‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 111 sur 403 · PARTIE III, N. XCVII · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. XCVII

sions de son église; ou il examinera par lui-méme le fond des doetrines qu'il entreprendra d'abolir. Le premier est absolument contraire aux principes dela Réforme, qui ne connoit point cette soumission aux décisions de l'Eglise : le magistrat de la prétendue Réforme seroit plus soumis à l'autorité humaine, telle qu'est selon ses principes celle de l'Eglise, que le reste du peuple; et on tomberoit dans l'ineonvénient tant détesté par M. Jurieu, que les synodes seroient les juges, et les princes les exécuteurs et les bourreaux '. L'autre parti n’est pas moins absurde, parce que si le magistrat n'est point de ceux dont parle M. Jurieu, qui n'ont pas la capacité d'examiner les dogmes, il est du moins de ceux qui n'en ont pas le loisir, et à qui pour cette raison la discussion ne eonvient pas. |

L'exemple des empereurs chrétiens que le ministre propose aux magistrats de la Réforme est inutile. Il est vrai que ces empereurs, comme dit M. Jurieu, « ont proscrit et relégué aux extrémitez de l'Empire les hérétiques dont la doctrine avoit esté condamnée par les conciles : » mais c'est qu'aprés que les conciles avoient prononcé, ces princes religieux en recevoient la sentence comme sortie de la bouche de Dieu mesme, ainsi que l'empereur Constantin recut le décret de Nicée ? : mais c'est qu'ils ne croyoient pas qu'il füt permis de douter ou de disputer lorsque l'Eglise s'étoit expliquée dans ses conciles; et ils disoient que chercher encore aprés leurs décisions, c'estoit vouloir trouver le mensonge, comme Marcien le déclaroit du concile de Chalcédoine *. En un mot, ils vivoient dans une église, où, comme nous l'avons dit souvent dans ce discours, comme nous l'avons démontré ailleurs et sans que personne nous ait contredit *, on prenoit pour règle de la foi, qu'il falloit tenir aujourd'hui celle qu'on tenoit hier; où la souveraine raison étoit de dire : /Vous baptisons dans la mesme foy dans laquelle. nous avons esté baptisez, et nous croyons dignes d'anathéme tous ceux qui, en condamnant leurs prédécesseurs, croient avoir trouvé l'erreur en règne dans l'Eglise de Jésus-Christ. En

1 L Ann., lett. 11, p. 41. — ? Ruf., Hist. eccl., lib. X, cap. v. — 3 Edict. Val. et Marc., Conc. Chalced., p. 3, n. 3; Ed. Labb., tom. IV. — ^I Avert., n. 29-31 et suiv.

punir les hérétiques

L'exemple des empereurs càtholiques allégué par le ministre Jurieu, ne prouve rien dans laRéforme dont la constitution est contraire à celle de l’ancienne Eglise.

ces temps et selon ces principes, il est aisé de régler la foi; puisque tout dépend du fait de l'innovation dont tout le monde est témoin. Mais comme la Réforme a quitté ce principe salutaire et cet inviolable fondement de la foi des peuples, il faut que son magistrat, co mme les autres, et plus que les autres, examine toutes les questions naissantes , autrementil se mettroit au hasard de tourmenter des innocens, et de prêter son ministère à l'injustice. Ne lui parlons pas de luthéranisme, d'arminianisme, ni du socinianisme vulgaire : encore qu'il y ait pour lui dans toutes ces sectes des labyrinthes inexplicables, puisqu'il ne lui est jamais permis de supposer que la Réforme n'ait pu se tromper dans tous ses synodes et dans toutes ses Confessions de foi. Tantót on lui prouvera, par une fine critique, qu'un passage et puis un autre ont été fourrés dans l'Evangile. ll ne saura où cela va, et il est clair que cela va àtout. Tantót on lui fera voir que ni les prophétes, ni les évangélistes, ni les apótres n'ont été véritablement inspirés ; qu'il ne faut point d'inspiration pour raisonner comme fait un saint Paul; et qu'il en faut encore moins pour raconter ce qu'on a vu comme a fait un saint Matthieu ; en un mot, qu'il n'y a rien de certainement inspiré que ce qui est sorti de la propre bouche du Sauveur; encore s’est-il accommodé aux opinions du vulgaire, en citant les prophétes et les autres écrivains sacrés comme vraiment inspirés de Dieu, quoiqu'ils ne le fussent pas. Tout cela c’est impiété, dira-t-on ; c'est néanmoins de quoi il s’agit aujourd'hui avec les sociniens : mais laissons-les là. Le magistrat n'aura pas meilleur marché des autres docteurs. Les ennemis déclarés de la grace intérieure , c'est-à-dire les pélagiens, trés-bons protestans d'ailleurs, lui demanderont la méme tolérance qu'on aecorde aux demi-pélagiens en la personne de ceux de la Confession d'Augsbourg : M. Jurieu l'assure déjà qu'il faut précher à la pélagienne: le méme lui dira qu'on ne peut prouver par l'Ecriture l'immutabilité de Dieu , ni par conséquent condamner ceux qui la nient, et qui assurent sur ce fondement l'inégalité des trois Personnes divines. Si on vient à s'opiniátrer , et que cette doctrine fasse. secte , voilà le magistrat à chercher. Nous avons vu ce ministre trouver des exceptions à l'Evangile : s'il y en a pourles mariages,

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