PARTIE IIl, N. LXXV
faire comprendre la parfaite immutabilité de Dieu. » Vous diriez quel'Eeriture ne nous dise pas en termes assez formels que Dieu est immuable, jusqu'à exclure de ce premier étre méme l'ombre du changement‘; mais qu'elle serve seulement à nous le faire comprendre, et que ce soit là une conséquence qu'il faille comme arracher de ses autres expressions. Je ne m'étonne donc plus si l'auteur des Avis prend à témoin M. Jurieu des belles lumières que nous recevons de la philosophie moderne. » M. Jurieu sait, dit-il ?, qu'avant la philosophie de l'incomparable Descartes on n'avoit aucune juste idée de la nature d'un esprit : » sans doute, avant ce philosophe nous ne savions pas que Dieu füt esprit, ni de nature à n'étre apercu que par la pure intelligence, ni que notre ame füt faite à son image, ni qu'il y eüt des esprits administrateurs : sans Descartes ces expressions de l’Ecriture étoient pour nous des énigmes; on ne trouvoit pas dans saint Augustin, pour ne point parler des autres Péres, la distinction de l'ame et du corps : on nela trouvoit pas méme dans Platon. M. Jurieu le sait bien : car si nous n'entendons que d'aujourd'hui l'immutabilité de Dieu, pourquoi entendrions-nous mieux sa spiritualité, qui seule le rend immuable, puisqu'un corps qui de sa nature est divisible et mobile, ne le peut pas étre? Que la Réforme qui ne sait rien de tout cela, et qui l'apprend d'aujourd'hui, est éclairée ! L'aveuglement de ses docteurs ne la fera-t-elle jamais rougir ? Mais ne comprendra-t-elle jamais combien l'esprit du socinianisme domine en elle, puisque M. Jurieu y est entrainé comme par force en le combattant. ;
Pour ce qui regarde la tolérance, il n'y a qu'à se souvenir avec quelle évidence nous venons de démontrer que ce ministre l'a autorisée méme en voulant la combattre. Et pour ne point répéter ce qu'on a dit?, on ajoutera seulement que M. Jurieu est luiméme le plus grand exemple qu'on puisse jamais proposer de la tolérance du parti. On lui tolére toutes les erreurs qu'on vient de voir , quoiqu'elles n'emportent rien moins qu'un renversement total des fondemens du christianisme, et méme des principes de la Réforme.
1 Jacob., 1, A1. — ? Avis sur le Tabl., art. 3. — 8 VIe Avert., Il part., n. 105.
La tolérance effroyable qu'on à
pour M. Jurieu.
LXXVI. Onlui tolére de dire qu'on se peut sauver dans une commu- On tolére
à ce mi- nion socinienne : c'est une accusation que je lui ai faite dans
nistre de
dire qu'on ]' Zistoire des Variations et dans le premier Avertissement *. Il
se peut
mir n'est pas nécessaire d'en répéter ici la preuve, puisqu’après avoir ans une
cmmu- beaucoup chicané, le ministre a enfin passé condamnation. « Il
nion soci-
La conclut (l'évéque de Meaux) sen premier Avertissement par des nm. preuves que selon moi on peut étre Sauve dans une communion socinienne. Il n'y a pas plus de bonne foi là-dedans que dans le reste. Si l'on pouvoit conclure quelque chose de mes écrits, ce seroit qu'un homme, qui sans être socinien et en détestant les hérésies sociniennes, vivroit dans la communion externe des sociniens n'en pouvant sortir, seroit sauvé : c'est ce que je ne nie pas ?.» Il avoue donc en termes formels le crime dont on l'aecuse, qui est qu'on se peut sauver dans une communion socinienne. Car étre à l'extérieur dans cette communion, c'est y recevoir les sacremens, c'est y assister au service, aux préches, aux catéchismes, aux prières, comme font les autres , avec les marques extérieures de consentement : il n'y a point d'autres liens extérieurs de communion que ceux-là : or si cela est permis, on ne sait plus ce que veulent dire ces paroles: Retirez-vous des tentes des impies ? ; ni celles-ci de saint Paul: Je ne veux point qué vous soyez en société avec les démons : vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons : vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons‘; ni enfin celles-ci, du méme Apôtre : Quelle communion y a-t-ù entre la justice et l'iniquité? ou quelle convention entre Jésus-Christ et Bélial? ou quel accord peut-il y avoir entre le temple de Dieu et les idoles* S'il est permis d’être uni par les liens extérieurs de la religion avec l'assemblée des impies, tous ces préceptes de l'Apótre, toutes ces fortes expressions du Saint-Esprit, ne sont plus qu'un son inutile; et le ministre manifestement les réduit à rien. Ainsi la limitation qu'il apporte à sa proposition en supposant que celui qu'il met dans une communion socinienne, n'y sera qu'extérieurement et délestera dans son cœur les hérésies de cette secte, ne
1 Var., liv. XV, n. 19; Ier. Avert., n. 42. — ? Tabl., lett. vi, p. 298. — ) j » P * Numer., xvi, 26, — * [ Cor., x, 20. — 5 If Cor., VI, 14.