LIVRE I, N. XLVII, XLVIII
faut retenir dans la confession l’absolution particulière; que c’est l'erreur des novatiens , et une erreur condamnée, de la rejeter ; que cette absolution est un sacrement véritable et proprement dit ; et que la puissance des clefs remet les péchés, non-seulement devant l'Eglise, mais encore devant Dieu ‘. » Quant au reproche qu'on nous fait ici de dire que « ce sacrement conféroit la grace sans aucun bon mouvement de celui qui le recoit, » je crois qu'on est las d'entendre une calomnie si souvent réfutée.
Quant à ce qu'on enseigne au méme lieu qu'en retenant la confession « il n'y falloit pas exiger le dénombrement des péchés, à cause qu'il est impossible, conformément à cette parole : « Qui est-ce qui eonnoit ses péchés ?? » c'étoit à la vérité une bonne excuse à l'égard des péchés que l'on ne connoit pas , mais non pas une raison suffisante de ne point soumettre aux clefs de l'Eglise ceux que l'on connoit. Aussi faut-il avouer de bonne foi que les luthériens non plus que Luther n'ont pas en cela d'autres sentimens que les nôtres , puisque nous trouvons ces mots dans le Petit Catéchisme de Luther recu unanimement dans tout le parti : « Devant Dieu nous devons nous tenir coupables de nos péchés cachés : mais à l'égard du ministre, il faut seulement confesser ceux qui nous sont connus, et que nous sentons dans notre cœur ?. » Et pour mieux voir la conformité des luthériens avec nous dans l'administration de ce sacrement, il ne sera pas hors de propos de considérer l'absolution, qu'au rapport du méme Luther dans le méme endroit, le confesseur donne au pénitent après sa confession en ces termes : « Ne croyez-vous pas que ma rémission est celle de Dieu? Oui, répond le pénitent. Et moi , reprend le confesseur, par l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous remets vos péchés au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit *. »
Pour le nombre des sacremens, l'Apologie nous enseigne « que le baptême, la cène, et l'absolution sont trois véritables sacremens.» En voici un quatrième , puisqu'il « ne faut point faire
1 Art. 11, 12, 22, édit. Gen., p. 21; Apol., de Pœnit., p. 161, 200, 201 ; ibid., p. 164, 167 ; ibid., p. 165. — ? Conf. Aug., art. 10, cap. de Conf. — ? Cat. min., Concord., p. 318. — * Ibid., 380. — 5 Apol., cap. de num. Sac., ad art. XII, p. 200 et seq.
connoissent le sacrement de péniterice et l'absolulion sacramentale.
La confession, avec la nécessité du dé-
nombrement des péchés.
Les sept sacremens
Les vœux monasliques et
celui de la continence
de difficulté de mettre l'ordre en ce rang, en le prenant pour le ministère de la parole, parce qu'il est commandé de Dieu et qu'il a de grandes promesses. » La confirmation et l'extréme-onction sont marquées comme des « cérémonies recues des Péres, » mais qui n'ont pas une expresse promesse de la grace. Je ne sais done ce que veulent dire ces paroles de l'Epitre de saint Jacques, en parlant de l’onction des malades : « S'il est en péché, il lui sera remis !; » mais c'est peut-être que Luther n'estimoit pas cette Epitre , quoique l'Eglise ne l'ait jamais révoquée en doute. Ce hardi réformateur retranchoit du canon des Ecritures tout ce qui ne s’accommodoit pas avec ses pensées; et c'est à l'occasion de cette onction qu'il écrit dans la Captivité de Babylone, sans aucun témoignage de l'antiquité, que cette Epifre « ne paroit pas de saint Jacques, ni digne de l'esprit apostolique ?. »
Pour le mariage, ceux de la confession d'Ausbourg y reconnoissent une institution divine et des promesses, mais temporelles ? ; comme si c'étoit une chose temporelle que d'élever dans l'Eglise les enfans de Dieu, et se sauver en les engendrant de cette sorte *; ou que ce ne füt pas un des fruits du mariage chrétien , de faire que les enfans qui en sortent fussent nommés saints , comme étant destinés à la sainteté 5.
Mais au fond l'Apologie ne paroit pas s'opposer beaucoup à notre doctrine sur le nombre des sacremens, « pourvu, dit-elle, qu'on rejette ce sentiment qui domine dans tout le règne pontifical, que les sacremens opèrent la grace sans aucun bon mouvement de celui qui les recoit 5. » Car on ne se lasse point de nous faire cet injuste reproche. C’est là qu'on met le nœud de la question, c'est-à-dire qu'il n'y resteroit presque plus de difficulté sans les fausses idées de nos adversaires.
Luther s'étoit expliqué contre les voeux monastiques d'une manière terrible, jusqu'à dire de celui dela continence (fermez' vos oreilles, ames chastes) qu'il étoit aussi peu possible de l'aecomplir que de se dépouiller de son sexe". La pudeur seroit offensée si
1 Jacob., V, 48. — ? De Captiv. Babylon., tom. Il, 86. — 3 Apol, 202. — & | Timoth., 11, 15. — 5 I1 Cor., VII, 14. — 9 Apol., p. 203, — " Ep. ad Volf., tom, VII, fol. 505, etc.