PARTIE I, ART. JJ, N. XIV, XV
futer par l’Ecriture leur bizarre théologie, comme il l'appelle.
Il ne veut donc pas que Tertullien, lorsqu'il a dit avec tant de force que « Dieu ne change jamais , ni ne peut être autre chose que ce qu'il étoit à cause qu'il est éternel, » ait puisé cette belle idée de l'endroit où Dieu se nomme lui-même Celui qui est * ; c'est-à-dire, non-seulement celui qui est de lui-méme , et celui qui est éternellement, mais encore celui qui est éternellement tout ce qu'il est; qui n'est point aujourd'hui une chose et demain une autre, mais qui est toujours parfaitement le méme. Il ne veut pas que les anciens aient entendu la belle interprétation que le prophète Malachie a donnée à cette parole : Celui qui est, lorsqu'il fait encore dire à Dieu: « Je suis le Seigneur, le Jehovah, » et celui qui est, «et je ne change point ?, » c'est-àdire manifestement : Je ne change en rien, parce que je suis celui qui est; ce que je?ne serois plus si je cessois un seul moment d'étre ce que j'ai toujours été; ou, ce qui est la méme chose, si je commencois à étre ce que je n'étois pas.
Si on veut dire que l'antiquité n'ait pas vu un sens si clair dans les deux passages qu'on vient de citer, il faut donc encore les effacer du livre de Novatien *, qui en conclut que Dieu conserve toujours son état, sa qualité et en un mot tout ce qu'il est: il faudra dire encore que les saints docteurs n'auront pas vu dans saint Jacques, que «le Pére$des lumières ne recoit ni de mutation, ni d'ombre de changement * : » ou il faudra que saint Jacques, à cause qu'il n'avoit pas oui ces philosophes « d'aujourd'hui, » qui ont appris à M. Jurieu de si belles choses sur la perfection de Dieu, n'ait
pu nous donner comme eux une exacte idée de la parfaite exemption de tout changement, pendant que par ses paroles il en exclut jusqu'à l'ombre, et qu'il ne peut souffrir dans l'immutabilité de Dieu la3 moindre tache de nouveauté qui en ternisse l'éclat. Voilà ce qu'il faut penser] pour écrire ce qu'a écrit votre ministre. Peut-on dans un docteur, pour ne pas dire dans un prophéte, un plus profond étourdissement ?
Dira-t-il qu'on démontre bien dans;les Ecritures la parfaite immutabilité de Dieu, mais non pas celle de son Fils? Le Fils n'est
1 Exo7., 111, 14. — ? Malach., u1, 6. — ? De Trinit., cap. IV. — *Jacob., 1, 17.
Que les anciens ont vu dans l'Ecriture la parfaite immmuta bilité de Dieu,
Que l'immutabililé du'Fils de Dieu pa-
roi aues done pas Dieu, ou il est un autre Dieu que le Pére; et il faudra ans -
eie. reconnoitre un Dieu qui sera parfaitement immuable, et un Dieu qui ne le sera qu'imparfaitement? Mais que veut done dire ce verset du Psaume, que saint Paul, assurément très-bon interprète, applique directement à la personne du Fils de Dieu : «Pour vous, Seigneur, vous êtes toujours le méme! :» et toujours ce que vous êtes? Par où il nous fait entendre ce qu'il avoit dit au commencoment de I'Epitre, « qu'il étoitl'éclat de la gloire, et l'empreinte de la substance de son Père? : » par conséquent également grand, également éternel, également immuable en tout ce qu'il est.
ae Le ministre veut-il renoncer à convaincre les sociniens par tous eue CES passages de l'Ecriture? Mais veut-il renoncer encore à prou- ,Pwme ver par l'Ecriture ses propres articles de foi? Lisons la Confeseh sion des prétendus réformés, nous y trouverons à la téte que »evutpis € Dieu est une seule et simple essence, spirituelle , éternelle, imremm muable *. » Il n'en faut pas davantage : fermons le livre. Le mi- Dieu dans nistre veut-il se dédire de la maxime constante de sa religion, que
77" tous les articles de foi, principalement les articles aussi essentiels que celui-ci, sont prouvés, et clairement prouvés par l'Eeriture? Il doit done, selon lui-même, être bien prouvé par l’Ecriture que Dieu est parfaitement immuable; et si cette vérité y est claire contre M. Jurieu, les Pères à qui il la fait nier sont bien réfutés.
ae Il lui reste pourtant encore une échappatoire : car il est vrai ue les 2 5 ES . , S 1 passages qu'il ne s'est pas engagé à nier qu'on puisse prouver par lEeriqui prou- à ^A du : HAE due vat lim fürte l'immutabilité en général, mais la parfaite immutabilité *. mutabilité Hl ^ V E , .
4e Dim, Basse et pitoyable chicane s’il en fut jamais, puisque ce nom la prou- 3 n : zh AR NE d’immuable, exclusif de tout changement, consiste dans l'indiviaie:chi- ., Y re : E De .
RO sible comme celui d’éternel ; et ainsi de tous les noms divins il ministre.
n'y en a point qui porte en lui-même plus sensiblement le earaetere de perfection que celui-ci, où l'on voudroit mettre du plus ou du moins. On pourroit dire de méme, et à plus forte raison, qu'on prouvera bien par l'Eeriture que Dieu est bon, mais non pas parfaitement bon; sage, mais non pas parfaitement sage; heureux, mais non pas parfaitement heureux; et pour ne rien oublier,
1 Psal. C1; 265 Hebr., 1, 40, (1. — ? Ibid., 1, 3. — 8 Conf. de foi, art. 4. — ^ Tab., lett. v1, p. 268. à