‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 124 sur 403 · PARTIE III, N. CXIII · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CXIII

decisions aux autres hommes; ni qu'on les oblige à les signer ni à en jurer l'observation.

Voilà bien pour M. Jurieu un autre adversaire qu'un M. Huet, et que les autres ministres qu'il étonne par ses injures, qu'il accable par la crainte d'étre déposés. Celui-ci méprise autant ses censures que ses emportemens et sa véhémence; et. s'étant si hautement déclaré pour la tolérance universelle, il ne trouvera pas mauvais que M. Papin rende publiques les lettres qu'il lui a écrites pour autoriser cette doctrine, et le discours de Strimésius qu'on vient de citer, c’est-à-dire, lindifférence la plus déclarée qu'on ait jamais vue.

Il ne reste plus maintenant que de trancher en un mot une équivoque de quelques-uns de ces docteurs protestans qui ne veulent pas qu'on les mette au nombre des indifférens, parce que, disentils, bien éloignés d'admettre l'indifférence des religions, ils reconnoissent qu'il y en a une meilleure que les autres, plus certaine, plus vraie, si l'on veut, à laquelle il faut tàcher de parvenir par l'intelligence de l'Ecriture, qui est la protestante ou la réformée : mais tout cela c'est se moquer, puisqu'on a vu qu'en tàchant et en s'efforcant, à la manière qu'ils disent, de bien entendre l'Ecriture, on n'en est pas moins sauvé, bien qu'on demeure toujours et jusqu'au dernier soupir comme on étoit : qui est précisément ce qu'on appelle l'indifférence des religions, puisque dans le fond on se sauve en toutes; et l'expérience fait voir qu'il n'y a ni ne peut y avoir aucun remède à un si grand mal, qu'en croyant avee les catholiques que jamais on ne táche et on ne s'efforce comme il faut, jusqu'à ce qu'on en vienne enfin par ses efforts à soumettre de bonne foi son jugement à celui de l'Eglise.

Après cela, mes chers Frères, il ne faut point s'étonner que tout tende dans votre Réforme à l'indifférence des religions, ni qu'une infinité de gens aient dit à M. Jurieu que l'église anglicane, qu'il appelle l'honneur de la Réforme, y tende visiblement comme les autres, puisque nous venons de voir dans ses principaux docteurs des témoignages si précis de ce sentiment.

Sans encore sortir de l'Angleterre, la secte des indépendans est :

CXIIT.

indépen-

dantisme venue manifestement de la même source: et Jean Hornebeck, un

sorti de

cette sour- des plus célèbres docteurs de l'académie d'Utrecht, en est un bon

ce : autres

ser témoin, lorsqu'il écrit, dans le livre où il fait le recueil des mepris iB . , à 'Reriture sectes - « Qu'ils rejettent toutes les formules, tous les caté-

inévitable

Heat chismes, tous les symboles, méme celui des apôtres. Ils croient, mus dit-il, qu'il faut éloigner toutes ces choses comme apocryphes, pour ne s'en tenir qu'à la seule et unique parole de Dieu. » Un autre, que le méme auteur met au rang des enthousiastes ou prétendus inspirés, qui n'étoit point ignorant principalement en hébreu, ni de mauvaise vie, disoit « qu'il n’y avoit plus d'Eglise depuis les apostres, parce qu'il n’y avoit plus d'infaillibilité sur la terre, et que les docteurs qui n'en avoient point ne s'en vantoient pas moins de parler au nom de Dieu. » Un autre concluoit de là, «que jüsqu'à ce qu'on fust convenu quelle doctrine on auroit à suivre, il falloit établir des assemblées oü l'on ne lust que le simple texte de l'Ecriture sans gloses ni expositions; qu'on ne prononceroit. autre chose dans les chaires, et que tous les livres de religion, excepté l’Ecriture seule, seroient portez au magistrat ?. » Sur ce fondement il faisoit le plan d'une église non partiale : il avoit méme composé un livre sous ce titre, et un autre qu'il intituloit, ia Diminution des sectes. C'étoit visiblement lé méme dessein où sont entrés les docteurs qu'on vient de produire. Il n’y avoit, pour unir les sectes, que de permettre de eroire, de dire et d'écrire tout ce qu'on voudroit. C'est sauver tous les hérétiques sans les convertir, sans les ramener à la tige d’où toutes les sectes sont sorties, sans y songer seulement : et au contraire, en laissant oublier aux chrétiens, s'il se pouvoit, ce principe d'unité.sur lequel le Fils de Dieu a fondé son Eglise, pour substituer à sa place le caractère de division, qui est dans le royaume de Satan le principe de: sa désolation inévitable, conformément à cette parole : Tout royaume divisé en lui-même sera désolé, et les maisons en tomberont les unes sur les autres ?. On voit par là quels-prodiges l'ennemi du genre humain vouloit introduire sous prétexte de piété; c'est le vrai mystère d'iniquité *, c'est-à-dire, la plus dan-

1 Summa, Controv., lib. X; De Brownistri., p. 686. — ? Summa Controv., etc, p. 436, 431. — 3 Luc., XI, 17. — * |I Thess., 11, T.

Page 1