PARTIE II, N. CXV
devoit étre inviolable : elle a transformé l'Eglise universelle en un amas de sociétés ennemies, qui ne laissent pas, dit M. Jurieu, «d'étre unies au corps de l'Eglise chrétienne, fussent-elles en schisme les unes contre les autres jusques aux épées tirées.» C'est ainsi qu'il nous a formé le royaume de Jésus-Christ sur le modèle de celui de Satan. Les autres ont poussé à bout le principe que ce ministre avoit posé : ils ne trouvent ce seul corps ni ce seul esprit de saint Paul, qu'en s'aecordant à compter pour rien par rapport au salut éternel toutes les divisions sur les mystères : ni l'unité de la foi, qu'en la faisant consister dans les plus vagues généralités, et en s'élevant au-dessus de toutes les décisions et interprétations de l'Eglise : ni enfin celle du baptême, qu'en sauvant généralement toutes les sectes où on le reçoit, sans remonter à la source d’où est dérivée cette eau salutaire, et d’où tous les hérétiques l'ont emportée.
Que si maintenant on veut savoir comment nos indifférens sont disposés envers l'Eglise romaine, qui seule se tient à la tige de son unité primitive, il ne faut qu'entendre Strimésius que nous avons tant cité, ou plutôt Jean Bergius un de ses auteurs qui parle ainsi : « Si les papistes ne vouloient point nous obliger à leurs propres et particuliéres explieations, et qu'ils cessassent de nous juger sur cela, mais qu'ils nous laissassent jouir des paroles et des explieations de Jésus-Christ, tout iroit bien?:» c'est-à-dire, qu'il les faudroit recevoir du moins à titre d'infirmes?, comme on fait les sociniens (car c'est de quoiil s'agissoit), et les mettre . par conséquent au rang des vrais chrétiens , qui pourroient se sauver dans leur religion. Ainsi l'Eglise romaine pourroit avoir part à cette commune confédération des chrétiens que l'on propose aujourd'hui sous le nom de tolérance, si, sans obliger personne aux interprétations qu'elle a reçues de tout temps, elle vouloit se contenter d'une souscription générale aux termes de l'Ecriture, qu'elle pourroit faire avec aussi peu de peine que les autres religions. Car encore qu'elle reconnoisse des traditions non écrites, tout le monde lui rend ce témoignage, qu'elle fait profes-
1 Préj., p. 55 Var., liv. XV, n. 51, 53 et suiv. — ? Strim., zbid., 8 5, p. 38. — 3 [bid., 31.
A quelle condition nos docteurs indifférens s'offrent à tolérer l'Eglise romaine :
confiance et fermeté de cette Eglise.
sion de ne rien admettre qui soit contraire à l’Ecriture : son fondement étant celui-ci, qu'il y a une parfaite uniformité dans tout ce qu'ont dit les apótres, soit de vive voix soit par écrit. Elle souscrit donc sans difficulté avec tout le reste des chrétiens à l'Eeriture sainte, comme à un livre inspiré de Dieu et immédiatement dicté par le Saint-Esprit; et elle ne se trouve excluse de cette prétendue société, qu'à cause qu'elle est et sera toujours par sa propre constitution opposée à l’indifférence des religions, et en un mot, comme parle M. Jurieu, la plus intolérante de toutes les sectes chrétiennes !.
De cette sorte on voit clairement que ce qui rend cette Eglise si odieuse aux protestans, c’est principalement et plus que tous les autres dogmes, sa sainte et inflexible incompatibilité, si on peut parler de cette sorte ; c’est qu’elle veut être seule, parce qu’elle se croit l'épouse : titre qui ne souffre point de partage; c'est qu'elle ne peut souffrir qu'on révoque en doute aucun de ses dogmes, parce qu'elle croit aux promesses et à l'assistance perpétuelle du Saint-Esprit. Car c'est en effet ce qui la rend si sévère, si insociable, et ensuite si odieuse à toutes les sectes séparées, qui la plupart au commencement ne demandoient autre chose, sinon qu'elle voulüt bien les tolérer, ou du moins ne les pas frapper de ses anathèmes. Mais sa sainte sévérité et la sainte délicatesse de ses sentimens ne lui permettoit pas cette indulgence, ou plutót cette mollesse; et son inflexibilité, qui la fait hair par les sectes schismatiques, la rend chère et vénérable aux enfans de Dieu; puisque c'est par là qu'elle les affermit dans une foi qui ne change pas, et qu'elle leur donne l'assurance de dire en tout temps comme en tout lieu : Je crois l'Eglise catholique : parole qui ne veut pas dire seulement, Je crois qu'il y a une Eglise catholique et une société où tous les enfans de Dieu sont recueillis ; mais encore et expressément : Je crois qu'il y a une Eglise catholique ét une société unique, universelle, indivisible, oà la vérité de Jésus-Christ , qui est la vie et la nourriture des chrétiens, est toujours immuablement enseignée ; ce qui emporte non-seulement, Je crois qu'elle est, mais encore, Je crois sa doctrine, sans laquelle elle ne seroit pas, et
1 Jur., Lett. pastor. aux fid. de Paris, etc.