‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 100 sur 403 · PARTIE II, N. LXXI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. LXXI

Que ce soit là l'esprit du parti, M. Jurieu nous en est un grand exemple, puisque nous venons de voir que déjà il fait régner dans les trois premiers siécles de l'Eglise des erreurs manifestement sociniennes. M. Basnage le seconde dans ce dessein : lorsque je lui nie que les anciens aient enseigné les dogmes pernicieux que son collègue M. Jurieu lui attribue, il me reproche que je nie les choses les plus claires; et il se réduit comme son confrère à soutenir que malgré ces erreurs des prélats la foi de l'Eglise n’étoit pas périe'.

Il n’y a qu'à prendre un ton de confiance pour éblouir nos réformés : mais qu'on pénétre ce qui ést caché sous ces grands mots de M. Basnage, on y trouvera qu'il adopte les sentimens de son confrère, c'est-à-dire, qu'il fait nier aux anciens docteurs l'égalité et la coéternité des trois Personnes divines.

M. Burnet n'est pas plus favorable à l'antiquité. Il prétend «que les Péres et les Docteurs de l'Ecole ont demeuré longtemps à faire un système complet de leurs notions à l'égard de la Divinité ? : » c'est-à-dire, à ne rien dissimuler et à óter les embarras affectés de cette expression, qu'on a passé plusieurs siécles sans avoir une notion complète de Dieu, et à dire vrai, sans le bien connoitre. Non-seulement il veut « que j'apprenne du Pére Pétau combien les idées des Pères des trois premiers siècles étoient obscures sur la Trinité, » mais encore il ne craint point d'assurer que, « méme apres le concile de Nicée, on a été longtemps avant que de mettre

lidée de l'unité de l'essence divine dans l'état où elle est depuis plusieurs siècles. » Nous éntendons ce langage : nous n'ignorons pas qui sont les protestans d'Angleterre , qui prétendent que l'unité qu'on reconnoissoit dans la nature divine étoit semblable à celle des autres natures, c'est-à-dire, qu'il n'y avoit qu'une unité d'espéce ou de genre; si bien qu'à proprement parler il y avoit plusieurs dieux comme il y a plusieurs hommes. Voilà les erreurs que M. Burnet attribue aux premiers siècles, en sorte qu'il n'y avoit nulle connoissance certaine et nulle confession claire de l'unité ni de la perfection de Dieu non plus que de la Trinité de ses

1 Déf. de la Réf. cont. les Var., tom. I, liv. IT, chap. v, p. 418, 419. — ? Crit. de lHist. des Var.

Preuve par l'exemple de M. Jurieu, de M. Burnet

et de M.Basnage que tout lend dans la Réforme à l'indifférence etau socinia-

nisme,

LXXH.

M. Basnage autorise le grand principe

des sociniens.

personnes. C’est à peu près dans la foi la même imperfection que reconnoit M. Jurieu : c'est ce qu'il avoit appelé la Trinité informe,

La Réforme a aujourd'hui trois principaux défenseurs; M. Jurieu, M. Burnet et M. Basnage : tous trois ont donné les premiers siècles pour fauteurs aux hérésies des sociniens : nous avons vu les conséquences de cet aveu , d’où l'on induit nécessairement la tolérance universelle. M. Burnet l'a ouvertement favorisée dans sa préface sur un Traité qu'il a traduit de Lactance ; et nous produirons bientót d'autres preuves incontestables de son sentiment. Pour ce qui est de M. Basnage, nous avons vu comme il s'est déjà déclaré pour la tolérance civile, qui selon M. Jurieu a une liaison si nécessaire avec l'indifférence des religions. Il a loué les magistrats sous qui l'hérétique n'a rien à craindre ‘. Nous avons oui de sa bouche que la punition de Servet, quoique impie et blasphémateur, étoit un reste de papisme?. Par là il met à couvert du dernier supplice les blasphémateurs les plus impies : ce qui favorise une des maximes de la tolérance, où l'on ne tient pour blasphémateurs que ceux qui s'attaquent à ce qu'ils reconnoissent pour divin, directement contre saint Paul, qui se nomme blasphémateur, quoique ce fût, comme il le dit, dans son ignorance ?; et méme contre l'Evangile, qui range aussi au nombre des blasphémateurs ceux dont les langues impudentes chargeoient d'injures le Sauveur *, quoiqu'ils le fissent par ignorance *, sans connoitre le Seigneur de gloire; et que le Sauveur lui-méme les ait excusés envers son Père, en disant qu’ils ne savoient pas ce qu'ils faisoient ‘.

Le grand principe des sociniens et l’un de ceux que M. Jurieu attaque le plus ", c’est qu'on ne peut nous obliger à croire ce que nous ne connoissons pas clairement. C'étoit aussi le principe des manichéens ; et saint Augustin, qui s'est attaché à le détruire en plusieurs de ses ouvrages, a persuadé tout le monde excepté les sociniens et. M. Basnage. Je remarquerai ici en passant un endroit où , en rapportant les vaines promesses des manichéens qui s'en-

1 Dasn., tom. 1, chap. Vr, p. 492; ci-dessus, n. 10. — ? Déf. de l'Hist. des Var., n. 3. — 3 I Timoth., 1, 13. — * Matth., xxvii, 39. — 5 Act., 11, 17 — 6 Luc., xxii, 34. — 7 Tabl., lett. 111, p. 131.

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