PARTIE I, N. CV
peut trouver tout ce qu'il faut croire et faire pour estre sauvé ! : d’où il conclut que l'Ecriture est très-suffisante et très-claire nonseulement en ce qui regarde le fond des dogmes, mais encore dans les façons de parler dont il les faut expliquer ? : ce qu'on ne peut nier, continue-t-il, sans nier en mesme temps la clarté, la perfection, et la suffisance de l'Ecriture, et sans introduire avec le papisme la source de tous les maux et la torture des consciences. »
Sur ce fondement, il conclut, selon le raisonnement de Jean Bergius, qu'il appelle un grand théologien, et trés-zélé pour la paix de l'Eglise ?: «Que si les sociniens et les ariens persistent sans contention dans les expressions de l’Ecriture, sans les détourner ni les tronquer, et aussi sans y ajouster leurs explications et leurs conséquences, on ne devroit pas les condamner, encore qu'ils ne voulussent pas recevoir nos explications ou nos facons de parler humaines ; » c'est-à-dire , selon le style de ces docteurs, celles qui ne sont pas tirées de l'Ecriture. Car ils posent pour fondement, qu'on ne peut contraindre personne à « d'autres phrases ou expressions, qu'à celles de l'Ecriture *. Ce qu'il faut, dit Strimésius 5, principalement appliquer aux sociniens modérez, et aux autres qui doutent des dogmes fondamentaux, ou plutót des explications orthodoxes de ces dogmes ; lesquels, poursuit cet auteur, on doit recevoir comme des infirmes dans la foy, quoiqu'ils révoquent en doute les propositions des orthodoxes qui ne se trouvent pas expressément dans l'Ecriture, et qu'ils se croient obligez à s'en abstenir par respect; pourvu qu'ils se renferment dans celles qui s'y trouvent, et qu'ils ne s'emportent pas, comme font les plus rigides d'entre eux, jusqu'à nier les choses que l'Ecriture ne nie pas. »
Ainsi, selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion, qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment, les sociniens qu'ils appellent modérés, qui n'avouent non plus que les autres la divinité de Jésus-Christ ni celle du Saint-Esprit, ni l'incarnation, ni le péché originel, ni la nécessité de la grace, ni l'éternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sont connus, ne different pas tant d'avec nous dans les dogmes fondamentaux, que
1 Conradi, etc., 8 3, p. 15. — ? [bid., P. 18, 19. — 3 Ibid. 8 5, p. 31. — * Ibid., B 4, p. 24, — 8 P. 37.
dans l'explication de ces dogmes; ce qui oblige nécessairement à les recevoir au nombre des vrais fidèles : et quand il faudroit reconnoitre, ce qui en effet ne devroit pas étre mis en contestation, qu'ils rejettent les articles fondamentaux, on n'a pas droit d'exiger d'eux, non plus que des ariens et des autres hérétiques, qu'ils confessent avec les Péres de Nicée et de Constantinople, « que le Fils de Dieu soit de mesme substance que son Pére, ou qu'il soit engendré de sa substance, ou qu'il ne soit pas tiré du néant, ou que le Saint-Esprit soit ce Seigneur égal au Pére et au Fils, qu'il faille pour cette raison adorer et glorifier avec eux : » car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans l'Ecriture, on tombe par tous ces discours, disent ces auteurs, dans le cas de vouloir parler mieux que Dieu mesme*. En un mot, il faut effacer par un seul trait tout ce que les premiers conciles méme œcuméniques ont inséré dans leurs symboles ou dans leurs anathématismes, s'il ne se trouve dans l'Ecriture en termes formels. Car c'est là ce que ces docteurs appellent parler «le langage de Babylone, établir une autorité humaine, et un autre nom que celuy de Dieu ?, » n'y ayant rien de plus absurde, disent-ils *, que de faire accroire « à celuy qui sait tout, qu'il n'a pas eu la science des mots lorsqu'il a inspiré les auteurs sacrez, ou que la force n'en estoit pas présente à son esprit, ou qu'il n'y a pas pris garde, ou qu'il n'a pu faire entrer son lecteur dans sa pensée, en sorte qu'illuy faille pardonner d'avoir parlé ignoramment et inconsidérément; et que les hommes aient droit de soutenir qu'il falloit choisir d'autres termes que les siens pour bien faire entendre sa pensée, ou du moins pour éviter et convaincre les hérésies, et que les leurs enfin sont plus propres à conserver et à défendre ses véritez, que ceux dont il s'est servi luy-mesme : » ce qui, disentils *, « n'est autre chose que de vouloir enseigner Dieu et luy apprendre à parler de ses véritez, au lieu que nous le devrions apprendre de luy. »
Telle est la doctrine qu'on enseignoit en Allemagne dans les académies de l'Etat de Brandebourg ; celle de Strimésius, profes-
1 Conradi, etc., 8 &, p. 28. — ? Ibid., p. 81, 32, — ? Ibid., p. 25. — * Ibid., p. 25, 28.