‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 87 sur 387 · LIVRE IV, N. XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XIX

approuvèrent une déclaration si nette de leur sentiment commun. Aussi étoit-elle conforme en tout à la Confession de Bâle : mais encore que cette Confession donnât une idée parfaite de la doctrine du sens figuré, ceux de Bâle, qui l'avoient dressée, ne laissèrent pas d'en dresser une autre deux ans après, à l’occasion que nous allons dire.

En 1536, Bucer et Capiton vinrent de Strasbourg. Ces deux fameux architectes des équivoques les plus raffinées s'étant servis de l’occasion des confessions de foi que les églises séparées de Rome se préparoient d'envoyer au concile que le Pape venoit d'indiquer, prièrent les Suisses d'en dresser une, « qui fût tournée de sorte qu'elle püt servir à l’accord dont on avoit beaucoup d'espérance !; » c’est-à-dire qu'il étoit bon de chosir des termes que les luthériens, ardens défenseurs de la présence réelle, pussent prendre en bonne part. On dresse dans cette vue une nouvelle Confession de foi, qui est la seconde de Bâle : on y retranche de la premiére, que nous avons rapportée, les expressions qui marquoient trop précisément que Jésus-Christ n'étoit présent que dans le ciel, et qu'on ne reconnoissoit dans le sacrement qu'une présence saeramentélle et par le seul souvenir. A la vérité les Suisses parurent fort attachés à dire toujours, comme ils avoient fait dans la première Confession de Bâle, « que le corps de Jésus- Christ n'est pas enfermé dans le pain. » Si on eût usé de ces termes sans quelque adoucissement, les luthériens auroient bien vu qu'on en vouloit nettement à la présence réelle; mais Bucer avoit des expédiens pour toutes choses. Par ses insinuations ceux de Bâle se résolurent à dire « que le corps et le sang ne sont pas naturellement unis au pain et au vin; mais que le pain et le vin sont des symboles par lesquels Jésus-Christ lui-même nous donne une véritable communication de son corps et de son sang, non pour servir au ventre d'une nourriture périssable, mais pour étre un aliment de vie éternelle ?. » Le reste n'est autre chose qu'une assez longue explication des fruits de l'Eucharistie , dont tout le monde convient.

, 3 Synt. Conf. Gen., de Helv. Conf., Hosp., part. II, 141. — ? Conf. Bas., 1536, art. 22, Synt., part. I, p. 70.

Autre Confession de foi de Bâle et la pré-

cédente adoucie.

AE 1l n'y avoit là aucun terme dont les luthériens ne pussent dequivoque

deste meurer d'accord; car ils ne prétendent pas que le corps de Jésus-

dti. Christ soit un aliment pour notre estomac, et ils enseignent que Jésus-Christ est uni au pain et au vin d'une maniere incompréhensible, céleste et surnaturelle; de sorte qu'on peut dire, sans les offenser, qu'il n'y est pas « naturellement uni. » Les Suisses ne pénétrérent pas plus avant. Tellement qu'à la faveur de cette expression l'article passa en des termes dont un luthérien peut s’accommoder, et où l'on ne pouvoit en tout cas désirer que des expressions plus précises et moins générales.

De la présence substantielle dont il s'agissoit en ce temps-là, ils n'en voulurent dire ni bien ni mal, et ce fut tout ce que Bucer en put obtenir. Ils ne se tinrent dans la suite ni à la première ni à la seconde Confession de foi qu'ils avoient publiée d'un commun accord, et nous en verrons dans son temps paroitre une troisième avec des expressions toutes nouvelles.

XXI. Ceux de Zurich , nourris par Zuingle et pleins de son esprit ,

Chacun

suivoit ls n'entrérent avec Bucer dans aucune composition; et au lieu de

impres-

sions & donner, comme ceux de Bâle, une nouvelle confession de foi ;

dcr. pour montrer qu'ils persistoient dans la doctrine de leur maître, ils publiérent celle qu'il avoit adressée à Francois I* et qui a déjà été rapportée, où il ne veut d'autre présence dans l'Eucharistie que celle qui s'y fait « par la contemplation » de la foi, en excluant nettement la présence substantielle.

C'est ainsi qu'ils continuoient à parler naturellement. Ils étoient les seuls qui le fissent parmi les défenseurs du sens figuré, et on peut voir en ce temps que dans la nouvelle Réforme chaque église agissoit selon l'impression qu'elle avoit recue de son maitre. Luther et Zuingle ardens et extrémes mirent les luthériens et ceux de Zurich dans de semblables dispositions, et éloignèrent les tempéramens. Si OEcolampade fut plus doux, on voit aussi ceux de Bâle plus accommodans ; et ceux de Strasbourg entrèrent dans tous les adoucissemens, ou pour mieux parler, dans toutes les équivoques et dans toutes les illusions de Bucer.

XXI. Il poussa la chose si avant, qu'aprés avoir accordé tout ce qu'on

Bucer

avoue que pouvoit souhaiter sur la présence réelle, essentielle, substantielle,

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