‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 129 sur 403 · PARTIE III, N. CXV · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. CXV

perdroit le nom d' Zglise catholique. Et de méme que Jésus-Christ disoit hautement et sans craindre d’être repris : Qui de vous me convaincra de péché*? ce qui étoit un des caractères de sa divinité ; ainsi l'Eglise catholique, sa vraie et unique épouse, appuyée sur sa protection et sur sa promesse, dit hardiment à toutes les sectes qui ont rompu avec elle : Qui de vous me convainera d'avoir innové ? Et c'est là ce qui rend sensible que Dieu est en elle. Car eomme ce qui vérifie cette parole du Sauveur, Qui de vous me convaincra de péché? c'est qu'encore qu'on ait pu dire en général : Cet homme est un séducteur, et autres choses semblables ; dans le fait particulier on n'a jamais pu ni le convaincre d'aucune erreur dans sa doctrine, ni marquer avec tant soit peu de vraisemblance aucune irrégularité dans sa vie. De méme, si on ose en quelque faeon lui comparer son Eglise, soutenue de son secours et éclairée de son esprit, on a bien pu en général lui reprocher des innovations ; mais on n'a jamais pu ni on ne pourra jamais lui démontrer, par aucun fait positif, ni qu'elle ait changé aucun de ses dogmes, ni qu'elle se soit jamais séparée du tronc où elle avoit été insérée, ou de la pierre sur laquelle elle avoit été bâtie. Au lieu done-qu'elle n'a jamais vu naitre de secte, à qui elle n'ait pu dire aussitôt hardiment, et sans qu'on le püt nier : Voilà votre auteur, voilà votre date, et vous n'étiez pas hier; en sorte qu'elle leur montre à toutes sur le front le caractere ineffacable de leur nouveauté : personne n'a jamais pu et par conséquent ne pourra jamais lui montrer la même chose par aucun fait positif. Car elle a fait en tout temps et fait encore une si haute profession de ne jamais rien changer dans sa doctrine, que pour peu qu’elle y eût changé, ou qu’elle y changeát, elle ne pourroit soutenir son caractère, et perdroit tous ses enfans. C'est done là le fondement inébranlable et la pierre sur laquelle est appuyée la foi des humbles chrétiens ; c’est que, par la constitution de l'Eglise où ils ont à vivre, la nouveauté dans la doctrine leur y est toujours sensible ; et, comme nous l'avons dit, toujours réduite à ce fait constant : On.eroyoit hier ainsi; et on varie dans la foi, si aujourd'hui on ne croit de méme. Sur ce fondement, ilestclair que ne point 4 Joan., vin, 48.

Conclusion de ce dis-

cours :

aveu de M. Burnet et des autres sur l'instabilité des églises protestantes.

vouloir varier et demeurer dans l'Eglise, c'est la méme chose. C'est ce qui fait que l'Eglise ne varie jamais ; et la maxime contraire fait que les fausses églises, et en particulier la réformée , est exposée à varier toujours; puisque des qu'elle à trouvé un seul moment oü elle est forcée d'avouer qu'il falloit changer la foi de ceux par qui on avoit été instruit, baptisé , communié , ordonné, c'est-à-dire, la foi d'hier, elle n'a plus de raison de ne pas ehanger celle qu'elle embrasse aujourd'hui.

Aussi lorsqu'on lui objecte des variations, on peut voir ce qu'elle répond. «Quand tout ce que dit M. de Meaux seroit vray, » quand il auroit bien prouvé les variations de nos églises, « il n'auroit gagné, dit M. Burnet ‘, que ce que nous luy accordons, sans qu'il se donne la peine de le prouver; c'est que nous ne sommes ni inspirez ni infaillibles ; nous n'y aspirasmes jamais. » Sur ce fondement il conclut « que les réformez aprés que leurs Confessions de foy ont esté formées, s'y sont peut-estre attachez avec trop de roideur, et qu'il sera plus facile de montrer qu'ils devoient avoir varié, que de prouver qu'ils lont fait, et qu'ils sont blasmables en cela. » Voilà ce qu'a écrit M. Burnet, et cela qu'est-ce autre chose, à parler franchement, que d'avouer qu'on n'a rien de fixe, et que loin de s'étonner d'avoir varié, on s'étonne plutót de n'avoir pas varié beaucoup davantage? Mais de là où tombe-t-on, si ce n’est dans l'inconvénient marqué par saint Paul, de flotter comme des enfans, et de tourner à tout vent de doctrine? : qui est la marque la plus sensible d'une ame égarée? Telle est pourtant la réponse , non-seulement de M. Burnet, ce grand historien de la Réforme, mais encore celle de M. Jurieu ?, qui en est le principal défenseur; et afin que rien n'y manque, c'est encore celle de M. Basnage *: c'est en un mot celle de tous les protestans que nous connoissons, qui en effet, ne peuvent rien dire de plus spécieux selon leurs principes : Quelle merveille que nos églises aient varié, puisque nous ne les reconnoissons pas pour infaillibles? Comme s'ils disoient : Nous sommes une secte humaine, qui ne fonde sa stabilité sur aucune promesse de Dieu :

! Burn., Crit. des Var., p. '1, 8, ibid. — ? Ephes., 1v, 44. — 3 Jur., lett. v-vin ann, 1689. — ^ Basn., Rép. aux Var., Préf., etc.

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