LIVRE III, N. XLIV
d'Augsbourg sur la justification. C'est non-seulement que l'amour de Dieu n'y étoit pas nécessaire, mais que nécessairement il la supposoit accomplie. Luther nous l'a déjà dit : mais Mélanchthon l'explique amplement dans l'Apologie. « Il est impossible d'aimer Dieu , dit-il, si auparavant on n'a par la foi la rémission des péchés; car un cœur qui sent vraiment un Dieu irrité, ne le peut aimer; il faut le voir apaisé : tant qu'il menace, tant qu'il condamne, la nature humaine ne peut s'élever jusqu'à l'aimer dans sa colère. Il est aisé aux contemplateurs oisifs d'imaginer ces songes de l'amour de Dieu, qu'un homme coupable de péché mortelle puisse aimer par-dessus toutes choses, parce qu'ils ne sentent pas ce que c'est que la colère ou le jugement de Dieu : mais une conscience agitée sent la vanité de ces spéculations philosophiques ‘. » De là donc il conclut partout « qu'il est impossible d'aimer Dieu, si l'on n'est auparavant assuré de la rémission obtenue *. »
C’est donc une des finesses de la justification de Luther, que nous sommes justifiés avant que d'avoir la moindre étincelle de l'amour de Dieu : car tout le but de l'Apologie est d'établir, nonseulement qu'on est justifié avant que d'aimer, mais encore qu'il est impossible d'aimer si l'on n'est auparavant justifié * : en sorte que la grace offerte avec tant de bonté ne peut rien du tout sur notre cœur ; il faut l'avoir recue pour être capable d'aimer Dieu. Ce n'est pas ainsi que parle l'Eglise dans le concile de Trente: « L'homme excité et aidé par la grace, dit ce concile, croit tout ce que Dieu a révélé et tout ce qu'il a promis; et croit ceci avant toutes choses, que l'impie est justifié par la grace, par la rédemption qui est en Jésus-Christ. Alors se sentant pécheur, de la justice dont il est alarmé, il se tourne vers la divine miséricorde qui relève son espérance, dans la confiance qu'il a que Dieu lui sera propice par Jésus-Christ , et il commence à l'aimer comme l'auteur de toute justice *, » c'est-à-dire comme celui qui justifie gratuitement l'impie. Cet amour si heureusement commencé « le
1 Art. 5, 20, cap. de bon. oper.; Synt. Gen., Ile part., sup. liv. I, n. 18; Apor., cap. de Justif., p. 66. — ? Ibid., p. 81, etc. — ? Apol., p. 66, 81-83, 121, etc. — 4 Sess. VI, cap. VI.
doctrine de la Con-
fession
d'Augsbourg sur l'amour de Dieu.
porte à détester ses crimes; » il recoit le sacrement, il est justifié.
La charité est répandue dans son cœur gratuitement par le Saint-
Esprit; et ayant commencé à aimer Dieu lorsqu'il lui offroit la grace, il l'aime encore plus quand il l'a recue.
XLY. Mais voici une nouvelle finesse de la justification luthérienne.
Autre er-
rur dns Saint Augustin établit après saint Paul, qu'une des différences de
geaion 1e. là justice chrétienne d’avec la justice de la loi, c'est que la jus-
77" tice de la loi est fondée sur l'esprit de crainte et de terreur, au lieu que la justice chrétienne est inspirée par un esprit de dilection et d'amour. Mais l'Apologie l'explique autrement; et la justice, où l'amour de Dieu est jugé nécessaire, où il entre, dont il fait la pureté etla vérité, y est partout représentée comme la justice des ceuvres, la justiee de la raison, la justice par les propres mérites, en un mot comme la justice de la loi et la justice pharisaique ‘. Voici de nouvelles idées que le christianisme ne connoissoit pas encore : une justice que le Saint-Esprit répand dans les eceurs en y répandant la charité, est une justice pharisaique, qui ne purifie que le dehors; une justice répandue gratuitement dans les cœurs à cause de Jésus-Christ, est une justice de la raison , une justice de la loi, une justice par les œuvres; et enfin on nous accuse d'établir une justice par ses propres forces, lorsqu'il paroit clairement par le concile de Trente que nous établissons une justice dont la foi est le fond, dont la grace est le principe, dont le Saint-Esprit est l'auteur depuis son premier commencement jusqu'à la dernière perfection où l'on peut arriver dans cette vie.
Je crois qu'on voit maintenant combien il a été nécessaire de bien faire entendre la justification luthérienne par la Confession d'Augsbourg et par Y Apologie , puisque cette exposition a fait paroitre que dans un article que les luthériens regardent comme le chef-d'œuvre de leur Réforme, ils n'ont après tout:fait autre chose que de nous calomnier dans quelques points, nous justifier 'en d'autres; et dans ceux oü il peut rester quelque dispute , nous laisser visiblement la meilleure part.
s Outre cet article principal, il y en a d'autres trés-importans dans la Confession d'Augsbourg ou dans l' Apologie, comme « qu'il
1 Apol., p. $6, 103, etc.