LIVRE III, N. XLIT
Paul!; » mais elle explique plus fortement que n'y avoit fait Mélanchthon combien nécessairement la loi doit être accomplie, lorsqu'elle assure «que personne ne peut être pleinement sauvé, s'il n'est conduit par l'esprit de Jésus-Christ à ne manquer d'aucune des bonnes œuvres pour lesquelles Dieu nous a créés; et qu'il est si nécessaire que la loi s'accomplisse, que le ciel et la terre passeront plutôt qu'il puisse arriver du relâchement dans le moindre trait de la loi ou dans un seul iota ?. » .
Jamais catholique n'a parlé plus fortement de l'accomplissement de la loi que fait cette confession : mais encore que ce soit là le fondement du mérite, Bucer n'y en disoit mot, quoique d'ailleurs il ne fasse point de difficulté de le reconnoitre au sens de saint Augustin, qui est celui de l'Eglise.
Il ne sera pas inutile, pendant que nous sommes sur cette matière, de considérer ce qu'en a pensé ce docteur, un des chefs du second parti de la nouvelle Réforme, dans une conférence solennelle ? où il parla en ces termes : « Puisque Dieu jugera chacun selon ses œuvres, il ne faut pas nier que les bonnes œuvres faites parla grace de Jésus-Christ, et qu'il opère lui-même dans ses serviteurs, ne méritent la vie éternelle, non point à la vérité par leur propre dignité, mais par l'acceptation et la promesse de Dieu, et le pacte fait avec lui : car c'est à de telles œuvres que l'Ecriture promet la récompense de la vie éternelle , qui pour cela n'en est pas moins une grace à un autre égard, parce que ces bonnes œuvres , auxquelles on donne une si grande récompense, sont elles-mémes des dons de Dieu. » Voilà ce qu'écrit Bucer en 1539 dans la dispute de Lipsic, afin qu'on ne pense que ce soit des choses écrites au commencement de la Réforme , et avant qu'elle eût le loisir de se reconnoitre. Selon ce même principe , le même Bucer décide en un autre endroit *, qu'il ne faut pas nier «qu'on puisse être justifié par les œuvres, comme l'enseigne saint Jacques, puisque Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Et, poursuit-il , la question n'est pas des mérites : nous ne les rejetons en aucune sorte, et méme nous reconnoissons qu'on mérite la vie éternelle,
1 Conf. Argent., cap. HI et 1V. — ? Conf. Argent., cap. V, p. 181. — 3 Disp. Lips., an. 1539. — * Resp. ab Abrinc.
Du mérite, selon Bucer.
Bucer en treprend la défense des prières de l'Eglise et fait voir
en quel
sens les mériles
des saints nous sont utiles.
Etrange
selon cette parole de Notre-Seigneur: « Celui qui abandonnera tout pour l'amour de moi aura le centuple dans ce siècle, et la vie éternelle en l'autre. »
On ne peut reconnoitre plus clairement les mérites que chacun peut acquérir pour soi-même, et méme par rapport à la vie éternelle. Mais Bucer passe encore plus loin : et comme on accusoit l'Eglise d'attribuer des mérites aux saints, non-seulement pour eux-mêmes , mais encore pour les autres, il la justifioit par ces paroles : « Pour ce qui regarde ces prières publiques de l'Eglise, qu'on appelle Collectes, où l'on fait mention des prières et des mérites des saints, puisque dans ces mêmes prières tout ce qu'on demande en cette sorte est demandé à Dieu, et non pas aux saints, et encore qu'il est demandé par Jésus- Christ: déslà tous ceux qui font cette prière reconnoissent que tous les mérites des saints sont des dons de Dieu gratuitement accordés !. » Et un peu aprés : « Car d'ailleurs nous confessons et nous préchons avec joie que Dieu récompense les bonnes ceuvres de ses serviteurs, non-seulement en eux-mêmes, mais encore en ceux pour qui ils prient, puisqu'il a promis qu’il feroit du bien à ceux qui l'aiment, jusqu'à mille générations. » Bucer disputoit ainsi pour l'Eglise catholique en 1546 dans la conférence de Ratisbonne : aussi ces prières avoient-elles été faites par les plus grands hommes de l'Eglise, et dans les siècles les plus éclairés ; et saint Augustin même, tout ennemi qu'il étoit du mérite présomptueux, ne laissoit pas de reconnoitre que le mérite des saints nous étoit utile, en disant qu'une des raisons de célébrer dans lEglise la mémoire des martyrs , « étoit pour être associés à leurs mérites et aidés par leurs priéres?, »
Ainsi, quoi qu'on puisse dire , la doctrine de la justice chrétienne, de ses ceuvres et de son mérite, étoit avouée dans les deux partis de la nouvelle Réforme; et ce qui a fait depuis tant de difficultés n'en faisoit aucune alors, ou n'en faisoit en tous cas qu'à cause que dans la Réforme on se laissoit souvent entrainer à l'esprit de contradiction.
Je ne puis omettre ici une bizarre doctrine de la Confession
1 Disp. Ratisb. — ? Lib. XX, contra Faust. manich., cap. XXI.