‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 73 sur 387 · LY · texte numérisé non relu

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Les luthériens rejet-

tent la doctrine d'Aérius, »ontraire à la prière pour les

morts,

vouloient pas paroître ignorer ou dissimuler une chose si connue ; et ils en parlèrent dans l’Apologie en ces termes : « Quant à ce qu’on nous objecte de l’oblation pour les morts pratiquée par les Pères, nous avouons qu'ils ont prié pour les morts, et nous n'empéchons pas qu'on ne le fasse ; mais nous n'approuvons pas l'application de la Cène de Notre-Seigneur pour les morts , en vertu de l'action, ex opere operato *. »

Tout est ici plein d'artifice : car premièrement, en disant qu'ils n'empéchent pas cette prière, ils l'avoient ôtée du canon, et en avoient effacé par ce moyen une pratique aussi ancienne que l'Eglise. Secondement, l’objection parloit de l'oblation , et ils répondent de la prière, n'osant faire voir au peuple que l'antiquité eüt offert pour les morts , parce que c'étoit une preuve trop convaincante que l'Eucharistie profitoit méme à ceux qui ne recevoient pas la communion.

Mais les paroles suivantes de l'Apologie sont remarquables : « C'est à tort que nos adversaires nous reprochent la condamnation d'Aérius, qu'ils veulent qu'on ait condamné à cause qu'il nioit qu'on offrit la messe pour les vivans et pour les morts. Voilà leur coutume de nous opposer les anciens hérétiques , et de comparer notre doctrine'avec la leur. Saint Epiphane témoigne qu'Aérius enseignoit que les prières pour les morts éfoient inutiles. Nous ne soutenons point Aérius; mais nous disputons avec vous qui dites, contre la doctrine des prophètes, des apôtres et des Pères, que la messe justifie les hommes en vertu de l’action, et mérite la rémission de la coulpe et de la peine aux méchans à qui on l'applique, pourvu qu'ils n'y mettent pas d'obstacle ?. » Voilà comme on donne le change aux ignorans. Si les luthériens ne vouloient point soutenir Aérius, pourquoi soutenoient-ils « ce dogme particulier, » que cet hérétique arien avoit ajouté « à l'hérésie arienne , qu'il ne falloit point prier ni offrir des oblations pour les morts ? » Voilà ce que saint Augustin rapporte d'Aérius après saint Epiphane, dont il a été fait un abrégé ?. Si on rejette Aérius, si on n'ose pas soutenir un hérétique réprouvé par les

1 Apol., cap. de vocab. Miss,, p. 214. — ? Ibid. — * S. Aug., lib. de Heres., 53; : 1 »995 Epiph., hires. 75.

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