‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 90 sur 387 · LIVRE IV, N. XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XXVI

auteurs de la nouvelle Réforme ou pratiquoient , ou excusoient la plus criminelle de toutes les dissimulations, c'est-à-dire les équivoques affectées dans les matières de la foi. La suite nous fera paroitre si Calvin, qui parolt ici autant éloigné de les pratiquer lui-méme qu'il témoigne de facilité à les excuser dans les autres, sera toujours de méme humeur, et il nous faut revenir aux artifices de Bucer.

Au milieu des avantages qu'il donna aux luthériens dans l'accord de Vitenberg, il gagna du moins une chose : c’est que Luther Jui laissa passer que le corps et le sang de Jésus-Christ n'avoient pas d'union durable hors l'usage du sacrement avec le pain et le vin; et que le corps n'étoit pas présent quand on le montroit, ou qu'on le portoit en procession 1.

Ce n'étoit pas le sentiment de Luther; jusqu'alors il avoit toujours enseigné que le corps de Jésus-Christ étoit présent dès qu'on avoit dit les paroles, et qu'il demeuroit présent jusqu'à ce que les espèces fussent altérées ? : de sorte que, selon lui, il étoit:présent, « méme quand on le portoit en procession, » encore qu'il ne voulüt pas approuver cette coutume.

En effet, si le corps étoit présent en vertu des paroles de l'institution et qu'il fallàt les entendre à la lettre, comme Luther le soutenoit, il est clair que le corps de Notre-Seigneur devoit étre présent àl'instant qu'il dit: «Ceci est mon Corps, » puisqu'il ne dit pas : « Ceci sera, » mais : « Ceci est. » Il étoit digne de la puissance et de la majesté de Jésus-Christ, que ses paroles eussent un effet présent, et que l'effet en subsistát aussi longtemps que les choses demeureroient en méme état. Aussi n'avoit-on jamais douté dés les premiers temps du christianisme que la partie de l'Eucharistie qu'on réservoit pour la communion des malades, et pour celle que les fidèles pratiquoient tous les jours dans leurs maisons, ne füt autant le vrai corps de Notre-Seigneur que celle qu'on leur distribuoit dans l'assemblée de l'église. Luther l'avoit toujours entendu de cette sorte ; et néanmoins on le perta je ne sais comment à tolérer l'opinion contraire que Bucer proposa au temps de l'accord.

! Art. 2, 3. — ? Luth., Serm, (nt. Sverm.; it. Epist. ad quemd., Hosp., Ile part., p. 14, 44, 132, ete, *

Si la présence est

durable dans l'Eucharistie.

Suite :

conclusion de l'accord

Il ne lui souffrit pourtant pas de dire que le corps ne se trouvât dans l'Eucharistie précisément que dans l'usage, c'est-à-dire dans la réception, mais seulement « que hors l'usage il n'y avoit point d'union durable entre le pain et le corps. » Elle étoit donc cette union, méme hors de l'usage, c'est-à-dire hors de la communion; et Luther qui faisoit lever et adorer le Saint-Sacrement, méme pendant que se fit l’accord ‘, n'eüt pas souffert qu'on lui eüt nié que Jésus-Christ y füt présent durant ces cérémonies : mais pour ôter la présence du corps de Notre-Seigneur dans les tabernacles et dans les processions des catholiques, qui étoit ce que Bucer prétendoit , il suffisoit de lui laisser dire que la présence du corps et du sang dans le pain et le vin n'étoient pas de longue durée.

Au reste, si on eüt demandé à ces docteurs combien done devoit durer cette présence, et à quel temps ils déterminoient l'effet des paroles de Notre-Seigneur, on les eüt vus dans un étrange embarras. La suite le fera paroitre, et on verra qu'en abandonnantle sens naturel des paroles de Notre-Seigneur, comme on n'a plus de règle, on n'a plus aussi de termes précis, ni de croyance certaine.

Tet fut l'événement de l'accord de Vitenberg. Les articles en sont rapportés de la méme sorte par les deux partis de la nouvelle Réforme, et furent signés sur la fin de mai en 1536 ?. On convint que l'aecord n'auroit de lieu qu'étant approuvé par les églises. Bucer et les siens doutèrent si peu de l'approbation de leur parti, : qu'aussitót après l'accord signé ils firent la Cène avec Luther en signe de paix perpétuelle. Les luthériens ont toujours loué cet accord. Les sacramentaires y ont recours comme à un traité authentique qui avoit réuni tous les protestans. Hospinien prétend que les Suisses, du moins une partie de ce corps, et Calvin méme l'ont approuvé ?.-On en trouve en effet l'approbation expresse parmi les lettres de Calvin * : de sorte que cet accord doit avoir rang parmi les actes publics de la nouvelle Réforme, puisqu'il

1 Form. Miss., tom. II; Hosp., an. 1536, 142, — ? Conc., p. 129; Hosp., II? part. fol. 145; Chyt., Hist. Conf. Aug.— ? An. 1536, 1537, p. 38. — * Calv., Ep. p. 324,

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