‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 92 sur 387 · LIVRE IV, N. XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XXXI

très-propre à faire voir que la même main dont on se sert pour exécuter les traités, peut être un gage de la volonté qu’on a de les accomplir; et qu'un contact passager, mais réel et substantiel, peut devenir par l'institution et par l'usage des hommes le signe le pluseffieace qu'ils puissent donner d’une perpétuelle union.

Depuis qu'il eut commencé à traiter l'accord, il n'aimoit point à dire avec Zuingle que l'Eucharistie étoit le corps, comme la pierre étoit Christ etcomme l'Agneau étoit la Pâque : il disoit plutôt qu'elle l'étoit comme la colombe est appelée le Saint-Esprit : ce qui montre une présence réelle, puisque personne ne doute que le Saint-Esprit ne fût présent, et encore d'une facon particulière sous la forme de la colombe.

Il apportoit aussi l'exemple de Jésus-Christ soufflant sur les apôtres, et leur donnant en méme temps le Saint-Esprit !: ce qui démontroit encore que le corps de Jésus-Christ n'est pas moins communiqué, ni moins présent que le Saint-Esprit le fut aux apôtres.

Avec tout cela il ne laissa pas d'approuver la doctrine de Calvin ?, toute pleine des idées des sacramentaires, et ne craignit point de souscrire à une confession de foi où le même Calvin disoit que la manière dont on recevoit le corps et le sang de Jésus-Christ dans la Cène, consistoit en ce que le Saint-Esprit y unissoit ce qui étoit séparé de lieu. C'étoit, ce. semble, clairement marquer que Jésus-Christ étoit absent. Mais Bucer expliquoit tout, et il avoit sur toute sorte de difficultés des dénouemens merveilleux. Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c’est que les disciples de Bucer et, comme nous l'avons dit, les villes entières qui s’étoient tant éloignées sous sa conduite de la présence réelle , rentroient insensiblement dans cette croyance. Les paroles de Jésus-Christ furent tant considérées et tant répétées , qu'enfin elles firent leur effet; et on revenoit naturellement au sens littéral.

Pendant que Bucer et ses disciples, ennemis si déclarés de la doctrine de Luther sur la présence réelle, s’en rapprochoient Mélanchthon, le cher disciple du méme Luther, l'auteur de la Confession d'Augsbourg et de 'Apologie, où il avoit soutenu la

1 Epist. ad Ital., int. Ep. Calv., p. 44. — ? Int. Ep. Calv., p. 398.

Mélanchthon commence à douter de la doctrine de Luther,

Sa foible théologie,

réalité jusqu'à paroitre incliner vers la transsubstantiation, commencoit à se laisser ébranler.

Ce fut en 1535 ou environ que ce doute lui vint dans l'esprit ‘; car auparavant on a. pu voir jusqu'à quel point il étoit ferme. Il avoit méme composé un livre du sentiment des saints Pères sur la Cène, où il avoit recueilli beaucoup de passages très-exprès pour la présence réelle. Comme la critique en ce temps n'étoit pas encore fort fine, il s'apercut dans la suite qu'il y en avoit quelques-uns de supposés ?, et que les copistes ignorans ou peu soigneux, avoient attribué aux anciens des ouvrages dont ils n'étoient pas les auteurs. Cela le troubla, encore qu'il eüt produit un assez bon nombre de passages incontestables. Mais ce qui l'embarrassa davantage, c'est de trouver dans les anciens beaucoup d'endroits où ils appeloient l'Eucharistie une figure ?. Il ramassoit les passages ; et il étoit étonné, disoit-il, « d'y voir une grande diversité : » foible théologien, qui ne songeoit pas que l'état de la foi ni de cette vie ne permettoit pas que nous jouissions de Jésus-Christ à découvert : de sorte qu'il se donnoit sous une forme étrangère, joignant nécessairement la vérité avec la figure, et la présence réelle avec un signe extérieur qui nous la couvroit. C'est de là que vient dans les Péres cette diversité apparente qui étonnoit Mélanchthon. La méme chose lui eüt paru, s'il y eüt pris garde de prés, sur le mystère de l'Incarnation et sur la divinité du Fils de Dieu, avant que les disputes des hérétiques eussent obligé les Pères à en parler plus précisément ; et en général toutes les fois qu'il faut accorder ensemble deux vérités qui semblent contraires, comme dans le mystère de la Trinité et dans celui de l'Inearnation être égal et étré au-dessous, et dans le sacrement de l'Eucharistie étre présent et étre en figure, il se fait naturellement une espèce de langage qui paroit confus, à moins qu'on n'ait, pour ainsi parler, la clef de l'Eglise et l'entière compréhension de tout le mystère : outre les autres raisons qui obligeoient les saints Pères à envelopper les mystères en certains endroits, donnant en d'autres des moyens certains de les entendre. Mélanch-

1 Hosp., an. 1535, p. 137 et seq. — * Lib. Ill, epist. cx1v, ad Joan. Brent, — 5 Ibid.

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