‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 113 sur 403 · PARTIE III, N. XCIX · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. XCIX

pisme. Que peuvent dire les tolérans? Le fait est certain. Voilà, leur ditle ministre selon leurs principes, non une partie, mais toute la réformation établie dans le monde par la violence, par la contrainte, par des voies injustes et criminelles. Mais la conséquence en est terrible: ces Messieurs, poursuit ce ministre, sont de bonnes gens de vouloir bien demeurer dans une religion ainsi faite... Voilà nostre réformation qu'on livre pieds et poings liez à toute la malignité de nos ennemis, et à toute l'ignominie dont on la veut couvrir. ll y a bien apparence, conelut-il, que Dieu ait permis qu'un ouvrage, dans lequel eux-mesmes reconnoissent le doigt de Dieu, fust fait universellement par des voies antichrétiennes. »

II paroissoit ici une échappatoire « pour la réformation de la France, qui s'est faite sans l'autorité des souverains : » mais le ministre y sait bien répondre : car, dit-il !, « premièrement, c'est si peu de chose, qu'elle ne doit pas estre comparée à tout le reste. Secondement, quoique laréformation aitcommeneé en France sans l'autorité des souverains, cependant elle ne s'est point établie sans l'autorité des grands ; et, poursuit-il,si les rois de Navarre , les princes du sang et les grands du royaume ne s'en fussent meslés, » (en.se révoltant contre leurs rois, et en faisant nager leur patrie dans le sang des guerres civiles) « la véritable religion auroit entièrement succombé, comme elle a fait aujourd'hui. » Ne voilà-t-il pas une religion bien justifiée ? La force et l'autorité sont si nécessaires à la Réforme, qu'au défaut de la puissance légitime, il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles : mais enfin les faits sont constans, et les tolérans n'ont rien à y répliquer.

Vantez-vous aprés cela que, pour attirer ce grand nombre qui a suivi la Réforme, il n’a fallu que montrer la lumière de l'EÉvangile, elaire par elle-méme, et écouter les réformateurs comme de nouveaux apótres, du moins comme des hommes extraordinairement envoyés pour ce grand ouvrage : les tolérans se riront de ces vains discours; et quelque violence que vous leur fassiez, ils sentiront bien dans leur cœur que vos vrais réformateurs sont

1 Tabl., lett. vr, p. 505,

La rébellion et la force nécessaires aux protestans de France, selon lc ministre.

Le ministre démonire aux tolérans que les princes de la Réforme dé-

cident des matiéres de foi:

décret des Etals gé-

néraux,

les magistrats ignorans au gré de qui la Réforme a. été construite.

Cependant les voilà pressés d'une étrange sorte, ou plutót tous les protestans se portent mutuellement des coups mortels, L'un dit quela religion universellement introduite par l'autorité et la contrainte n'est pas une religion, mais une hypocrisie ; et que forcer en cette sorte les consciences, c'est le pur et véritable antichristianisme. L'autre dit : Sortez donc de la Réforme, qui eonstamment n'a point eu un autre établissement : Vous étes de bonnes gens, de vouloir bien demeurer dans une religion ainsi faite *.

M. Jurieu ne demeure pas en si beau chemin : dans le besoin qu'il a d'une autorité pour fixer la religion, il prétend qu'il appartient au magistrat de décider de la foi; et en cela il faut avouer qu'il ne fait rien de nouveau. Malgré les anciennes maximes de la Réforme, il avoit déjà enseigné ailleurs, comme nous l'avons démontré ?, que les synodes ne peuvent point prononcer de jugement en ces matières : que les pasteurs ne sont point des juges, et qu'on les écoute seulement comme des experts. Il avoit encore enseigné que les confédérations, qui forment les églises particuliéres, sont des établissemens arbitraires que les princes font et défont, augmentent et diminuent à leur gré; en sorte que tout dépend de leur autorité dans les églises. C'est ce qu'il avoit appris de Grotius : mais ce qu'il disoit alors confusément et en général, il le confirme maintenant par des exemples?; et non content d'étaler avec soin les maximes outrées de son auteur, sans presque y rien changer, il aceable les tolérans par un décret des Etats, où ils prononcent tout court sur la foi, sur la vocation, sur la prédestination : le fait est incontestable; les paroles du décret sont précises, et le ministre l'avoue"*.

Il est vrai qu'avant que de prononcer,les Etats ont écouté les ministres : mais il ne faut pas s'y tromper, il les ont écoutés seulement comme conseillers : « Lesquels , disent-ils , leur ont donné leurs. conseils par écrit.» Voilà donc le partage des pasteurs, qui

{Jur., Tabl., lett. vrir, 500, 504 et suiv.— ? Var.,liv. XV, n. 69, 105 et suiv. — 3 Lett. virt. — * Ibid., p. 465, 481-483; Dec. Ord., ap. Grot., tom. 111, p. 114.

LA

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