‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 12 sur 403 · PARTIE I, ART. I, N. XI · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. I, N. XI

sonne, et donnant une portion de sa substance pour son Fils sans la détacher de soy !. » Qu'y a-t-il de plus scandaleux et de plus impie tout ensemble, que de réduire le Fils de Dieu à l'imperfection « d'un germe et d'une semence, » comme il parle? Mais n'est-ce pas assez clairement et en termes assez formels le reconnoitre muable, et faire un Dieu changeant et un Dieu changé ? Mais que falloit-il davantage pour faire un Dieu corporel, que de l'avouer divisible et de lui attribuer des divisions et des portions de substance? Où réduit-on le christianisme? et ose-t-on se vanter de confondre les sociniens, lorsqu'on dit que de semblables blasphémes ne ruinent pas le fondement de la foi?

Voilà ce qu'il écrivoit en 1689; et loin de corriger ces blasphémes dans une Lettre qu'il compose exprés pour s'en justifier, il y assure de nouveau que la seconde nativité du Verbe est sa «parfaite nativité ?, » et que la première est plutôt « une conception » qu'un enfantement parfait ?. Ce n'est pas tout : par cette seconde nativité, de «sagesseil est devenu Verbeet personne parfaitement née ^: » par conséquent quelque chose de plus fait et de plus formé qu'il n'étoit auparavant : en sorte « que la Trinité a pris dans cette naissance son estre développé et parfait : ce quia fait croire aux docteurs des trois premiers siécles qu'ils estoient en droit de compter la naissance de la Trinité de ce qu'ils appeloient sa parfaite nativité ^. » Non content d'avoir proféré tant d'impiétés, il y met le comble en cette sorte : « À Dieu ne plaise, dit-il, que je voulusse porter ma complaisance pour cette théologie des anciens jusqu'à l’adopter ni mesme la tolérer aujourd'huy ! On doit pourtant bien remarquer que l'on ne scauroit réfuter par l'Ecriture cette théologie bizarre des anciens, et c'est une raison pourquoy on ne leur en scauroit faire une hérésie. Il n'y a que la seule idée que nous avons aujourd'huy de la parfaite immutabilité de Dieu, qui nous fasse voir la fausseté de cette hypothése : or nous n'avons cette idée de la parfaite et entiére immutabilité de Dieu que des lumiéres naturelles qu'une mauvaise philosophie peut obscurcir *. »

1 Lett. V1, 1689; I Avert., n. 14. — ? Tab., lett. VI, p. 259, 261. — 8 Ibid., 263, 362. — * Ibid., 233, 285. — 5 Ibid., 260, 261. — 6 Ibid., 268.

Que le ministre, en s'expliquant en 1690 et dans son Tableau , met le comble à ses erreurs : passage plein d'impiété et d'absurdité.

xil. On ne sait en vérité par où commencer pour démontrer l’imidée di. piété de ce discours. Mais ce qui frappe d'abord, c'est que les sur Iun. anciens croyoient Dieu véritablement muable; et ce qui passe de Dien : toute absurdité, que la parfaite immutabilité de Dieu est une idée mene: « d'aujourd'hui.» Elle n'étoit pas hier : elle est nouvelle dans Piglioe e l'Eglise, et ne doit pas étre rangée au nombre de ces vérités qui ne Ta»: ont toujours été crues, et partout : Quod, ubique , quod, semper. denen Mais ce qu'il y a de plus absurde et de plus impie, c'est qu'elle est ures, mais

. nouvelle non-seulement à l'Eglise primitive, mais encore aux pe. —prophétes et aux apôtres, puisque, selon M. Jurieu, « on ne peut réfuter par l'Ecriture » cette bizarre théologie des anciens. Ce n'est que des philosophes que nous prenons cette idée que nous ayons « aujourd'huy » de la parfaite immutabilité de Dieu : sans la philosophie, la doctrine des chrétiens sur un attribut aussi essentiel à Dieu seroit imparfaite. Croire ce premier Etre muable, ce n'est pas une erreur contre la foi, c'est, si l'on veut, une erreur ou une hérésie philosophique , laquelle n'est point contraire à la révélation : les philosophes ont mieux connu Dieu que les chrétiens, et mieux que Dieu lui-méme nme s'est fait connoitre par son Eeri-

ture.

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