‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 75 sur 387 · LIVRE III, N. LVIII, LIX · texte numérisé non relu

LIVRE III, N. LVIII, LIX

Mais on ne vouloit qu'aigrir et irriter les esprits. C'est pourquoi on ajoute encore: « De l’invocation des Saints on est venu aux images. On les a honorées, et on pensoit qu'il y avoit une certaine vertu , comme les magiciens nous font accroire qu'il y en q dans les images des constellations, lorsqu'on les fait en un certain temps ‘. » Voilà comme on excitoit la haine publique. Il faut avouer pourtant qu'on n'en venoit pas à cet excès dans la Confession d? Augsbourg, et qu'on n'y parloit pas même des images. Pour contenter le parti, il fallut dire dans l’Apologie quelque chose de plus dur. Cependant on se gardoit bien d'y faire voir au peuple que ces prières adressées aux Saints, afin qu'ils priassent pour nous, fussent communes dans l'ancienne Eglise. Au contraire, on en parloit comme d'une « coutume nouvelle, introduite sans le témoignage des Péres, et dont on ne voyoit rien avant saint Grégoire ?, » c’est-à-dire avant le septième siècle. Les peuples n'étoient pas encore accoutumés à mépriser l'autorité de l'ancienne Eglise, et la Réforme timide encore révéroit les grands noms des Pères. Mais maintenant elle a endurci son front; elle ne sait plus rougir ; de sorte qu'on nous abandonne le quatrième siècle, et on ne craint point d'assurer que saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin, et en un mot tous les Pères de ce siècle si vénérable, ont avec l'invocation des Saints établi dans la nouvelle idolâtrie le règne de l'Antechrist ?.

Alors et durant le temps de la Confession d' Augsbourg, les protestans se glorifioient d'avoir pour eux les saints Pères, principalement dans l'article de la justification, qu'ils regardoient comme le plus essentiel : et non-seulement ils prétendoient avoir pour eux l'ancienne Eglise", mais voici encore comme ils finissoient l'exposition de leur doctrine: « Tel est l'abrégé de notre foi, où l'on ne verra rien de contraire à l'Ecriture, ni à l'Eglise catholique, ou méme à l'Eglise romaine, autant qu'on la peut connoitre par ses écrivains. Il s'agit de quelque peu d'abus qui se sont introduits dans les églises sans aucune autorité certaine; et

1 Ad art. 21, cap. de Invoc. sanct., p. 229. — ? Ibid., p. 923, 225, 229. — 3 Dall., de cult. Latin.; Joseph. Meda, in Comment. Apoc.; Jur., Acc. des Proph. — * Conf. Aug., avt. M, edit. Gen., p. 22, 93, ete.; ApoL, Resp. ad Arg., p. 14, etc.

Calomnies sur les images, et imposture grossière sur l'invocation des

saints.

Les luthériens n'osoient rejeter l'autorité de l'Eglise romaine.

Paroles mémorables de Luther, pour reconnoitre la vraie

Eglise dans la Communion romaine,

quand il y auroit quelque différence, il la faudroit supporter, puisqu'il n'est pas nécessaire que les rites des églises soient partout les mémes. »

Dans une autre édition on lit ces mots : « Nous ne méprisons pas le consentement de l'Eglise catholigue, ni ne voulons soutenir les opinions impies et séditieuses qu'elle a condamnées; car ce ne sont point des passions désordonnées; mais c'est lautorité (a) de la parole de Dieu, et de l’ancienne Eglise, qui nous a poussés à embrasser cette doctrine pour augmenter la gloire de Dieu, et pourvoir à l'utilité des bonnes ames dans l'Eglise universelle !. »

On disoit aussi dans l'Apologie , après y avoir exposé l'article de la justification, qu'on tenoit sans comparaison le principal : « Que c'étoit la doctrine des prophètes, des apôtres, des saints Péres, de saint Ambroise, de saint Augustin, de la plupart des autres Péres, et de toute l'Eglise qui reconnoissoit Jésus-Christ pour propitiateur, et comme l'auteur de la justification; et qu'il ne falloit pas prendre pour doctrine de l'Eglise romaine tout ce qu'approuve le Pape, quelques cardinaux, évéques, théologiens ou moines ?: » par oü l'on distinguoit manifestement les opinions particulières d'avec le dogme recu et constant, où on faisoit profession de ne vouloir point toucher.

Les peuples croyoient done encore suivre en tout les sentimens des Péres, lautorité de l'Eglise catholique, et méme celle de l'Eglise romaine, dont la vénération étoit profondément imprimée dans tous les esprits. Luther méme, tout arrogant et tout rebelle qu'il étoit, revenoit quelquefois à son bon sens, et il faisoit bien paroitre que cette ancienne vénération qu'il avoit eue pour l'Eglise n'étoit pas entierement effacée. Environ l'an 1534, tant d'années après sa révolte et quatre ans après la Confession d? Augsbourg ,on publia son traité pour abolir la messe privée. C'est celui où il raconte son fameux colloque avec le prince des ténèbres. Là, tout outré qu'il étoit contre l'Eglise catholique, jusqu'à la regarder comme le siége de l'Antechrist et de l'abomination, loin

1 Edit. Gen., art. 21, p. 22. — ? Apol., Resp. ad ant., p. 441, (a) 1re édit.: Mais l'autorité,

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