‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 109 sur 403 · PARTIE III, N. LXXXVIII-XC · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. LXXXVIII-XC

veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des sadducéens, il attaque jusqu'à la maxime : Qui prouve trop, ne prouve rien; c'est-à-dire, que vous arrêtez où il vous plait la force de vos raisonnemens, et que vous ne donnez à cette monnoie que le prix que vous voulez.

En-passant nous remarquerons, sur cet argument des sadducéens, cette étrange expression de notre ministre, que pour certaines raisons Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est beaucoup moins déchaisné contre les sadducéens que contre les pharisiens *. Je vous demande si un homme sage a jamais parlé de la sorte. N'estce pas faire de notre Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à ce qu'il doit à Jésus-Christ, et s'abandonne à l'ardeur de son imagination. Mais revenons à la tolérance,

Les tolérans démontrent à M. Jurieu non-seulement qu'il se contredit lui-même, mais encore qu'il contredit les principaux docteurs dela Réforme; puisque M. Claude ne craint pas d'assurer « que saint Augustin flétrit sa mémoire, lorsqu'il soutint qu'il falloit persécuter les hérétiques, et les contraindre à la foy orthodoxe, ou bien les exterminer; qui est, poursuit ce ministre, un sentiment fort terrible et fort inhumain ?. » Saint Augustin ne proposoit pas les derniers supplices; et s'il vouloit qu'on exterminát les donatistes, ce n'étoit que par les moyens que M. Jurieu approuve à présent. Si donc c'est le sentiment des principaux docteurs de la Réforme, que saint Augustin a flétri sa mémoire par cette doctrine, les tolérans concluent de méme, que M. Jurieu se déshonore en conseillant des rigueurs qu'il avoit autrefois tant condamnées.

C’est en vain qu'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies : car les tolérans prouvent au contraire, « que, S'il est vrai qu'on soit en droit de poursuivre un hérétique qui vient semer ses sentimens dans un lieu où il n'a aucun exercice, à plus forte raison doit-on travailler à l'extirpation des sociétés entières ; parce que plus une société est nombreuse, plus elle a de

1 Tabl., lett. VIII, p. 419.— ? M. Claude, De la lect. des PP.; Lett, de Suisse, p. 20,

LXXXVIII Irrévérence du ministre contre Jésus-Christ.

Les tolérans objectent au ministre Jurieu un passage exprés du ministre Claude.

Les tolérans prouvent au ministre qu'il ne doit pas plus épargner les sociétés entières

que 1». docteurs , et plus aussi elle est en état de tout gaster et de tout particu-

nae. perdre par le venin de ses hérésies !. » XCI. Par tels et semblables raisonnemens les tolérans démontrent à

Le minis- . r . se P . .

tre détruit M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n'a point de bornes, lui-méme , . r exe Tr P lesa» et qu'avec tout le beau semblant de son intolérance mitigée, il en argument : . E * A , E TY "

qe 1. né- Viendroit bientôt au sang, pour peu qu'on lui résistàt ou qu'il forme "1 A » .

tiroit & fût le maitre. Avec une telle doctrine, si les protestans l'embras-

Ses persé-

cutions. Sent, il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations, par lesquelles dés leur naissance ils ont tàché d'émouvoir toute la terre. Ils ne se vanteront plus d'étre cette église posée sous la croix , que Jésus-Christ préfère à toutes les autres : les sociétés des hérétiques jouiront du méme privilége : la Réforme persécutée deviendra persécutrice, et la souffrance ne sera

plus qu'un signe équivoque du véritable christianisme. XCIL M. Jurieu d'autre cóté ne poussera pas moins loin les tolérans :

te dus Car, quelque mine qu'ils fassent, il les forcera à approuver tout

s a wa le Commentaire philosophique, c'est-à-dire à confesser premièm4 rement que le magistrat doit la liberté de conscience à toutes les

e em; sectes, et non-seulement à la socinienne, comme ils en conviengie à [s nent aisément, mais encore à la mahométane; car ou la regle est erer les

mahomé. générale, que le magistrat ne peut contraindre les consciences ;

ms Ou s'il y a des exceptions, on ne sait plus à quoi s'en tenir ni où

Ue ls Sarréter.

ani Les tolérans se moquent de M. Jurieu, quand il dit que la tolé-

me ^ ance n'est due qu'à ceux qui recoivent les trois symboles ? : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes. Mais s'ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnoitre Jésus-Christ pour le Messie, il leur demandera à son tour où est écrite cette exception. Si le magistrat est persuadé qu'il n'a point d'autorité sur la religion, ou, comme parlent les tolérans , que la conscience n'est pas de son ressort, et qu'il s'élève sous son empire quelques dévots de l’Alcoran, pourra-t-il leur refuser une mosquée ?? Voilà déjà une conséquence du Commentaire philosophique qu'il faut recevoir : mais on n'en demeu-

1 Lett. de Suisse, p. 4143. — * I Ann., lett. 11, p. 11; De T'Un., traité vr, chap. vL. + — 3 Comment. philos., chap. vi1 et suiv.

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