‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 83 sur 387 · LIVRE IV, N. V-VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. V-VII

qu'on ne s'étoit jamais entendu, et que cette longue dispute , dans laquelle on s'étoit si fort échauffé, n'étoit qu'une dispute de mots.

Il eût parlé plus juste, en disant qu'on ne s'accordoit que dans les mots, puisqu'enfin cette substance qu'on disoit présente, étoit aussi éloignée de l'Eucharistie que le ciel l’étoit de la terre, et n'étoit non plus recue par les fidèles que la substance du soleil est recue dans l'oeil. C'est ce que disoient Luther et Mélanchthon. Le premier appeloit les sacramentaires une «faction à deux langues!» à cause de leurs équivoques , et disoit qu'ils faisoient « un jeu diabolique des paroles de Notre-Seigneur. » La présence que Bucer admet, disoit le dernier, n'est « qu'une présence en parole, et une présence de vertu. Or c'estla présence du corps et du sang, et non celle de leur vertu , que nous demandons. Si ce corps de Jésus-Christ n'est que dans le ciel, et n'est point avec le pain ni dans le pain; si enfin elle ne se trouve dans l'Eucharistie que par la contemplation de la foi, ce n'est qu'une présence imaginaire?. »

Bucer et les siens se fâchoient ici de ce qu'on appeloit imaginaire ce qui se faisoit par la foi, comme si la foi n'eüt été qu'une pure imagination. « N'est-ce pas assez, disoit Bucer , que Jésus- Christ soit présent au pur esprit et à l'ame élevée en haut ?? »

Il y avoit dans ce discours bien de l'équivoque. Les luthériens convenoient que la présence du corps et du sang dans l'Eucharistie étoit au-dessus des sens , et de nature à n'étre apercue que par l'esprit et par la foi. Mais ils n'en vouloient pas moins que Jésus-Christ füt présent en sa propre substance dans le sacrement : au lieu que Bucer vouloit qu'il ne füt présent en effet que dans le ciel, où l'esprit l'alloit chercher par la foi; ce qui n'avoit rien de réel, rien qui répondit à l'idée que donnoient ces mots saerés : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. »

Mais quoi donc! ce qui est spirituel n'est-il pas réel? et n'y a-t-il rien de réel dans le baptéme à cause qu'il n'y a rien de corporel? Autre équivoque. Les choses spirituelles, comme la grace et le Saint-Esprit, sont autant présentes qu'elles peuvent

1 Luth., ep. ad Sen. Francof., Hosp., ad 1533, 198.— ? Epist. Mel., ap. Hosp., ad 1530, 110. — ? Jbid., 411.

Mo L'accord que Bucer propose n'est que dans les mots.

Équivoque de la présence spirituelle et de la pré-

sence réelle.

Présence du corps, comment spirituelle,

l'être quand elles le sont spirituellement. Mais qu'est-ce qu'un corps présent en esprit seulement, si ce n'est un corps absent en effet, et présent seulement par la pensée? Présence qui ne peut , sans illusion, étre appelée réelle et substantielle.

Mais voulez-vous donc, disoit Bucer, que Jésus -Christ soit présent corporellement? Et vous-mémes n'avouez-vous pas que la présence de son corps dans l’Eucharistie est spirituelle?

Luther et les siens ne nioient non plus que les catholiques que la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ne füt (d) spirituelle quant à la maniére, pourvu qu'on leur avouát qu'elle étoit corporelle quant à la substance; c'est-à-dire, en termes plus simples, que le corps de Jésus-Christ étoit présent, mais d'une manière divine, surnaturelle, incompréhensible, où les sens ne pouvoient atteindre ; spirituelle en cela, que le seul esprit soumis à la foi la pouvoit connoitre, et qu'elle avoit une fin toute céleste. Saint Paul avoit bien appelé le corps humain ressuscité un corps spirituel *, à cause des qualités divines, surnaturelles et supérieures aux sens dont il étoit revétu : à plus forte raison le corps du Sauveur mis dans l'Eucharistie d'une manière si fort incompréhensible pouvoit-il étre appelé de ce nom.

vin. Au reste, tout ce qu'on disoit, que l'esprit s'élevoit en haut pour musa. aller chercher Jésus-Christ à la droite de son Pere , n'étoit encore “ue qu. qu'une métaphore peu capable de représenter une réception subpo 4, Stantielle du corps et du sang , puisque ce corps et ce sang dei» Meuroient uniquement dans le ciel, comme l'esprit demeuroit "uniquement uni à son corps dans la terre, et qu'il n'y avoit non plus d'union véritable et substantielle entre le fidèle et le corps de Notre-Seigneur, que s'il n'y eüt jamais eu d'Eucharistie , et

que Jésus-Christ n'eüt jamais dit : « Ceci est mon corps. »

Feignons en effet que ces paroles ne soient jamais sorties de sa bouche; la présence par l'esprit et par la foi subsistoit toujours également, et jamais on ne se seroit avisé de l'appeler substantielle. Que si les paroles de Jésus-Christ obligent à des expressions plus fortes, c'est à cause qu'elles nous donnent ce qui ne nous se-

1] Cor., xv, 44, 46.

(a) 1re édit, : Qu'elle fût.

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