‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 117 sur 403 · PARTIE III, N. CVI · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CVI

seur en théologie de l’université de Francfort-sur-l'Oder ; celle de Conrad Bergius, ci-devant professeur en théologie de la même université, dont il publioit les écrits et recommandoit la doctrine; celle de Jean Bergius, de Grégoire Franc, une des lumières de la méme académie, comme il l'appelle; celle de Martin Hundius; celle de Thomas Cartwright, Anglois ; celle de toute l'académie de Duisbourg dans le duché de Clèves, et de plusieurs autres docteurs célèbres dans la Réforme, et qu'il cite aussi avec honneur. L'abrégé et le résultat de leur sentiment est « qu'il ne faut ni tenir ni appeler personne hérétique, lorsque dans les matières de la foy il souscrit à toutes les expressions et manières de parler de l'Eeriture, et qu'il n'ose rien affirmer ou nier au delà; mais qu'il se croit obligé à s'abstenir de tout autre terme par une crainte religieuse et de peur de parler mal à propos des choses saintes; et au contraire, on doit tenir pour schismatiques tous ceux qui séparent un tel homme, comme hérétique, de leurs assemblées et de leur culte *. »

On voit par là où tous ces docteurs, la fleur du parti protestant, réduisent le christianisme contre les sociniens. Il n'est pas permis d'exiger d'eux la souscription des conciles de Nicée et de Constantinople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer en termes formels que le Saint-Esprit soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit égal au Pére et au Fils, ni que le Fils lui-méme soit proprement Dieu sans figure et dans le sens littéral, ni, en un mot, d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'Ecriture, d'autres paroles que celles dont ils abusent pour tromper les simples. Ils n'ont qu'à répondre que s'ils refusent ces expressions, nécessaires pour découvrir leurs équivoques, et qu'ils ne veuillent pas dire, par exemple, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient vraiment et proprement un seul Dieu éternel; c'est par respect pour l'Ecriture et pour ses dogmes; c’est pour ne point enseigner Dieu, et entreprendre de parler mieux que lui de ses mystères : il faudra les recevoir dans les assemblées chrétiennes sans aucune note : ce seront ceux qui les refuseront qu'il faudra noter comme schismatiques, et mettre par

1 Conradi, etc., S 4, n. 6, p. 31.

Horribles inconvéniens. de celte doctrineet des principes des protesfans, d’où elle est lirée,

conséquent dans ce rang les conciles de Nicée et de Constantinople, et tousles autres qui ont obligé de souscrire à leurs formules de foi sous peine d'anathéme.

' Il ne sert de rien de répondre qu'on les recoit à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi; car ce seroit étre trop novice en cette matiére, que d'ignorer que ces hérétiques n'en demandent pas davantage. Ces sociniens qu'on appelle modérés, c'est-à-dire dans la vérité, les plus déliés etles plus zélés de cette secte , ne vous iront pas dire à découvert que le Fils ou le Saint-Esprit, à proprement parler, ne sont pas Dieu. Ils vous diront simplement qu'ils n'osent assurer qu'ils le soient, ni mieux parler que le Saint- Esprit, ou se servir de termes qui ne soient pas dans l'Ecriture. Ils tiennent le même langage sur tous les autres mystères. Au reste, vous diront-ils avec un air de modestie qui vous surprendra, ils ne veulent pas faire la loi, ni imposer à personne la nécessité de les en croire: trop heureux qu'on veuille bien les supporter, du moins à titre d'infirmes. Car aprés tout, que leur importe sous quel nom ils s'insinuent dans les églises ? Dés qu'on leur permet de douter, on léve toute l'horreur qu'on doit avoir de leurs dogmes : l'autorité de la foi est anéantie, et il n'y a plus qu'à tendre le bras à toutes les sectes.

cvm. On voit donc en toutes manières que la pente de la Réforme

Démons-

tration que C'est l'indifférence. Car, à ne point se flatter, elle doit sentir que

tte doc- ^ ^ 5 X E . » ü tie et la doctrine qu'on vient de voir est tirée de ses principes les plus insépara- : NP 3 : n ble du Po. essentiels et les plus intimes. En effet que pourroit-elle répondre

testantis-

me, et ne à Ces docteurs, lorsqu'ils objectent que d'imposer aux consciences

peut être

détruite la nécessité de souscrire à des expressions qui ne sont pas de l'E-

Tues Criture, c’est leur imposer un joug humain; c'est déroger à la at, plénitude et à la perfection des saints Livres, et les déclarer insuffisans à expliquer la doctrine de la foi; c'est attribuer à d'autres paroles qu'à celles de Dieu la force de soutenir les consciences chancelantes *? Mais si l'on admet ces raisonnemens tirés du fond, et pour ainsi dire, des entrailles du protestantisme, les fraudes des hérétiques n'ont point de remède , et l'Eglise leur est livrée en proie. Il faut donc avoir recours à d'autres maximes ; il

1 Conradi, etc., 8 4, p. 30.

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