‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 123 sur 403 · PARTIE IIT, N. CXII · texte numérisé non relu

PARTIE IIT, N. CXII

chaque action de piété? à dire que les damnés auront à souffrir la peine d'un feu éternel autrement que saint Jude ne l'a dit des habitans de Sodome et de Gomorrhe !, ou autres choses semblables?.et en un mot, à qui en veut-il, si ce n'est à ceux qui voudroient pousser les hérétiques quels qu'ils soient, au delà des expressions de l'Ecriture qu’ils détournent, comme dit saint Pierre ?, à un mauvais sens, et les tirer de leur étendue et de leur généralité, comme parle notre Anglois?

C'est. sur ce pied qu'il travailloit à la réunion du christianisme : sur le pied de M. d'Huisseau , ministre de Saumur, que nos prétendus réformés ont condamné : trés-bien selon les principes de l'Eglise catholique, mais trés-mal selon les principes de la Réforme : trés-bien en présupposant que l'Eglise est infaillible dans ses interprétations, et qu'elle a droit d'obliger tous les chrétiens à s'y soumettre; mais trés-mal en s'attribuant à eux-mémes par leurs actions une infaillibilité qu'ils renoncoient en paroles, selon que leur reproche cet Anglois : car c'est en présupposant cette autorité et infaillibilité de l'Eglise qu'ils condamnent des chrétiens préts à souscrire à l'Ecriture sainte, et à toutes ses expressions, sans en refuser aucune, sans aussi y rien ajouter: pour cette raison seulement qu'ils ne veulent pas se soumettre aux interprétations de l'Eglise, ni renoncer à la liberté qu'ils prétendent que Dieu a donnée de s'en tenir précisément à la parole de l'Ecriture dans sa généralité.

C'est ainsi, comme l'on a vu, que l'ont entendu non-seulement Strimésius et les auteurs qu'il allègue ; mais encore dés l'origine de la Réforme, Luther, Calvin, Zanchius, et les protestans anglois comme les autres. Chillingworth , qui est celui qu'on vient d'entendre, en est une preuve convaincante, parce que son livre a paru avec une approbation authentique et des éloges extraordinaires des théologiens d'Oxford. Aussi est-ce un des plus suivis de tous leurs docteurs. Il s'est formé en Angleterre sur ses principes une secte qui est répandue dans toute l'église anglicane protestante, où l'on ne parle que de paix et de charité universelle. Les défenseurs de cette paix se donnent eux-mémes le nom de Latitudi-

1 Jud., 1. — * 1 Petr., n1, 16.

nariens, pour exprimer l'étendue de leur tolérance qu'ils appellent charité et modération, qui est le titre spécieux dont on couvre la tolérance universelle. On ne peut nier que cette doctrine ne se rende commune en Angleterre : et s'il faut parmi ceux qui la défendent à présent que je produise un auteur connu, je nommerai sans hésiter M. Burnet. C'est lui qui pour lier les mains au magistrat sur les affaires de la religion, donne pour principe général que « nos pensées qui regardent Dieu, et les actions qui sont les effets de ces pensées, ne sont point de son ressort t. » M. Jurieu, qui montre aujourd'hui tant de zèle pour l'autorité du magistrat, n'a qu'à s'attaquer à cet auteur. Mais il lui dira beaucoup d'autres choses qui lui déplairont davantage. Il lui dira que l'hérésie n'est rien du tout « que l'opiniastreté dans une erreur aprés estre convaincu que c'est une erreur ?: » ce qui réduit l'hérésie à rien; puisque , selon cette définition, il n’y a rien en soi qui soit hérétique, et par conséquent aucune erreur qu'il ne faille tolérer. Il lui dira « que selon les principes de l'Eglise romaine qui se croit infaillible , l'intolérance est plus aisée à soutenir *; » mais qu'elle ne peut subsister dans une église comme la leur, « qui ne prétend rien davantage qu'un pouvoir d'ordre et de gouvernement, et qui ne nie pas qu'elle ne puisse se tromper. » Il conclura de ce principe « qu'on ne doit pas étre trop prompt à juger mal de ceux qui sont d'un autre sentiment que nous, ou agir avec eux d'une manière rigoureuse; puisqu'il est possible qu'ils aient raison et que nous ayons tort *: » ce qui lui fait appeler la rigueur de ce qu'on appelle l'église anglicane envers les non-conformistes , {a rage d'une persécution insensée *.

Pour sauver les variations qu'on impute aux protestans, il répond qu'ils n'ont jamais varié sur le Symbole des apôtres ni. sur les dix commandemens * : deux pièces où sont contenus tous les articles de foi; le reste qu'on a inséré dans les Confessions de foi des protestans , n'étant selon lui que des vérités théologiques dont les principes de la Réforme ne permettent pas qu'on impose les

1 Préf. sur Lact., p. 18. — ? Ibid., p. 31. — ? Ibid., p. 39. — * Ibid., p. 39, 40. — 5 Ibid., p. 46, 41. — 6 Rem. sur les Méth. du Clergé de France, méth, xvi, p. 458, art. 3.

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