PARTIE III, N. LXXIII, LXXIV
gageoient « à conduire les hommes à la connoissance nette et distincte de la vérité, et qui avoient pour principe qu’on ne doit croire véritables que les choses dont on a des idées claires et distinctes ; » tout d'un coup, sans qu'il en fût question, ou que son discours l'y menát par aucun endroit, il s'avise de dire « que saint Augustin réfute ce principe de la manière du monde la plus pitoyable *. » C'étoit peu de dire la plus foible ou s'il vouloit la plus fausse; pour insulter plus hautement à saint Augustin il falloit dire La plus pitoyable; et cela sans alléguer la moindre preuve, sans se mettre du moins en peine de dire mieux que saint Augustin, ni de détruire un principe dont il sait que les sociniens aussi bien que les manichéens font leur appui. Il leur a voulu faire le plaisir de leur donner gain de cause contre saint Augustin, et persuader à tout le monde qu'un docteur si éclairé est demeuré court en attaquant le principe qui fait tout le fondement de leur hérésie.
C'est, en un mot, je l'ai dit souvent et je le répéte sans crainte, c'est, dis-je, que la Réforme n'a point de principe universel contre les hérésies, et ne produit aujourd'hui aucun auteur oü l'on ne trouve quelque chose de socinien : mais celui qui en a le plus, très-certainement c'est M. Jurieu. Avant lui on n'avoit oui parler d'une Trinité informe. Personne n'avoit encore dit que la doctrine de la grace füt informe et mêlée d'erreurs devant saint Augustin, ou qu'il fallüt encore aujourd'hui précher à la pélagienne ?. Voilà ce qu'enseigne ce grand adversaire des sociniens. ILenseigne qu'on ne peut condamner ceux qui font la Trinité nouvelle, et. deux de ses Personnes nouvellement produites; qui font dans l'éternité la nature divine imparfaite , divisible, changeante, et les personnes inégales dans leur opération et leur perfection ; ceux qui disent que le concile de Nicée, loin de réprouver ces erreurs y a consenti et les a autorisées par ses décrets; que la doctrine de l'immutabilité de Dieu est une idée d'aujourd'hui, et qu'on ne peut réfuter par l'Ecriture ni accuser d'hérésie ceux qui la rejettent 3.
IL est vrai qu’il a pris la peine de répondre à ce dernier re-
1 Basn., tom. 1, I part., chap. 1v, art. 2, p. 127. —? Voy. VIe Avert., I part., art, 2-5. — 3 Ibid., art. 6 et suiv.
De tous les ministres protestans celui qui lient le plus du socinianisme c'est
M. Jurieu.
LXXIV, Que les
excuses de proche, et il soutient qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon « que
ce ministre
sucequ'il les lumières naturelles achévent ce que l'Ecriture sainte avoit
aditcontre
Dl commencé là-dessus‘. » Un autre auroit dit que l'Ecriture con- Mcd firme et achève ce que la lumière naturelle avoit commencé : de le cn- notre ministre aime mieux attribuer le commencement à l'Ecriture PAT ela perfection à la raison : comme si les écrivains sacrés n'avoient pas eu la raison, et par-dessus la raison la lumiére du Saint-Esprit qui en perfectionnoitles connoissances, Mais après tout, ce n'est pas là ce qu'avoit dit le ministre : il avoit dit en termes formels que les anciens, en donnant au Verbe une seconde génération, lui donnoient non un nouvel être, mais une nouvelle manière d'être ? : que cette nouvelle manière d’être ajoutoit la perfection au Verbe et accomplissoit sa naissance imparfaite jusque-là : «qu’on devoit pourtant bien remarquer que l'on ne sauroit réfuter par i Ecriture cette bizarre théologie des anciens ; et c'est, disoit-il, une raison pourquoi on ne leur en sauroit faire une hérésie : il n'y a que la seule idée que nous avons aujourd'hui de la parfaite immutabilité de Dieu qui nous fasse voir la fausseté de ces hypothéses?. » L'Ecriture n'étoit donc pas suffisante pour nous faire voir un Dieu immuable. Qu'il ne chicane point sur ce mot de faire voir, comme si l'Ecriture nous faisoit croire seulement l'immutabilité de Dieu, et que la raison nous /a fit voir. Car il avoit dit clairement queces hypothèses des Pères ne saurotent être réfutées par U Ecriture : VEcriture ne pouvoit donc ni faire voir ni faire croire que Dieu füt immuable : l'idée de l'immutabilité est une idée d'aujourd'hui, qui n'étoit ni dans les saints Livres ni dans la doctrine de ceux qui nous avoient précédés. Ona vu quelle est l'ignorance et l'impiété d'une telle proposition. Mais le ministre qui la désavoue ne sait encore qu'en croire, puisqu'au lieu de dire à pleine bouche que nous voyons dans l'Ecriture l'immutabilité de Dieu, il se contente de dire qu'il n'a jamais dit que «l'Ecriture ne servit de rien à en former l'idée. Car, poursuit-il, puisque l'Eeriture sert infiniment à nous donner l'idée de l'étre infiniment parfait, elle sert aussi sans doute à nous
1 Tabl., lett. viti, p. 580. — ? Tabl., lett. vi, p. 266 et suiv, — 3 VIe Avert., I part., art. 4, n. 10, 11; Tabl., lett. vr, p. 268.