‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 81 sur 387 · LIVRE IV, N. III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. III

poursuit-il, que vous voyez bien que nous n'avons point de tort. Je ne pense pas que nous devions nous tourmenter davantage sur ces ligues; et pour dire la vérité, la conjoncture du temps fait que je ne crois pas les devoir blàmer : ainsi revenons à prier Dieu 1.»

C'étoit bien fait. Mais Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance, Mélanchthon le sentoit bien ; et troublé de ce qu'il faisoit autant que de ce que faisoient les autres, il prie son ami de le soutenir : « Ecrivez-moi Souvent, lui dit-il : je n'ai de repos que par vos lettres. »

Ce fut donc un point résolu dans la nouvelle Réforme , qu'on pouvoit prendre les armes , et qu'il falloit se liguer. Dans cette conjoneture, Bucer entama ses négociations avec Luther; et soit qu'il le trouvât porté à la paix avec les zuingliens par le désir de former une bonne ligue, ou que par quelque autre moyen il ait su le prendre en bonne humeur, il en remporta de bonnes paroles. Il part aussitót pour joindre Zuingle : mais la négociation fut interrompue par la guerre qui s'émut entre les cantons catholiques et les protestans. Les derniers, quoique plus forts, furent vaincus. Zuingle fut tué dans une bataille, et ce disputeur emporté sut montrer qu'il n'étoit pas moins habes combattant. Le parti eut peine à défendre cette valeur à contre-temps d'un pasteur, et on disoit pour excuse qu'il avoit suivi l'armée protestante pour y faire son personnage de ministre plutôt que celui de soldat? : mais enfin il étoit constant qu'il s'étoit jeté bien avant dans la mélée, et qu'il y étoit mort l'épée à la main. Sa mort fut suivie de celle d'OEcolampade. Luther dit qu'il fut accablé des coups du diable, dont il n'avoit pu soutenir l'effort *; et les autres, qu'il étoit mort de douleur, et n'avoit pu résister à l'agitation que lui causoient tant de troubles. En Allemagne, la paix de Nuremberg tempéra les rigueurs du décret de la diéte d'Ausgbourg : mais les zuingliens furent exceptés de l'accord, non-seulement par les eatholiques, mais encore par les luthériens; et l'électeur

1 Lib. IV, ep. cxi. — ? Hosp., ad ann. 1531. — 3 Tract, de abrog. Miss., tom. VII, 230.

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