‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 82 sur 387 · IH · texte numérisé non relu

IH

Négociation de Bucer :

mort de Zuingle à

la guerre.

Fondement des équivoques de Bucer

pour con-

cilier les partis,

Jean Frideric persistoit invinciblement à les exclure de la ligue, jusqu'à ce qu'ils fussent convenus avec Luther de l'article de la Présence. Bucer poursuivoit sa pointe sans se rebuter, et par toute sorte de moyens il s’efforcoit de surmonter cet unique obstacle de la réunion du parti.

Se persuader les uns les autres étoit une chose jugée impossible, et déjà vainement tentée à Marpourg. La tolérance mutuelle, en demeurant chacun dans ses sentimens, y avoit été rejetée avec mépris par Luther; et il persistoit avec Mélanchthon à dire qu'elle faisoit tort à la vérité qu'il défendoit. Il n'y avoit done plus d'autre expédient pour Bucer que de se jeter dans des équivoques , et d'avouer la présence substantielle d'une maniere D lui laissât quelque échappatoire.

Le chemin par où il vint à un aveu si considérable, est merveilleux. C'étoit un discours commun des sacramentaires, qu'il se falloit bien garder de mettre dans les sacremens de simples signes. Zuingle méme n'avoit point fait de difficulté d'y reconnoitre quelque chose de plus; et pour vérifier son discours, il suffisoit qu'il y eüt quelque promesse de grace annexée aux sacremens. L'exemple du baptéme le prouvoit assez. Mais comme l'Eucharistie n'étoit pas seulement instituée comme un signe de la grace, et qu'elle étoit appelée le corps et le sang : pour n'en être pas un simple signe, constamment le corps et le sang y devoient être recus. On dit donc qu'ils y étoient recus par la foi : c’étoit le vrai corps qui étoit recu , car Jésus-Christ n'en avoit pas deux. Quand on en fut venu à dire qu'on recevoit par la foi le vrai corps de Jésus-Christ, on dit qu'on en recevoit la propre substance. Le recevoir sans qu'il füt présent, n'étoit pas chose imaginable. Voilà donc , disoit Bucer, Jésus-Christ substantiellement présent. Il n'étoit plus besoin de parler de la foi, et il suffisoit de la sous-entendre. Ainsi Bucer avoua dans l'Eucharistie , absolument et sans restriction, la présence réelle et substantielle du corps et du sang de Notre-Seigneur, encore qu'ils demeurassent uniquement dans le ciel; ce qu'il adoucit néanmoins dans la suite. De cette sorte, sans rien admettre de nouveau , il changea tout son langage; et à force de parler comme Luther, il se mit à dire

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