PARTIE III, N. CIX
Dans la suite il y appose la condition, non-seulement de croire que UEcriture est la parole de Dieu; mais aussi de tâcher d'en trouver le sens et d'y conformer sa vie *: ce qui n'exclut encore aucun chrétien; n’y en ayant point qui ne tâche, ou ne se vante de tácher de bien entendre l'Ecriture et d'en trouver le vrai sens : de sorte qu'on ne peut exclure nulle secte du christianisme, puisqu'elles professent toutes ce qui seul est jugé nécessaire et suffisant pour le salut.
Il appuie encore sur ce principe, en disant: « que les protestans conviennent de ees trois articles: «1° Que les livres de l'Eeriture dont on n'a jamais douté sont certainement la parole de Dieu : 2° que le sens que Dieu a eu dessein de renfermer dans ces livres est certainement vrai: 3° qu'ils doivent faire tous leurs efforts pour croire l'Ecriture dans son vrai sens, et y conformer leur vie : d’où il conclut qu'aucune erreur ne peut nuire au salut de ceux qui sont disposés de cette sorte; puisque les vérités mémes, à l'égard desquelles ils sont dans l'erreur, ils ne laissent pas de les eroire d'une foi implicite : et pourquoi, demande-t-il à un catholique, une foi implicite en Jésus-Christ et en sa parole ne suffiroit-elle pas aussi bien qu'une foi implicite à votre Eglise ?? »
Il n’y a personne qui n'entende la différence qu'il y a entre le catholique, qui dit : Je crois ce que croit l'Eglise, et notre protestant qui dit : Je crois ce que Jésus-Christ veut que je croie, et ce qu'il a voulu enseigner dans sa parole: car il est aisé de trouver ce que croit l'Eglise, dont les décisions expresses sur chaque erreur sont entre les mains de tout le monde; et s'il y reste quelque obscurité , elle est toujours vivante pour s'expliquer; de sorte qu'étre disposé à croire ce que croit l'Eglise, c'est expressément se soumettre à renoncer à ses propres sentimens, s'ils sont contraires à ceux de l'Eglise qu'on peut apprendre aisément : ce qui emporte un renoncement à toute erreur qu'elle a condamnée. Mais le protestant qui erre est bien éloigné de cette disposition ; puisqu'il a beau dire : Je crois tout ce que veut Jésus-Christ et tout ce qui est dans sa parole: Jésus-Christ ne viendra pas le
1 Chap. vi, n. 31. — ? Rép. à la préf. de son advers., n. 26.
désabuser de son erreur et l’Ecriture ne prendra non plus une autre forme que celle qu'elle a pour l'en tirer : tellement que cette foi implieite, qu'il se vante d'avoir en Jésus-Christ et à sa parole, n'est au fond qu'une indifférence pour tous les sens qu'on voudra donner à l'Ecriture; et se contenter d'une telle profession de foi, c'est expressément approuver toutes sortes de religions.
Ainsi dans cette demande du protestant, qui paroit si spécieuse, Pourquoi la foi implicite en Jésus-Christ n'est-elle pas aussi suffisante que la foi en votre Eglise ? on peut voir quelle illusion est cachée dans les propositions qui ont la plus belle apparence. Mais sans disputer davantage, et pour s'attacher- seulement à bien entendre notre docteur, il nous suffit d'avoir vu que cette foi dont il est content, Je crois ce que veut Jésus-Christ, ou ce qu'enseigne son Ecriture, n'est autre chose que dire: Je crois tout ce que je veux et tout ce qu'il me plait d'attribuer à Jésus-Christ et à sa parole, sans exclure de cette foi aucune religion ou aucune secte de celles qui reçoivent l'Ecriture sainte, pas méme les Juifs; puisqu'ils peuvent dire, comme nous : Je crois tout ce que Dieu veut, et tout ce qu'il a fait dire du Messie par ses prophètes : ce qui enferme autant toute vérité, et en particulier la foi en Jésus- Christ, que la proposition dont notre protestant s'est contenté.
On peut encore former sur ce modèle une autre foi implicite que le mahométan et le déiste peut avoir comme le juif et le chrétien : Je crois tout ce que Dieu sait : ou si l’on veut encore pousser plus loin, et donner jusqu'à l'athée, pour ainsi parler, une formule de foi implicite : Je crois tout ce qui est vrai, tout ce qui est conforme à la raison : ce qui implicitement comprend tout et méme la foi chrétienne; puisque sans doute elle est conforme à la vérité, et que notre culte, comme dit saint Paul *, esf raisonnable.
Mais, pour nous restreindre aux termes de notre protestant anglois, on voit combien est vague sa foi implicite : Je crois Jésus- Christ et son Ecriture; et quelle indifférence elle établit, d’où « il conclut que dans les contradictions apparentes qui se rencontrent souvent entre l'Ecriture, la raison et l'autorité d'une
1 Rom., XII, 4.