‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 103 sur 403 · PARTIE III, N. LXXVI · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. LXXVI

sert qu'à le condamner davantage. Car un tel homme sera nécessairement un hypocrite, qui sans étre socinien fera semblant de l'étre : or c’est encore pis, s'il se peut, de sauver un tel hypocrite que de sauver un $ocinien ; puisqu'on peut être socinien parignorance etavec une espèce de bonne foi; au lieu qu'on ne peut être hypocrite que par une expresse perfidie et une malice déterminée.

La condition qu'il appose, qu'on demeure innocemment à l'extérieur dans cette communion n’en pouvant sortir, met le comble à l'impiété. Car elle suppose qu'on est excusé de se lier de communion avec les impies lorsqu'on ne peut en sortir, c'est-à-dire manifestement , lorsqu'on ne le peut sans mettre sa vie ou ses biens ou son honneur en péril : or si on reçoit cette excuse, tous les exemples des martyrs sont des excés; tous les préceptes de l'Evangile, qui obligent à mourir plutót que de trahir la vérité et sa conscience, sont des préceptes outrés, qui ne sont propres qu'à envoyer les gens de bien à la boucherie.

Que si enfin le ministre se sent forcé à répondre que cet homme, qui communie à l'extérieur avec les sociniens, n'en déteste pas seulement les erreurs dans sa conscience, mais déclare publiquement l'horreur qu'il en a; il renverse la supposition. Car cet homme trés-constamment n'est plus dans la communion extérieure des sociniens, puisqu'il y renonce expressément par la profession qu'il fait d'une foi contraire. Un tel homme se gardera bien de faire la cène avec eux, ni de prendre le pain sacré de la main de leurs pasteurs qu'il regarde comme des impies : et s'il assiste à leurs préches, ce sera comme un étranger qui iroit voir ce qui se. passe dans leurs assemblées, ou qui entreroit, si l'on veut, dans une mosquée par simple curiosité.

Que si l'on assiste sérieusement au service des sociniens avec le méme extérieur que les autres membres de leurs assemblées, et en un mot qu'on en fasse son culte ordinaire, on pourra assister de même au culte des mahométans ou des idolâtres : les catholiques, les luthériens, les calvinistes pourront se tromper ainsi les uns les autres, sans préjudice de leur salut; et tout l'univers sera rempli de profanes et d'hypocrites qu'on ne laissera pas de compter parmi les élus. Voilà où aboutit la doctrine du plus rude en appa-

rence des intolérans; et il s'engage dans tous ces basphèmes pendant qu'il tâche le plus de s'en justifier, tant il est secrètement dominé par cet esprit d'irréligion et d'indifférence.

ixva. — On peut voir sur ce sujet-là ce qui est écrit dans le livre XV* des

La tolé- A 3 à : 5 rance e- Variations, et dans le premier Avertissement * : mais on y peut

pressé-

ment a Voir encore de plus grands excès du ministre : puisqu'on y trouve

cordée aux

aims: que « damner tous ces chrétiens innombrables qui vivoient dans

passage de

x. uri la communion externe de l'arianisme, dont les uns en détestoient

usi ss les dogmes, les autres les ignoroient, les autres les toléroient en

Pci esprit de paix, les autres étoient retenus dans le silence par la crainte et par l'autorité : damner, dis-je, tous ces gens-là, c'est une opinion de bourreau, et qui est digne de la cruauté du papisme ?.» Le dogme des ariens est donc de ces dogmes qu'on peut tolérer en esprit de paix. On a objecté ce passage à M. Jurieu de tous côtés. Il ny répond pas un seul mot; et voilà, de son aveu, les ariens, c'est-à-dire, les ennemis de la divinité de Jésus-Christ et de celle du Saint-Esprit, parmi ceux qu'il faut comprendre dans la tolérance.

Il nous donne pour marque de socinianisme , de dire que cette secte étoit moins mauvaise que le papisme * : et néanmoins il dit lui-même qu'il est plus difficile de se sauver parmi les catho- liques que parmi les ariens *, qui soutenoient les. principaux dogmes des sociniens.

ixxvu. — Siles ariens sont compris dans la tolérance, les nestoriens et

Les nesto-

»s les eutychiens ne pouvoient pas en être exclus. Le ministre les y vx reçoit en termes formels, et met les sociétés où la confusion des deux natures et la distinction des Personnes sont soutenues en Jésus-Christ, au nombre des communions oü Dieu se conserve des élus 5.

Si cela est, cette merveilleuse sagesse de Dieu, que le ministre reconnoit dans les quatre premiers conciles, qui, dit-il, ont mis . à l'abri les fondemens de la foi, ne sera plus rien; puisque les erreurs condamnées par ces grands conciles n'empéchent pas le

1 Var., liv. XV, n. 19 et suiv.; ler Avert., n. 41 et suiv. — ? Préj. lég., p. 22; Var., liv. XV, n. 80. — ? Tabl., lett. 1, p. 75 Préj. /ég., | part., chap. r, — 5 Syst., p. 225; Var., liv. XV, n. 112, — 5 Préj., chap. 1, p. 16; Syst., p. 146, 150, 154; Var., liv. XV, n. 555 Tab, lett. v, p. 198.

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