‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 125 sur 403 · PARTIE III, N. CXIV · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CXIV

gereuse hypocrisie sous couleur de rendre respect à la parole de Dieu, et par là l'indifférence des religions, afin de préparer la voie à la grande apostasie qui doit arriver, et à la révélation de l'Antechrist * : et tout cela fondé sur cette maxime, que les interprétations de l'Eglise ne pouvant étre plus infaillibles qu'elle-

méme, il demeure libre aux chrétiens de rejeter les plus authentiques , et de ne se réserver que le simple texte, à condition de le lourmenter et le tordre à sa fantaisie, jusqu'à ce qu'enfin on l'ait forcé à ne plus violenter le sens humain : qui est le but où se termine le socinianisme, et comme on a vu, le parfait accomplissement de la Réforme des protestans.

C'est par là aussi qu'il s'éléve de tous cótés au milieu d'eux tant de sectes de fanatiques; parce que d'un côté étant constant que l'Eeriture, dont on abuse en tant de manières, a besoin d'interprétation ; et de l'autre , celles de l'Eglise paroissant douteuses ou suspectes aux protestans par les principes de la secte; on est contraint, pour avoir un interprète infaillible, de s'attribuér une inspiration, un instinct venu du Saint-Esprit : d’où l'on est mené pas à pas au mépris du texte sacré, comme l'expérience le fait voir; tous ces inspirés prétendant enfin étre affranchis de Ja lettre, comme d'une sujétion contraire à la liberté des enfans de Dieu; et ainsi, par la plus grossière de toutes les illusions, une révérence mal entendue de l'Ecriture conduit enfin les esprits à la mépriser.

Pour éviter ces extrémités si visiblement pernicieuses, l'Eglise catholique, toujours assurée de l'Esprit qui l'anime et la dirige, n'a aussi jamais hésité à donner dés les premiers temps comme authentiques ses interprétations unanimes : en quoi, loin de croire qu'elle eüt dérogé à l'autorité des Livres saints, elle a au contraire toujours regardé ses explications comme étant le pur esprit de l'Ecriture, et ses traditions constantes et universelles comme faisant avec l'Eeriture un seul et méme corps de révélation.

C'est le seul moyen laissé aux fidèles, dans une doctrine aussi haute que celle du christianisme, et dans une aussi grande pro-

1I Thess., 11, 1.

Illusion de ceux qui

faisant peu fondeur que celle de l'Ecriture, d'entretenir parmi eux l'unité

d'eslime des dogmes, ne vantent que les bonnes mœurs.

que leur ordonne saint Paul, en leur disant : Soyez d’un même cœur et d'une méme ame, ayant tous les mêmes sentimens *. Ce qui devoit commencer par la foi; puisque le même saint Paul a dit encore : Un seul corps et un seul esprit : un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ?. Pour trouver cette unité de la foi dans une si effroyable multiplicité de sentimens et de sectes, on voit à quoi il faut réduire la foi chrétienne, et dans quelle généralité il faut prendre l'Ecriture. Nos indifférens, qui en ont honte, et des divisions où l'on tombe par la méthode qu'ils proposent pour entendre ce divin Livre, croient y trouver un remède en faisant peu de cas des dogmes spéculatifs et abstraits, comme ils les appellent, et ne vantant que la doctrine des mœurs. C'est la maxime de ces latitudinaristes dont nous venons de parler, qui disent que c'est dans les mœurs qu'il faut rétrécir la voie du ciel en la dilatant pour les dogmes. Tout consiste à bien vivre, disent nos indifférens ; et l'Ecriture n'a là-dessus aucune obscurité, ni le christianisme aucun partage. Mais c'est encore, sous le prétexte de la piété, la plus fine et la plus dangereuse hypocrisie. Car d'abord, pourquoi ne vouloir pas que captiver son intelligence, sous des mystères impénétrables à l'esprit humain, soit une chose qui appartienne à la doctrine des mœurs, et une partie principale du culte de Dieu, puisque c'est un des sacrifices qui coüte le plus à la nature, et qui est en soi des plus parfaits? Et pourquoi ne sera-ce pas encore un des exercices de la charité, de réduire les vrais chrétiens à la méme foi, en rendant obéissance à la méme Eglise, et par là étouffer les dissensions, les inimitiés, les aïgreurs et les autres maux de cette nature, parmi lesquels saint Paul a compté les hérésies et les sectes?, comme une source immortelle des divisions que l'esprit de Jésus-Christ devoit éteindre? C'est de cela néanmoins que nos parfaits chrétiens font peu d'état; et ils ne parlent que de bien vivre, comme si bien croire n'en étoit pas le fondement. Mais pour nous restreindre simplement à ce qu'ils appellent les mœurs, où ils semblent vouloir renfermer toute la religion, les sociniens et les autres qui les 1 Phil., 11, 2. — 3 Ephes., IV, &, 5. — 3 Galat., v, 20. j

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