‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 122 sur 403 · PARTIE III, N. CXII · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CXII

fondamentales établie, non du côté des objets de la religion, ou sur la nature même de ces erreurs, mais sur la disposition de ceux qui y sont, et ce qui tranche en un mot la question des articles fondamentaux, cet auteur les réduit tous à celui-ci, de croire l'Ecriture , et de tácher de la croire dans son vrai sens ! : voilà, dit-il, en un mot le catalogue des articles fondamentaux , et ce qui suffit au salut de tout homme : où l'on voit une tolérance parfaite, et le salut accordé sur le fondement commun des indifférens, qui est de sauver tous ceux qui se servent de leur raison pour chercher la vérité dans l'Ecriture.

Il n'y à qu'un seul reméde à une si dangereuse maladie qui tend manifestement à l'extinction du christianisme et de toute religion : c'est de chercher la vérité non par sa seule raison, mais avec l'Eglise, sous son autorité, sous sa conduite. Car s'il y a au monde un fait constant, c'est que la chercher tout seul, méme dans la sainte Ecriture, par son propre esprit, par son propre raisonnement, et non pas avec le corps et dans l'unité de l'Eglise, c’est la source de tous les schismes et de toutes les hérésies : et Sil y a un moyen solide d'éviter ce mal et toute innovation dans la foi, c'est celui de soumettre, non pas Dieu et son Ecriture, comme on voudroit nous faire accroire que nous le pratiquons, mais son sentiment particulier sur l'intelligence de cette Ecriture à celui de l'Eglise universelle : et s'il y a un besoin pressant que l'expérience nous rende sensible, c'est celui que nous avons d'un tel secours.

Faute de vouloir s'en servir, notre protestant anglois, avec son d amour prétendu pour la raison, pour la vérité, pour l'Ecriture, wis aes est tombé comme les autres dans l'abime de l'indifférence : comme “soie les autres il a ôté à l'Eglise le moyen de discerner et de convaincre rest les hérétiques, en la réduisant avec eux aux termes précis de e

lEcriture, et bannissant les interprétations qu'elle oppose aux a * ur

mauvais sens qu'on lui donne. « Cette présomption, dit-il?, avec dans le

méme sen-

laquelle on attribue le sens des hommes aux paroles de Dieu, le tmt:

nullesortie

sens particulier des hommes aux expressions générales du Saint- de ce

abime que

Esprit; et on oblige la conscience à les recevoir sous peine de par la toi 1 Rép. à la Préf., n. 21. — ? Ibid., chap. 1v, n. 16.

de l'Eglise eatholique

mort et de damnation : cette vaine imagination, que nous pouvons mieux parler des choses de Dieu que par les paroles de Dieu; cet orgueil qui nous porte à canoniser nos propres interprétations, et à user de tyrannie pour les faire recevoir aux autres ; cette manière dont on ose restreindre la parole de Dieu, la tirer de son étendue et de sa généralité, et oster à l'entendement des hommes cette liberté que Jésus- Christ et les apostres lui ont laissée : tout cela, dis-je, est et a toujours été la seule source de tous les schismes de Eglise; c'est ce qui les rend immortels; c'est ce qui met le feu dans tout le monde chrétien ; c'est ce qui déchire en pièces non-seulement la robe, mais encore les entrailles et les membres de Jésus-Christ, au grand plaisir des Tures et des Juifs, ridente Turcà, nec dolente Judæo. Ostez cette muraille de séparation, et en un moment fous les chrétiens seront unis : ostez ces manières de persécuter, de brusler, de maudire, de damner les hommes, parce qu'ils ne souscrivent pas aux paroles des hommes comme aux paroles de Dieu; demandez seulement aux chrétiens de croire en Jésus-Christ, et de n'appeler leur maistre qui que ce soit que luy seul. Que ceux qui de bouche renoncent à linfaillibilité, y renoncent aussi par leurs actions; rétablissez les chrétiens en leur pleine et entière liberté, de ne captiver leur entendement qu'à l' Ecriture seule : et alors comme les rivières quand elles ont un libre passage courent toutes à l'Océan, ainsi l'on peut espérer de la bénédiction de Dieu, que cette liberté universelle réduira incontinent tout le monde chrétien à la vérité et à l'unité. »

A qui en veut ce docteur, sinon manifestement à ceux qui voudroient obliger les ariens, les pélagiens, les sociniens et tous les autres hérétiques, à dire que Jésus-Christ est Dieu éternel? que le Pére, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu souverainement et uniquement adorable, d'une méme majesté et d'une méme nature? à dire que Dieu et l'homme en Jésus-Christ sont une méme et seule personne, à qui est due une seule et méme adoration avec le Père et le Saint-Esprit? à dire qu'il y a un péché originel véritablement transmis de notre premier pére jusqu'à nous? à dire que la grace intérieure est absolument nécessaire à

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