LIVRE III, N. L, Li
je répétois les paroles dont il se sert en plusieurs endroits sur ce sujet; et à voir comment il s'explique de l'impossibilité de la continence, je ne sais pour moi ce que deviendra cette vie qu'il dit avoir menée sans reproche durant tout le temps de son célibat ; et jusqu'à l’âge de quarante-cinq ans. Quoi qu'il en soit, tout s'adoucit dans l'Apolog?e , puisque non-seulement saint Antoine et saint Bernard, mais encore saint Dominique et saint Francois y sont nommés parmi les saints ! ; et tout ce qu'on demande à leurs disciples , c’est qu'ils recherchent, à leur exemple, la rémission de leurs péchés dans la bonté gratuite de Dieu : à quoi l'Eglise a trop bien pourvu pour appréhender sur ce sujet aucun reproche.
Cet endroit de l'Apologie est remarquable, puisqu'on y met parmi les saints ceux des derniers temps, et qu'ainsi on reconnoit pour la vraie Eglise celle qui les a portés dans son sein. Luther n'a pu refuser à ces grands hommes ce glorieux titre. Partout il compte parmi les saints, non-seulement saint Bernard, mais encore saint Francois, saint Bonaventure et les autres du treizième siécle. Saint Francois entre tous les autres lui parut un homme admirable, animé d'une merveilleuse ferveur d'esprit. Il pousse ses louanges jusqu'à Gerson, lui qui avoit condamné Viclef et Jean Hus dans le concile de Constance, et il l'appelle un; homme grand, en tout* : ainsi l'Eglise romaine étoit encore la Mère des saints dans le quinzième siècle. 11 n'y a que saint Thomas d'Aquin dont Luther a voulu douter; je ne sais pourquoi, si ce n'est que ce saint étoit jacobin , et que Luther ne pouvoit oublier les aigres disputes qu'il avoit eues avec cet ordre. Quoi qu'il en soit, « il ne sait, dit-il, si Thomas est damné ou sauvé ?, » bien qu'assurément il n'eüt pas fait d'autres vœux que les autres saints religieux , qu'il n'eüt pas dit une autre messe, et qu'il n'eüt pas enseigné une autre foi.
Pour maintenant revenir à la Confession d'Ausbourg et à l'Apologie, l'article méme de là messe y passe si doucement *, qu'à peine s'apercoit-on que les protestans y aient voulu apporter du
1 Apol., resp. ad Arg., p. 99; de Vot. Mon., p. 281. — 2 Thes., 1522, tom. I, 311; adv. Paris. Theologast., tom. II, 193; de abrog. Miss. priv. primo Tract., ibid., 258, 259; de Vot. Mon., ibid., 271, 218.— ? Pref. adv. Latom., ibid., 243. — * Cap. de Miss.
Saint Bernard, saint Francois, saint Bona-
venture mis par Luther au rang des saints : son doute bizarre sur Je salut de S. Thomas d'Aquin,
Lt, La messe luthérienne,
changement. Ils commencent par se plaindre « du reproche injuste qu'on leur fait d'avoir aboli la messe. On la célèbre, disentils, parmi nous avec une extréme révérence, et on y conserve presque toutes les cérémonies ordinaires. » En effet, en 1523, lorsque Luther réforma la messe, et en dressa la formule *, il ne changea presque rien de ce qui frappoit les yeux du peuple. On y garda l'Introit, le Kyr?e, la Collecte, l'Epitre, l'Evangile, avec les cierges et l'encens , si l'on vouloit, le Credo , la Prédication , les Prières, la Préface, le Sanctus, les paroles de la Consécration , l'Elévation , l'Oraison Dominicale , l'Agnus Dei, la Communion, l'Action de graces. Voilà l'ordre de la messe luthérienne , qui ne paroissoit pas à l'extérieur fort différente de la nótre : au reste on avoit conservé le chant, et méme le chant en latin; et voici ce qu'on en disoit dans la Confession d’Augsbourg : « On y mêle avec le chant en latin des prières en langue allemande pour l'instruction du peuple. » On voyoit dans cette messe et les paremens et les habits sacerdotaux ; et on avoit un grand soin de les retenir, comme il paroissoit par l'usage et par toutes les conférences qu'on fit alors ?. Bien plus, on ne disoit rien contre l'oblation dans la Confession d'Augsbourg ; au contraire elle est instituée dans ce passage, qui est rapporté de l'Histoire tripartite : « Dans la ville d'Alexandrie, on s'assemble le mercredi et le vendredi, et on y fait tout le service, excepté l'oblation sollennelle ?. »
C'est qu'on ne vouloit pas faire paroitre au peuple qu'on eüt changé le service public.-A entendre la Confession d' Augsbourg , il sembloit qu'on ne s’attachât qu'aux messes sans communians, « qu'on avoit abolies, disoit-on , à cause qu'on n'en célébroit presque plus que pour le gain *; » de sorte qu'à ne regarder que les termes de la Confession, on eüt dit qu'on n'en vouloit qu'à l'abus.
n. Cependant on avoit óté dans le canon de la messe les paroles ent OÙ il est parlé de l'oblation qu'on faisoit à Dieu des dons proposés. rare Mais le peuple toujours frappé au dehors des mêmes objets, n'y
prenoit pas garde d'abord; et en tout cas, pour lui rendre ce
1 Form. Mess., tom. II. — ? Chytr., Hist. Conf. Aug. — 3 Confess, Aug., cap. de Miss, ibid, — ^ Ibid.