‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 119 sur 403 · PARTIE III, N. CVIII · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CVIII

ce qu'il y a eu de chrétiens : en quoi ils suivent encore l'exemple de Luther, qui « ne trouve rien de plus froid que ce petit mot Trinité, qu'aussi on ne lit point dans l'Ecriture *. » C'étoit donc l'esprit de la Réforme, dés sa première origine, d'óter à l'Eglise toutes les interprétations qu'elle ajoutoit à l'Ecriture, quelque nécessaires qu'elles fussent, et de rompre toutes les barrières qu'elle avoit mises entre elle et les hérétiques.

Conformément à cette doctrine de Luther et de Calvin, Zanchius, un des principaux réformateurs, donne pour règle qu'il «n’est pas permis d'interpréterl'Eeriture par d'autres termes que ceux dont elle se sert, et qu'en avoir usé autrement a été la cause de tous les maux de l'Eglise ?:» se servir de phrases humaines, c’est donner lieu selon lui à des sentimens humains ?. Cet auteur, sans contestation un des premiers de la Réforme, ne se contente pas de poser le méme fondement que Strimésius et les autres que nous avons cités; maisil en tire les mémes conséquences en faveur des sociniens, puisque dans sa lettre à Grindal, archevéque d'Yorck, qu'il fait servir de préface au livre qu'il lui dédie sur la Trinité, il parle des sociniens en ces termes : « Quelques-uns d'eux sont tombés dans ce sentiment, non pas de bon cœur, mais par quelque sorte de religion, à cause qu'ils craignent que s'ils confessoient et adoroient Jésus-Christ comme vrai Dieu éternel, ils ne fussent blasphémateurs et idolâtres. Il faut avoir quelque égard pour des gens de cette sorte, puisque Jésus-Christ est venu au monde pour eux, lui qui n'y est point venu pour les réprouvés *. » Voilà donc manifestement, selon cet aufeur, ceux qui ne veulent ni croire ni adorer Jésus-Christ comme vrai Dieu éternel, exclus du nombre des réprouvés. Ils n'ont qu'à dire ce qu'ils disent tous, que c'est par crainte de blasphémer et d’idolàtrer : Zanchius les sauve; et tous nos docteurs allemands n'ont fait que le copier, comme on a vu.

Il est done, encore une fois, plus clair que le jour, qu'en rejetant l'autorité etl'infaillibilité de l'Eglise, la Réforme a posé le fondement de l'indifférence des religions : de sorte que les protes-

1 Postilla maj. dom. Trin.— ? Zanch., tom. VIII, Tract. de Script., quæst. XII, cap. II, reg. 7, — ? Resp. ad Examen. — * Zanch., Epist. ad Grind.

tans, qui entrent aujourd'hui en foule dans ce sentiment, ne font que suivre les pas des réformateurs et prendre le vrai esprit de la Réforme.

x. M. Jurieu ne veut pas croire que les protestans ccs ds g E Er soient favorables à cette doctrine. Outre les preuves quona tirées Low de l'aveu de ce ministre, j'ai pris soin de faire traduire fidèlement ue de l'anglois le témoignage d'un des plus célébres auteurs de l'é- Pam glise anglicane, dont le livre intitulé, La Religion des protestans une voie sûre au salut, fut dédié par son auteur à Charles I”, et dans la suite s’est rendu célèbre par le grand nombre d'éditions qu'on en a faites, et depuis peu par les extraits qu'on en a donnés au public. Il pose pour fondement * que « comme pour bien juger de la religion catholique , il faut la chercher non dans Bellarmin ou Baronius, ou quelque autre de nos docteurs; et l'apprendre non de la Sorbonne, ni des jésuites, ni des dominicains et des autres compagnies particuliéres, mais du concile de Trente dont les catholiques romains font tous profession de recevoir la doctrine : ainsi pour connoitre la religion des protestans, il ne faut prendre ni la doctrine de Luther, ni celle de Calvin ou de Mélanchthon, ni la Confession d'Augsbourg ou de Genève, ni le Catéchisme de Heidelberg , ni les Articles de l'église anglicane, ni méme l'harmonie de toutes les Confessions protestantes; mais ce à quoi ils souscrivent tous comme à une règle parfaite de leur foi et de leurs actions, c'est-à-dire, la Bible. Oui La Bible, continue-t-il, la Bible seule est la religion des protestans : tout ce qu'ils croient au delà de la Bible et des conséquences nécessaires, incontestables et indubitables qui en résultent, est matière d'opinion et non matière de foi.» Voilà déjà, comme on voit, tous ceux qui se disent chrétiens bien au large, de quelque secte qu'ils soient, puisqu'ils n'ont [rien à souscrire ni à recevoir comme de foi que la Bible seule et ses conséquences incontestables et indubitables; ce qui ne ferme la porte à aucune secte. « C'est la mesure, dit-il, qu'il prend pour lui-méme, c'est celle qu'il propose aux autres; et je suis, poursuit-il, bien assuré que Dieu ne m'en demande pas davantage. »

1 Chap. vi, n. 56,

Page 1