‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 76 sur 387 · LIVRE III, N. LXI · texte numérisé non relu

LIVRE III, N. LXI

de lui ôter le titre d'Eglise par cette raison , il concluoit au contraire « qu'elle étoit la véritable Eglise, le soutien et la colonne de la vérité, et le lieu très-saint. En cette Eglise, poursuivoit-il, Dieu conserve miraculeusement le baptéme, le texte de l'Evangile dans toutes les langues, la rémission des péchés , et l'absolution tant dans la confession qu'en publie; le sacrement de l'autel vers Pâque et trois ou quatre fois l'année, quoiqu'on en ait arraché une espéce au peuple; la vocation et l'ordination des pasteurs; la consolation dans l'agonie; l'image du crucifix, et en méme temps le ressouvenir de la mort et de la passion de Jésus- Christ; le Psautier, l'Oraison Dominicale, le Symbole, le Décalogue, plusieurs cantiques pieux en latin et en allemand. » Et un peu aprés: « Où l'on trouve ces vraies reliques des Saints, là sans doute a été et est encore la sainte Eglise de Jésus-Christ; là sont demeurés les Saints; car les institutions et les sacremens de Jésus- Christ y sont, excepté une des espéces arrachée par force. C'est pourquoi il est certain que Jésus-Christ y a été présent, et que son Saint-Esprit y conserve sa vraie connoissance et la vraie foi dans ses élus :. » Loin de regarder la croix, qu'on mettoit entre les mains des mourans, comme un objet d'idolátrie, il la regarde au contraire comme un monument de piété, et comme un salufaire avertissement qui nous rappeloit dans l'esprit la mort et la passion de Jésus-Christ. La révolte n'avoit pas encore éteint dans son eceur ces beaux restes de la doctrine et de la piété de l'Eglise; et je ne m'étonne pas qu'à la téte de tous les volumes de ses œuvres on l'ait peint, avec son maitre l'électeur, à genoux devant un crucifix.

Pour ce qu’il dit de la soustraction d'une des espèces, la Réforme se trouvoit fort embarrassée sur cet article; et voici ce qu'on en disoit dans l'Apologie : « Nous excusons l'Eglise, qui ne pouvant recevoir les deux espèces, a souffert cette injure: mais nous n'excusons pas les auteurs de cette défense ?. »

Pour entendre le secret de cet endroit de l'Apologie, il ne faut que remarquer un petit mot que Mélanchthon son auteur écrit à Luther, en le consultant sur cette matière, pendant qu'on en dis-

1 Tract. de Missd priv., tom. VII, 236 et seq. — ? Cap. De utraque specie, 235,

Les deux espèces.

putoit à Augsbourg entre les catholiques et les protestans. « Eccius vouloit, lui dit-il, qu'on tint pour indifférente la communion sous une ou sous deux espèces. C'est ce que je n'ai pas voulu accorder : et toutefois j'ai excusé ceux qui jusqu'ici avoient recu une seule espèce par erreur; car on crioit que nous condamnions toute l'Eglise *. »

Tls n'osoient donc pas condamner toute l'Eglise : la seule pensée en faisoit horreur. C'est ce qui fait trouver à Mélanchthon ce beau dénouement, d'excuser « l'Eglise sur une erreur. » Que pourroient dire de pis ceux qui la condamnent, puisque l'erreur dont il s’agit est supposée une erreur dans la foi, et encore une erreur tendante à l'entiére subversion d'un aussi grand sacrement que celui de l'Eucharistie ? Mais enfin on n'y trouvoit pas d'autre expédient : Luther l'approuva ; et pour mieux excuser l'Eglise, qui ne communioit que sous une espèce , il joignit la violence qu'elle souffroit de ses pasteurs sur ce point (a), à l'erreur où elle étoit induite : la voilà bien excusée, et les promesses de Jésus-Christ, qui ne la devoit jamais abandonner, sauvées admirablement par cette méthode.

Les paroles de Luther dans la réponse à Mélanchthon sont remarquables : « Ils crient que nous condamnons toute l'Eglise. » C'est ce qui (b) frappoit tout le monde. « Mais, répondit Luther, nous disons que l'Eglise oppréssée et privée par violence d'une des espèces, doit être excusée, comme on excuse la Synagogue de n'avoir pas observé toutes les cérémonies de la loi dans la captivité de Babylone, où elle n'en avoit pas le pouvoir ?. »

L'exemple étoit cité bien mal à propos : car enfin ceux qui tenoient la Synagogue captive n'étoient pas de son corps, comme les pasteurs de l'Eglise, qu'on faisoit ici passer pour ses oppresseurs, étoient du corps de l'Eglise. D'ailleurs la Synagogue, pour être contrainte au dehors dans ses observances, n'étoit pas pour cela induite «en erreur, » comme Mélanchthon soutenoit que l'Eglise privée d'une des espèces y étoit induite : mais enfin l'article passa. Pour ne point condamner l'Eglise, on demeura d'ae-

1 Mel., lib. I, ep. xv. — ? Resp. Luth. ad Mel., tom. Il; Sleid., lib. VII, 112. (a) 1*e édit.: Qu'elle souffroit sur ce point de ses pasteurs. — (à) Voici ce qui.

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