‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 74 sur 387 · LIVRE III, N. LVI · texte numérisé non relu

LIVRE III, N. LVI

saints Peres , il faut rétablir dans la liturgie, non-seulement la prière, mais encore l'oblation pour les morts.

Mais voici le grand grief de l'Agologte : C'est, dit-on, que saint Epiphane en condamnant Aérius, ne disoit pas comme vous, « que la messe justifie les hommes en vertu de l’action, ez opere operato, et mérite la rémission de Ja coulpe et de la peine aux méchans à qui on l'applique , pourvu qu'ils n’y mettent point d'obstacle.» On diroit à les entendre, que la messe par elle-même va justifier tous les pécheurs pour qui on la dit, sans qu'ils y pensent : mais que sert d'amuser le monde? La manière dont nous disons que la messe profite méme à ceux qui n'y pensent pas, jusqu'aux plus méchans, n'a aucune difficulté. Elle leur profite comme la prière, laquelle certainement on ne feroit pas pour les pécheurs les plus endurcis , si on ne croyoit qu'elle püt obtenir de Dieu la grace qui surmonteroit leur endurcissement s'ils n'y résistoient , et qui souvent la leur obtient si abondante , qu'elle empéche leur résistance. C'est ainsi que l'oblation de l'Eucharistie profite aux absens, aux morts et aux pécheurs méme, parce qu'en effet la consécration de l'Eucharistie, en mettant devant les yeux de Dieu un objet aussi agréable que le corps etle sang de son Fils , emporte avec elle une manière d'intercession très-puissante , mais que trop souvent les pécheurs rendent inutile par empéchement qu'ils mettent à son efficace.

Qu'y avoit-il de choquant dans cette maniere d'expliquer l'effet dela messe? Quant à ceux qui détournoient à un gain sordide une doctrine si pure, les protestans savoient bien que l'Eglise ne les approuvoit pas : et pour les messes sans communians , les catholiques leur dirent dès lors ce qui depuis a été confirmé à Trente, que s'y l'on n'y communie pas, ce n'est pas la faute de l'Eglise, » puisqu'elle souhaiteroit au contraire que les assistans communiassent à la messe qu'ils entendent!:» de sorte que l'Eglise ressemble à un riche bienfaisant, dont la table est toujours ouverte et toujours servie, encore que les conviés n'y viennent pas.

1 Chytr., Hist. Conf. Aug., Confut. Cath., cap. de Missó; Conc. Trid., sess. XXII, cap. VI.

Comment l'oblation de l'Eucharistie profite à tout le monde.

On voit maintenant tout l'artifice de la Confession d' Augsbourg touchant la messe : ne toucher guère au dehors ; changer le dedans, et méme ce qu'il y avoit de plus ancien sans en avertir les peuples; charger les catholiques des erreurs les plus grossières , jusqu'à leur faire dire contre leurs principes que «la messe justifioit le pécheur, » chose constamment réservée aux sacremens de baptéme et de pénitence; et encore sans aucun bon mouvement , afin de rendre l'Eglise et sa liturgie plus odieuses.

LvI. . Onn'étoit pas moins soigneux de défigurer les autres parties

Horrible A 5 T 5 PEN calomnie de notre doctrine, et particulièrement le chapitre de la Prière des

fondée

sur ls Saints. « Il y en a, dit l'Apologie, qui attribuent nettement la di-

priéres

adresées Dnité aux Saints, en disant qu'ils voient en nous les secrètes

aux saints, E x . . . .

pensées de nos eceurs'. » Où sont-ils ces théologiens qui attribuent aux Saints de voir le secret des cœurs comme Dieu, ou de le voir autrement que par la lumière qu'il leur donne, comme il a fait aux prophétes quand il lui a plu ? « Ils font des Saints, disoit-on, non-seulement des intercesseurs; mais encore des médiateurs de rédemption. Ils ont inventé que Jésus-Christ étoit plus dur, et les Saints plus aisés à apaiser; ils se fient plus à la miséricorde des Saints qu'à celle de Jésus-Christ; ef fuyant Jésus- Christ , ils cherchent les Saints *. » Je n'ai pas besoin de justifier l'Eglise de ces abominables excès. Mais afin qu'on ne doutàt pas que ce ne füt là au pied de la lettre le sentiment catholique, « nous ne parlons point encore, ajoutoit-on, des abus du peuple: nous parlons de l'opinion des docteurs. » Et un peu après : « Ils exhortent à se fier davantage à la miséricorde des Saints qu'à celle de Jésus-Christ. Ils ordonnent de se fier aux mérites des Saints, comme si nous étions réputés justes à cause de leurs mérites , comme nous sommes réputés justes à cause des mérites de Jésus- Christ ?. » Aprés nous avoir imputé de tels excès, on dit gravement: « Nous n'inventons rien: ils disent dans les indulgences que les mérites des Saints nous sont appliqués. » Il ne falloit qu'un peu d'équité pour entendre de quelle sorte les mérites des Saints nous sont utiles; et Bucer méme, auteur non suspect, nous a justifiés du reproche qu'on nous faisoit sur ce point.

1 Ad art. 21, cap. de Invoc. sanct., p. 225. — ? Ibid. — * Ibid., p. 221.

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