‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 118 sur 403 · PARTIE III, N. CVIIT · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CVIIT

faut croire et confesser avec nous l'assistance perpétuelle de l'Esprit donné à l'Eglise, non-seulement pour conserver dans som trésor, mais encore pour interpréter les Ecritures. Car si l’on n'est assuré de cette assistance, l'Eglise pourra se tromper dans ses interprétations : on ne saura si le consubstantiel est bien ou mal ajouté au Symbole : on ne pourra y souscrire avec une entière persuasion, ou, comme parle saint Paul, avec la plenitude de la foi! : on sera contraint d'en demeurer aux termes dont les hérétiques abusent, et on n'aura rien à dire à ceux qui offriront de souscrire à l'Ecriture; ce que nulle secte chrétienne ne refusera.

Il ne sert de rien de répliquer que ces auteurs ou quelques-uns d'eux semblent reconnoitre « qu'on a pu trés-rarement et avee le consentement unanime de toute l'Eglise ajouter à l'Ecriture quelques locutions ou quelque phrase, à condition que l'équipollence de ces locutions avec celles de l' Ecriture seroit manifeste et presque sans controverse ?. » Car cela visiblement ce n'est rien dire; puisque si ces expressions n'ajoutoient rien du tout à l'Ecriture, et ne servoient pas à serrer de plus prés les hérétiques, on les iniroduiroit en vain : et toujours; quoi qu'il en soit, pour obliger les chrétiens à les recevoir, il faudroit présupposer une entière et indubitable infaillibilité « dans le consentement unanime de l'Eglise, et méme dans un consentement qui seroit presque sans controverse, » et de la plus grande partie : ce qui ne peut convenir avec l'esprit de la Réforme. C'est pourquoi dés son origine elle a répugné à toutes ces additions et interprétations de l'Eglise. Il n'y en eut jamais de plus nécessaire à fermer la bouche aux ennemis de la divinité de Jésus-Christ que celle du consubstantiel. Voici néanmoins ce qu'en dit Luther ?: « Si mon ame a en aversion leterme de consubstantiel, il ne s'ensuit pas que je sois hérétique... Ne me dites pas que ce terme a été recu contre les ariens : plusieurs et des plus célèbres ne l'ont pas recu, et saint Jérôme souhaitoit qu'on l'abolit. » C'est imposer à saint Jéróme : c'est mentir à la face du soleil que de parler de cette sorte, à moins de vouloir compter parmi les plus excellens hommes de l'Eglise les ariens

1 Rom., IV, 20; Hebr., x, 22. — ? Conradi, etc., p. 25. — $ Luth., cont. Latom.

CVIIIT, Vaine réponse dé-

truite :

preuve par le témoignage des réformateurs, que la doctrine desindifférens est du premier esprit dela Réforme :

lé consubstantiel méprisé et les sociniens admis.

et les demi-ariens, qui seuls se sont opposés au consubstantiel de Nicée. Luther continue: « Il faut conserver la pureté de l’Ecriture : Que l'homme ne présume pas de prononcer de sa bouche quelque chose de plus clair et de plus pur que Dieu n'a fait de la sienne. Qui n'entend pas la parole de Dieu, lorsqu'il s'explique par lui-mesme des choses de Dieu, ne doit pas croire qu'il entende mieux l'homme, lorsqu'il parlera des choses qui lui sont étrangères. » C'est précisément ce que nous disoient les auteurs qu'on vient de citer; et on voit plus clair que le jour qu'ils n'ont fait que prendre le sens et répéter les paroles du chef de la Réforme. Il pousuit : « Personne ne parle mieux que celui qui entend le mieux le sujet dont il parle. Mais qui pourroit entendre les choses de Dieu mieux que Dieu mesme? Qu'est-ce que les hommes sont capables d'entendre dans les choses divines? Que le misérable mortel donne donc plutót gloireà Dieu , en confessant qu'il n'entend pas ses paroles, et qu'il cesse de les profaner par des termes nouveaux et particuliers, afin que l'aimable sagesse de Dieu nous demeure toute pure et dans sa forme naturelle. » On voit par là, qu'en conséquence des fondemens sur lesquels il avoit bàti sa Réforme, il regarde comme opposé à la sagesse de Dieu le terme de consubstantiel ajouté à l'Ecriture dans le Symbole de la foi, et traite de profanation et de nouveauté cette addition si nécessaire du concile de Nicée.

Selon ce méme principe Calvin a improuvé dans ce concile Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, comme nous l'avons remarqué ailleurs; et dans un autre endroit il donne pour régle, « que lorsqu'il s'agit de Dieu, nous ne devons pas étre moins scrupuleux dans nos expressions que dans nos pensées; parce quetout ce que nous pouvons penser par nous-mesmes d'un si grand objet n'est que folie; et tout ce que nous en pouvons dire est insipide ! : » ce qui lui fait regarder les expressions qu'on ajoute à l'Ecriture, «comme étrangères, et comme une source de querelles et de disputes. » C'est encore ce que nous disent les sociniens sur le terme de consubstantiel et sur celui de Trinité, bien qu'ils soient consacrés depuis tant de siècles par l'usage de tout

! Instit., lib. I, cap. Xii, n. 8. à;

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