LIVRE IV, N. XXV
sont pas sans foi, encore, dit-il, qu'ils n'aient pas cette foi vive qui nous sauve, ni une XO MD dévotion de cœur t.
Qui auroit jamais cru que les défenseurs du sens e pussent avouer dans la Cène une véritable réception du corps et du sang de Notre-Seigneur sans avoir la foi qui nous sauve? Quoi donc! une foi qui ne suffit pas pour nous justifier, suffit-elle selon leurs principes pour nous communiquer vraiment Jésus-Christ ? Toute leur doctrine résiste à ce sentiment de Bucer ; et ce ministre luiméme, füt-il cent fois plus subtil, ne peut jamais accorder ce qu'il dit ici avec ses autres maximes. Mais il ne s’agit pas en ce lieu d'examiner les subtilités par lesquelles Bucer se déméle de l'accord qu'il avoit signé à Vitenberg : il me suffit de remarquer ce fait constant, que toutes les églises d'Allemagne qui défendoient le sens figuré, assemblées en corps par leurs députés, ont accordé par un acte authentique « que le corps et le sang de Jésus-Christ sont vraiment et substantiellement présens , donnés et reçus dans la Cène avec le pain et le vin; et que les indignes qui sont sans fo, ne laissent pas de recevoir ce corps et ce sang , pourvu qu'ils gardent les paroles de l'institution. »
Si ces expressions peuvent s’accorder avec le sens fi guré, on ne sait plus désormais ce que les mots signifient, et nous trouverons tout en toutes choses. Des hommes qui ont accoutumé leur esprit à tourner en cette sorte le langage humain, feront dire ce qu'il leur plaira et à l’Ecriture et aux Pères; et il ne faut pas s'étonner de tant de violentes interprétations qu hls donnent aux passages les plus clairs.
Savoir maintenant si Bucer avoit un dessein formel d'amuser le monde par des équivoques affectées, ou si quelque idée confuse de réalité lui fit croire qu'il pouvoit de bonne foi souscrire à des expressions si évidemment contraires au sens figuré, j'en laisse le jugement aux protestans. Ce qui est certain, c'est que Calvin son ami et en quelque facon son. disciple, mad il vouloit exprimer une obscurité blàmable dans une profession de foi, disoit « quil n’y avoit rien de si embarrassé, de si obscur, de si Abibigut de si tortueux dans Bucer méme ?, »
1 Buc., Declar. Conc. Vit., id. ap. Hosp., 1536, 148 et seq. — ? Ep. Calv., p. 50.
Sentimens de Calvin
sur les
équivo-
ques en
matière de foi.
Ces artificieuses ambiguités étoient tellement de l'esprit de la nouvelle Réforme, que Mélanchthon même, c'est-à-dire le plus sincère de tous les hommes par son naturel, et celui qui avoit le plus condamné les équivoques dans les matières de foi, s'y laissa entrainer contre son inclination. Nous trouvons une lettre de Iüi en 1541, où il écrit que rien n'étoit plus indigne de l'Eglise, «que d'user d'équivoques dans les confessions de foi, et de dresser des articles qui eussent besoin d'autres artieles pour les expliquer ; que c'étoit en apparence faire la paix, et en effet exciter la guerre 1; » que c'étoit enfin, «à l'exemple du faux concile;de Syrmie et des Ariens, mêler la vérité avec l'erreur ?. » Il avoit raison ; et néanmoins dans le méme temps, lorsqu'on tenoit la premiere assemblée de Ratisbonne pour concilier la religion catholique avec la protestante, « Mélanchthon et Bucer (ce ne sont pas les catholiques qui l'éerivent, c'est Calvin qui étoit présent et intime confident de l’un et de l'autre), Mélanchthon , dis-je, et Bucer composoient sur la transsubstantiation des formules de foi équivoques et trompeuses , pour voir s'ils pourroient contenter leurs adversaires en ne leur donnant rien ?. » !
Calvin étoit le premier à condamner ces obscurités affectées et ces honteuses dissimulations. « Vous blàmez, dit-il, et avec raison, les obscurités de Bucer. Il faut parler avec liberté, disoit-il en un autre endroit; il n'est pas permis d'embarrasser par des paroles obscures ou équivoques ce qui demande la lumiére.... Ceux qui veulent ici tenir le milieu abandonnent la défense de la vérité ^. » Et à l'égard de ces piéges dont nous venons de parler, que Bucer et Mélanchthon tendoient dans leurs discours ambigus aux catholiques nommés pour conférer avec eux à Ratisbonne, voici ce qu'en dit le méme Calvin : « Pour moi je n'approuve pas leur dessein, encore qu'ils aient leurs raisons : car ils esperent que les matières s'éclairciront d'elles-mémes. C'est pourquoi ils passent par-dessus beaucoup de choses, et n'appréhendent point ces ambiguités; ils le font à bonne intention, mais ils s'accommodent trop au temps *. » C'est ainsi que, par de mauvaises raisons, les
1 Lib. I, ep. xxv, 1541, — ? Lib. I, ep. Lxxvr. — ? Ep. Calv., p. 38. — * Ep., p. 50. — 5 Ep., p. 38.