PARTIE III, N. LXX
glise, qu'il ruineroit la foi, qu'il entreprendroit d'attaquer les parties les plus augustes du christianisme, qu'il anéantiroit et la connoissance et presque l'autorité des Livres sacrés; qu'il établiroit pour fondement de la foi des traditions humaines, des jugemens d'hommes, des conciles sujets à erreur. » Laissons-lui étaler ces calomnies contre l'Eglise catholique : comme il les suppose sans preuve , laissons-les passer sans réplique, et voyons la conséquence qu'il en tire : « Avant que cet esprit entràt dans l'Eglise, Dieu par une sagesse profonde mit les articles fondamentaux à l'abri de la seule autorité qui devoit étre respectée dans ce christianisme antichrétien; et sans cela, poursuit-il, tout le monde seroit aujourd'hui arien et socinien, parce qu'il n'y a point d'esprit qui naturellement n'aime à secouer le joug. » Graces à la divine miséricorde : c'est donc ce joug salutaire de l'autorité des conciles qui a tenu dans le respect les esprits naturellement indociles : c’est à l'abri de cette autorité sacrée que les fondemens de la foi sont demeurés en leur entier. En effet, il n'y a qu'à voir, aussitót que la Réforme s'est opposée à cette autorité des conciles, quelle licence a régné dans les esprits, avec quelle audace et quel concours la Trinité et l'Incarnation ont été attaquées : sans le respect qu'on avoit pour ces conciles fout le monde, dit le ministre, et les réformés comme les autres, seroit aujourd'hui arien et socinien. Mais pourquoi donc n'attribuer un secours si nécessaire au christianisme qu'à un christianisme antichrétien, et ne pas vouloir qu'un tel secours, si grand, si nécessaire, si essentiel, soit donné des son origine à l'Egiise chrétienne? Mais si ce secours étoit si nécessaire au christianisme, selon M. Jurieu, pourquoi le méme ministre foule-t-il aux pieds les décisions de ces saints conciles et celle du concile d'Ephése, qui est celui où la foi de l'Incarnation a été le plus puissamment affermie? Ce saint concile décida que la sainte Vierge étoit Mere de Dieu, et ne trouva point de terme plus propre que celui-là pour fermer la bouche à Nestorius, comme le concile de Nicée n’en avoit point trouvé de plus énergique contre les chicanes des ariens, que celui de consubstantiel. Mais M. Jurieu ne craint pas de dire que « ce fut aux docteurs du cinquième siècle une témérité malheureuse d'avoir appelé la sainte Vierge
mère de Dieu '. » Voilà comme il s'oppose au dessein de Dieu, qui vouloit, comme il l'avoue, se servir de l'autorité de ce concile pour affermir la foi de l'Incarnation : et afin que rien ne manque au mépris qu'il inspire pour cette assemblée , il ajoute qu'aussi « Dieu n'a pas versé sa bénédiclion sur la fausse sagesse de ces docteurs : au contraire, continue-t-il, il a permis que la plus criminelle et la plus outrée de toutes les idolâtries (il veut dire la dévotion à la sainte Vierge) ait pris son origine de là. » Voilà donc ce saint concile, un des appuis, selon lui, des fondemens de la foi, livré à l'idolátrie, et encore à l'idolàtrie la plus outrée, en punition de sa décision : la corruption du monde et l'antichristianisme en fut le fruit. Mais si le concile d'Ephése est si hautement méprisé, on n'a pas plus épargné celui de Nicée. M. Jurieu a entre- . pris d'y trouver linégalité des personnes, l’imperfection de la naissance du Fils de Dieu, et un changement manifeste dans le sein de la Divinité *. La porte à l'apostasie est ouverte; et ce ministre ébranle avec la révérence des premiers conciles les fondemens de la foi des peuples, que l'Antechrist avoit respectés. Car quel respect veut-il qu'il nous reste pour le concile de Chalcédoïne, qu'il fait tenir à l'Antechrist méme, et en général pour le quatrième et le cinquième siècles où selon lui l’idolâtrie antichrétienne et les doctrines des démons ont régné impunément? Les trois premiers siècles sont pleins d'ignorance , ariens ou pis qu'ariens; les deux suivans plus éclairés, et les derniers de la pureté, sont idolàtres et antichrétiens, et il n'y a rien de sain dans le christianisme. Vous recommencez, dira-t-il, trop souvent le méme reproche : qu'il y réponde une fois, et nous nous tairons.
Autant donc qu'il est évident, par toutes ces choses, que la Réforme ne se peut passer de la voie d'autorité, autant est-il véritable qu'il ne lui est pas possible de la soutenir : elle lui est trop étrangère, trop incompatible avec ses maximes. Tout y respire la liberté de dogmatiser : on ne songe qu'à se mettre au large sur les articles de foi; ce qui est le chemin manifeste au socinianisme, ou plutôt, et à ne rien déguiser, le socinianisme lui-même.
1 Ann., lett. XVI, p. 130, 131; 1 Avert., n. 19. — ? VIe Avert., I part., n. 4T et suiv.