ARTICLE II
Erreur du ministre, qui ne veut voir la parfaite immutabilité de Dieu ni dans les Péres ni dans l'Ecriture méme.
xi. C'est bien là en vérité le discours d'un homme qui ne sait plus
Passages
ist Ce qu'il dit, et qui en faisant le savant n'a rien lu de l'antiquité
premiers
Aue «r quen courant et dans un esprit de dispute. Car s'il avoit lu posé-
la parfaite
man. ment le seul livre de Tertullien Contre Praxéas, il y auroit trouvé lité de
pie: que C68 paroles sur la personne du Fils de Dieu : « Etant Dieu, il le
le ministre
we connait faut croire immuable et incapable de recevoir une nouvelle forme, Tagus; parce qu'il est éternel !. » Mais qu'est-ce encore selon cet auteur, que d'étre immuable et éternel? « C'est ne pouvoir étre transfiguré ou changé en une autre forme, parce que toute transfiguration est la mort de ce qui étoit auparavant. Car, poursuit-il , tout ce qui est transformé cesse d'étre ce qu'il étoit, et commence
1 Tertull., Adv. Praz., n. 26.
PARTIE I, ART. II, N. XIII. 19 d'étre ce qu'il n'étoit pas : mais Dieu ne cesse point d'étre ni ne peut étre autre chose que ce qu'il étoit. » Je voudrois bien demander à M. Jurieu si ses métaphysiciens d'aujourd' huy dont il veut tenir celle belle idée de la parfaite immutabilité de Dieu, plutôt que de l'Ecriture et de l'ancienne et constante tradition de l'Eglise, lui en ont parlé plus précisément que ne vient de faire cet ancien auteur? Et si ce n'est pas assez, il ajoute encore «que la parole qui est Dieu, etla parole de Dieu demeure éternellement, et persévère toujours dans sa propre forme. » Voilà celui qui selon M. Jurieu introduit un Verbe qui achéve de se former avec le temps : voilà comme il ignoroit l'immutabilité de Dieu , et en particulier celle de son Fils. Il conclut l'immutabilité de ce qu'il est, par l’immutabilité de ce qu'il dit. L'auteur du livre de la Trinité, qu'on croit étre Novatien, suit les idées de Tertullien, et déclare comme lui que « tout ce qui change est mortel par cet endroit-là t. » Il faudroit donc ôter aux anciens avec l'idée de l'immutabilité celle de l'éternité de Dieu dont la racine, pour ainsi parler, est son Etre toujours immuable. De là vient qu'en disputant contre ceux qui mettoient la matière éternelle, ces graves théologiens leur démontroient qu'elle ne pouvoit l'étre, parce qu'elle étoit sujette aux changemens. Tertullien soutient Contre Hermogéne, « que si la matière est éternelle, elle est immuable et inconvertible, incapable de tout changement; parce que ce qui est éternel perdroit son éternité, s'il devenoit autre chose que ce qu'il étoit. Ce qui fait Dieu, poursuit-il, c'est qu'il est toujours ce qu'il est; de sorte que si la matiére recoit quelque changement, la forme qu'elle avoit est morte : ainsi elle auroit perdu son éternité : mais l'éternité ne se peut perdre?. » Remarquez qu'il ne s'agit pas de changer quant à la substance et à l'étre, mais quant aux manières d’être, puisque c'est en présupposant quela matière n'étoit point muable dans le fond de son être, qu'on procède à faire voir qu'elle ne peut l'étre en rien, et qu'on ne lui peut rien ajouter. Théophile d'Antioche procède de même : « Parce que Dieu est ingénérable, c'est-à-dire éternel, il est aussi inaltérable. Si donc la matière étoit éternelle, comme le disent les platoniciens, elle ne pourroit recevoir aucunealtération etseroit
1 De Trin., cap. 1v. — ? Cont. Herm., cap. XII.
égale à Dieu; car ce qui se fait-et ce qui commence est capable de changement et d'altération : mais ce qui est éternel est incapable de l'un et de l’autre‘. » Athénagore dit aussi que «la Divinité est immortelle, incapable de mouvement et d'altération *;» ce qui emporte, non-seulement l'immutabilité dans le fond de l'étre, mais encore dans les qualités et universellement en tout : d’où il conclut que le monde ne peut étre Dieu, parce qu'il n'a rien de tout cela. Il nefaut pas oublier que ces passages sont tirés des mêmes endroits d'oü le ministre conclut ces prétendus changemens dans Dieu et dans son Verbe. Pour se former une idée parfaite de l'immutabilité de Dieu, il ne faut que ce petit mot de saint Justin? : «Qu'est-ce que Dieu?» et il répond : «C’est celui qui est toujours le méme, et toujours de méme facon, et qui est la cause de tout; » ce qui exclut tout changement, et dans le fond et dans les manières ; et cela est tellement l'essence de Dieu, qu'on en compose sa définition. Les autres anciens ne parlent pas moins clairement; et si occupé de toute autre chose que de l'amour de la vérité, le ministre ne veut pas se donner la peine de la chercher où elle est à toutes les pages, Bullus et son Scultet lui auroient montré dans tous les auteurs qu'il allégue, dans saint Hippolyte, dans saint Justin, dans Athénagore, dans saint Théophile d'Antioche et dans saint Clément d'Alexandrie, que non-seulement le Pére, mais encore nommément le Fils, «est inaltérable, immuable, impassible , incapable de nouveauté, sans commencement * : » et quand ils disent sans commencement, ils ne disent pas seulement que luiméme ne commence pas, mais encore que rien ne commence en lui, comme ils viennent de nous l'expliquer ; et c'est pourquoi ils joignent ordinairement à cette idée celle de tout parfait, «av:evic , pour montrer qu'on ne peut rien ajouter ni diminuer en Dieu : ce qui enferme la trés-parfaiteimmutabilité de son Etre. La voilà done dans les plus anciens auteurs cette parfaite immutabilité, que le ministre ne veut savoir que d'aujourd'hui; et la voilà dans tous ceux oü il croit trouver le contraire, sans méme qu'on puisse ré-
1 Lib. II, ad Autol. — ? Legat. pro Christ., ad cale. — 3 Dial. cum Tryph.,
p. 105. — * Seult. Medul. PP., 1 part, p. 7, 107, 114, 198, etc.; Just., Apor., 1, n. 6, p. 45; Dial. cum Tryph., supra; Athen,, apud Just.; Clem. Alex., Strom. 4, 1, p. 103; Hip., Collect. Anast.