‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 88 sur 387 · LIVRE IV, N. XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XXIII

naturelle méme, c'est-à-dire sur la présence de Jésus-Christ selon sa nature, il trouva encore des expédiens pour le faire réellement recevoir aux fidèles qui communioient indignement. ll demandoit seulement qu'on ne parlàt point des impies et des infidéles , pour lesquels ce saint mystére n'a point été institué; et disoit néanmoins que sur ce sujet il ne vouloit avoir de démélé avec personne !.

Avec toutes ces explications il ne faut pas s'étonner s'il sut adoucir Luther jusqu'alors implacable. Luther crut qu'en effet les sacramentaires revenoient à la doctrine de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie. Mélanchthon, avec lequel Bucer négocioit, lui manda qu'il trouvoit Luther plus traitable, et qu'il commencoit à parler plus amiablement de lui et de ses collègues ?. Enfin on tint l'assemblée de Vitenberg en Saxe, où se trouvèrent les députés des églises d'Allemagne des deux partis. Luther le prit d'abord d'un ton bien haut. Il vouloit que Bucer déclarât que lui et les siens se rétractoient , et rejeta bien loin ce qu'ils lui disoient, que la dispute n'étoit pas tant dans la chose que dans la manière. Mais enfin, après beaucoup de discours où Bucer montra toute sa souplesse, Luther prit pour rétractation ces articles que lui accordérent ce ministre et ses compagnons :

I. « Que suivant les paroles de saint Irénée, l'Eucharistie consiste en deux choses : l'une terrestre, et l'autre céleste; et par conséquent que le corps et le sang de Jésus-Christ sont vraiment et substantiellement présens, donnés et recus avec le pain et le vin.

II. » Qu'encore qu'ils rejetassent la transsubstantiation , et ne crussent pas que le corps de Jésus-Christ fût enfermé localement dans le pain, ou qu'il eüt avec le pain aucune union de longue durée hors l'usage du sacrement, il ne falloit pas laisser d'avouer que le pain étoit le corps de Jésus-Christ par une union sacramentelle : c'est-à-dire que le pain étant présenté, le corps de Jésus-Christ étoit tout ensemble présent et vraiment donné. »

III. Ils ajoutoient néanmoins, « que hors de l'usage du sacrement, pendant qu'il est gardé dans le ciboire, ou montré dans les

1 Hosp., part. II, fol. 135. — ? Jbid., an. 1535, 1536.

les indignes recoivent réellement le corps,

Accord de Vitenberg, el ses six arlicles.

Bucer trompe Luther, et élude les termes de l'accord,

processions, ils croient que ce n’est pas le corps de Jésus-Christ. »

IV. Ils concluoient en disant : « Que cette institution du sacrement a sa force dans l'Eglise, et ne dépend pas de la dignité ou indignité du ministre, ni de celui qui reçoit.

V. » Que pour les indignes, qui selon saint Paul mangent vraiment le sacrement, le corps et le sang de Jésus-Christ leur sont vraiment présentés, et qu'ils les reçoivent véritablement, quand les paroles et l'institution de Jésus-Christ sont gardées.

VI. » Que néanmoins ils le prennent pour leur jugement , comme dit le même saint Paul, parce qu'ils abusent du sacrement en le recevant sans pénitence et sans fof 1. »

Luther n'avoit rien, ce semble, à désirer davantage. Quand on lui aecorde que l'Eucharistie consiste en deux choses : l'une céleste, et l'autre terrestre; et que de là on conclut que le corps de Jésus-Christ est substantiellement présent avec le pain ?, on montre assez qu'il n'est pas seulement présent à l'esprit et par la foi : mais Luther, qui n'ignoroit pas les subtilités des sacramentaires, les pousse encore plus avant, et leur fait dire que ceux-là méme « qui n'ont pas la foi ne laissent pas de recevoir véritablement le corps de Notre-Seigneur ?. »

On n'avoit garde de lés soupconner de croire que le corps de Jésus-Christ ne nous füt présent que par la foi, puisqu'ils avouoient qu'il étoit présent, et véritablement recu par ceux qui étoient sans « foi et sans pénitence. »

Aprés cet aveu des sacramentaires, Luther se persuada aisément qu'il n'avoit plus rien à en exiger, et il jugea qu "ils avoient dit tout ce qu'il falloit pour confesser la réalité : mais il n'avoit pas encore assez compris que ces docteurs ont des secrets particuliers pour tout expliquer. Quelque claires que lui parussent les paroles de l'accord, Bucer savoit par où en sortir. Il a fait plusieurs écrits, où il explique aux siens en quel sens il a entendu chaque parole de l'accord; là il déclare que « ceux qui, selon saint Paul, sont coupables du corps et du sang, ne recoivent pas seulement le sacrement, mais en effet la chose même, et qu'ils ne

1 Hosp., part. II, an. 1535, fol. 145; in lib. Conc., 129. — ? Art. 1. — 3 Art. 5 et 6.

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