRE III, N, XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, N, XXXIX

Et on a beau dire avec l'Apologie : « La foi ne compatit pas avec le péché mortel ! : » or j'ai la foi : done je n'ai plus de péché mortel; ear c'est de là que vient tout l'embarras , puisqu'on doit dire au contraire : « La foi ne compatit pas avec le péché mortel : » c'est ce que les luthériens viennent d'enseigner. Or je ne suis pas assuré de n'avoir plus de péché mortel; c'est ce que nous avons prouvé par la doctrine de Luther * : je ne suis donc pas assuré d'avoir la foi. En effet on s'écrie dans l'Apologie : « Qui aime assez Dieu? Qui le craint assez? Qui souffre avec assez de patience ?? » Or on peut dire dé même : « Qui croit comme il faut? Qui croit assez pour être justifié devant Dieu?» Et la suite de l'Apologte établit ce doute; car elle poursuit : « Qui ne doute pas souvent si c'est Dieu ou le hasard qui gouverne le monde? Qui ne doute pas souvent s'il sera exaucé de Dieu? » On doute donc souvent de sa propre foi : comment est-on assuré alors de la rémission de ses péchés? On ne l'a donc pas cette rémission : ou bien, contre le .dogme de Luther, on l'a sans en être assuré; ou, ce qui est le comble de l’aveuglement, on en est assuré sans être assuré de la sincérité de sa foi ni de celle de sa pénitence, et la rémission des péchés devient indépendante de l'une et de l'autre. Voilà où nous précipite cette certitude qui fait tout le fond de la Confession d'Augsbourg et le dogme fondamental du luthéranisme.

Au reste ce qu'on nous oppose, que par l'incertitude où nous dic. laissons les consciences affligées nous les jetons dans le trouble ou 1espropres

A i - "m i ‘ principes même dans le désespoir, n'est pas véritable; et il faut bien que les des see Fit « À , riens "inluthériens en conviennent par cette raison : car quelque assurés certitude

reconnue

qu'ils se vantent d’être de leur justification , ils n'osent pas s'as- pur les easurer absolument de leur persévérance, ni par conséquent de leur ‘ne dut béatitude éternelle. Au contraire ils condamnent ceux qui disent ^u voqu'on ne peut pas perdre la justice une fois recue *. Mais en la per- E

dant, on perd avec elle tout le droit qu'on avoit comme justifié à conscience l'héritage éternel. On n’est donc jamais assuré de ne pas perdre ce droit, puisqu'on n'est pas assuré de ne pas perdre la justice à laquelle il est attaché. On y espère néanmoins à ce bienheureux

1 Apol., cap. de Justif., p. 11, 81, etc.— ? Ci-dessus, liv. I, n. 9 et suiv.— 3 Apol. cap. de Justif. p. 91. — ^ Conf. Aug., art. 6, 11, cap. de bon. operib., p. 12,13, 21.

héritage : on vit heureux dans cette douce espérance, selon ce que dit saint Paul: « Nous réjouissant en espérance !! » On peut done sans celte assurance dernière qui exclut toute sorte de doute, jouir du repos que l'état de cette vie nous peut permettre. M On voit par là ce qu'il faut faire pour accepter la promesse et se "iem l'appliquer ; c'est sans hésiter, qu'il faut croire que la grace de la

sime justice chrétienne et par conséquent la vie éternelle est à nous en

dans la

justia. Jésus-Christ; et non-seulement à nous en général, mais encore à

quelle cer nous en particulier. Il n'y a point à hésiter du cóté de Dieu, je le

"cw. ' Confesse : le ciel et la terre passeront plutôt que ses promesses nous manquent. Mais qu'il n’y ait point à hésiter ni rien à craindre de notre côté, le terrible exemple de ceux qui ne persévèrent pas jusqu’à la fin et qui, selon les luthériens, n'ont pas été moins juslifiés que les élus mémes, démontre le contraire.

Voici donc en abrégé toute la doctrine de la justification : qu'encore que pour nourrir l'humilité dans nos cœurs nous soyons toujours en crainte de notre cóté, tout nous est assuré du cóté de Dieu; de sorte que notre repos en cette vie consiste dans une NE confiance en sa bonté paternelle, et dans un parfait abandon à sa haute et incompréhensible volonté avec une profonde adoration de son impénétrable secret.

XLI. Pour la Confession de Strasbourg, si nous en considérons la “ma doctrine, nous verrons combien on eut de raison, dans la conféene dg rence de Marpourg, d'accuser ceux de Strasbourg et en général

1 titi- . a * .

s les sacramentaires, de ne rien entendre dans la justification de

vase. Luther et des luthériens : car cette confession de foi ne dit pas un """ mot ni de la justice par imputation, ni aussi de la certitude qu'on en doit avoir ?. Elle définit au contraire la justification, ce par quoi « d'injustes nous devenons justes, et de mauvais bons et droits ?, » sans en donner d'autre idée. Elle ajoute qu’elle est gratuite et l’attribue à la foi, mais à la foi unie à la'charité et féconde

en bonnes cuvres.

Aussi dit-elle avec la Confession d Augsbourg « que la charité est l'aceomplissement de toute la loi, selon la doctrine de saint

1 Rom., xil, 12. — ? Voy. ci-dessus, liv. Il, n. dern. — ? Conf. Argent., cap. I et 1v.

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