‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 72 sur 387 · LIVRE III, N. LIII, LIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, N. LIII, LIV

changement supportable, on insinuoit que le canon n'étoit pas le méme dans les églises : que « celui des Grecs différoit de celui des Latins, et méme parmi les Latins celui de Milan d'avec celui de Rome !.» Voilà de quoi on amusoit les ignorans : mais on ne leur disoit pas que ces canons ou ces liturgies n'avoient que des différences fort accidentelles ; que toutes les liturgies convenoient unanimement de l'oblation qu'on faisoit à Dieu des dons proposés devant que de les distribuer : et c’est ce qu'on changeoit dans la pratique, sans l'oser dire dans la Confession publique.

Mais pour rendre cette oblation odieuse, on faisoit accroire à l'Eglise qu'elle lui attribuoit « un mérite de remettre les péchés, sans qu'il fût besoin d'y apporter ni la foi, ni aucun bon mouvement : » ce qu'on répétoit par trois fois dans la Confession d' Augsbourg ; et on ne cessoit de l'inculquer dans l’Apologie ?, pour insinuer que les catholiques n'admettoient la messe que pour éteindre la piété.

On avoit méme inventé dans la Confession d Augsbourg , cette admirable doctrine des catholiques , à qui on faisoit dire : « Que Jésus-Christ avoit satisfait dans sa passion pour le péché originel, et qu'il avoit institué la messe pour les péchés mortels et véniels que l'on commettoit tous les jours? : » comme si Jésus-Christ n'avoit pas également satisfait pour tous les péchés ; et on ajoutoit comme un nécessaire éclaircissement , « que Jésus-Christ s'étoit offert à la croix, non-seulement pour le péché originel, mais encore pour tous les autres * ;» vérité dont personne n'avoit jamais douté. Je ne m'étonne donc pas que les catholiques, au rapport méme des luthériens, quand ils entendirent ce reproche, se soient comme récriés tout d'une voix : « Que jamais on n'avoit oui telle chose parmi eux?. » Mais il falloit faire croire au peuple que ces malheureux papistes ignoroient jusqu'aux élémens du christianisme.

Au reste, comme les fidèles àvoient bien avant dans l'esprit l'oblation faite de tout temps pour les morts, les protestans ne

! Consult. Luth., apud Chytr., Hist. Aug. Conf., tit. de Canone. — ? Conf. Aug., édit. Gen., cap. de Miss., p. 25; Apol., cap. de Sacram. et sacrif. et de vocab. ' Miss., p. 269 et seq. — ? Conf. Aug., in lib. Conc., cap. de Miss., p. 25. — * [bid., p. 26. — 5 Chytr., Hist. Conf. Aug., Confut. Cathol., cap. de Miss,

Ce qu'on inventa

pour rendre l’oblation odieuse dans la messe,

La priére et l'oblation pour

les morts.

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