‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 85 sur 387 · LIVRE IV, N. XIII, XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XIII, XIV

pour ainsi parler, dans la religion chrétienne, est tout ensemble mystère et signe sacré. L'Incarnation de Jésus-Christ nous figure l'union parfaite que nous devons avoir avec la divinité dans la grace et dans la gloire. Sa naissance et sa mort sont la figure de notre naissance et de notre mort spirituelle : si dans le mystère de l'Eucharistie il daigne s'approcher de nos corps en sa propre chair et en son propre sang , par là il nous invite à l'union des esprits, et nous la figure ; enfin jusqu'à ce que nous soyons venus à la pleine et manifeste vérité qui nous rendra éternellement heureux, toute vérité nous sera la figure d'une vérité plus intime : nous ne goüterons Jésus-Christ tout pur en sa propre forme et dégagé de toute figure, que lorsque nous le verrons dans la plénitude de sa gloire à la droite de son Père : c'est pourquoi s'il nous est donné dans l'Eucharistie en substance et en vérité, c'est sous une espèce étrangère. C'est ici un grand sacrement et un grand mystère, où sous la forme du pain on nous cache un corps véritable; où dans le corps d'un homme on nous cache la majesté et la puissance d'un Dieu; où on exécute de si grandes choses d'une manière impénétrable au sens hnmain.

Quel jeu aux équivoques de Bucer dans ces diverses significations des mots de sacrement et de mystère ! Et combien d'échappatoires se pouvoit-il préparer dans des termes que chacun tiroit à son avantage? S'il mettoit une présence et une union réelle et substantielle, encore qu'il n'exprimát pas toujours qu'il l'entendoit par la foi, il croyoit avoir tout sauvé en cousant à ses expressions le mot de sacramentel : aprés quoi il s'écrioit de toute sa force qu'on ne disputoit que des mots, et qu'il étoit étrange de troubler l'Eglise et d'empécher le cours de la réformation pour une dispute si vaine.

Personne ne l'en vouloit croire. Ce n'étoit passeulement Luther et les luthériens qui se moquoient quand il youloit faire une dispute de mots de toute la dispute de l'Eucharístie : ceux de son parti lui disoient eux-mêmes qu'il trompoitle monde par sa présence substantielle, qui n'étoit au fond qu’ane présence par la foi. OEcolampade avoit remarqué combien il embrouilloit la matière par sa présence substantielle du corps et du sang , et lui avoit écrit

up e de Jésus- Christ sont des signes à certains égards,

Bucer se joue des mots.

OEcolampade avoit

averti Bucer de l'illusion quil y avoit dans ces équivoques.

Sentimens de ceux de Zurich.

Confession de foi de ceux de Bâle.

un peu avant que de mourir, qu'il y avoit seulement dans l'Eucharistie pour ceux « qui croyoient une promesse efficace de la rémission des péchés par le corps livré et par le sang répandu : que nos ames en étoient nourries, et nos corps associés à la résurreotion par le Saint-Esprit : qu'ainsi nous recevions le vrai corps, et non pas seulement du pain , ni un simple signe (il se gardoit bien de dire qu'on le recût substantiellement ) : qu'à la vérité les impies ne recevoient qu'une figure ; mais que Jésus-Christ étoit présent aux siens comme Dieu, qui nous fortifie et qui nous gouverne !. » C'étoit toute la présence que vouloit OEcolampade ; et il finissoit par ces mots : « Voilà, mon cher Bucer, tout ce que nous pouvons donner aux luthériens. L'obscurité est dangereuse à nos églises. Agissez de sorte, mon frère , que vous ne trompiez pas nos espérances. »

Ceux de Zurich lui témoignoient encore plus franchement que c'étoit une illusion de dire, comme il faisoit, que cette dispute n'étoit que de mots, et l'avertissoient que ces expressions le menoient à la doctrine de Luther , où il arriva en effet, mais pas sitót?. Cependant ils se plaignoient hautement de Luther qui ne vouloit pas les traiter de fréres : ils ne laissoient pas de le reconnoitre «pour un excellent serviteur de Dieu?;» mais on remarqua dans le parti que cette douceur ne fit que le rendre « plus inhumain et plus insolent *. »

Ceux de Bâle se montroient fort éloignés et des sentimens de Luther et des équivoques de Ducer. Dans la Confession de foi qui. est mise dans le recueil de Genéve en l'an 1532 et dans l'histoire d'Hospinien en l'an 1534, peut-étre parce qu'elle fut publiée la première fois en l'une de ces années et renouvelée en l’autre, ils disent que, « comme l'eau demeure dans le baptéme , où la rémission des péchés nous est offerte, ainsi le pain et le vin demeurent dans la Cène, où avec le pain et le vin le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ nous est figuré et offert par le ministre 5, » Pour s'expliquer plus netiement, ils ajoutent « que nos ames sont nourries du corps et du sang de Jésus-Christ par une foi véri-

1 Epist. OEcol., ap. Hosp., an. 1530, 119, — ? Hosp. 197. — ? Ep. ad March. Brand., ibid. — * Hosp., ibid. — 5 Conf. Bas., 4532, art. 7, synt. 1, part. LXXII.

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