‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 137 sur 403 · PARTIE I, N. II · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. II

U' Eucharistie , et M. du Bourdieu, ministre de Montpellier, qui depuis peu a dédié à M. Claude un Traité sur le retranchement de la coupe, approuvé par le méme M. Claude et par un autre de ses confrères , n'ont pas la méme sincérité. Ils voudroient bien nous persuader que ce pénitent recût le saint Sacrement sous les deux espèces, et qu'on les mélàt ensemble !, comme il s'est souvent pratiqué, mais longtemps après ces premiers siècles , et comme il se pratique encore en Orient dans la communion ordinaire des fidèles. Mais outre que ce mélange des deux espèces si expressément séparées dans l'Evangile, est venu tard dans les esprits et ne paroit au plus tôt qu'au septième siècle, où encore il ne paroit, comme nous allons voir, que pour y étre défendu ; les paroles de saint Denis, évéque d'Alexandrie , ne souffrent pas l'explieation de ces Messieurs, puisque le prétre dont il y parle ne commande pas de mêler les deux espèces, mais de mouiller celle qu'il donne, c'est-à-dire, sans contestation, la partie solide, qui ayant été gardée plusieurs jours pour l'usage des malades selon la coutume perpétuelle de l'Eglise, avoit hesoin d'étre détrempée en quelque liqueur pour entrer dans le gosier desséché d'un malade agonisant.

La méme raison fait dire aux Péres du quatriéme concile de Carthage, auquel saint Augustin a souscrit, qu'il faut faire couler l'Eucharistie dans la bouche d'un malade moribond : /nfund$ ori ejus Eucharistiam ?. Ce mot, faire couler, infundi, ne marque pas le sang seul, comme on pourroit le soupconner; car nous venons de voir dans Eusèbe et dans l'histoire de Sérapion, qu'encore qu'on ne donnât que le pain sacré et la partie solide de l'Eucharistie, on appeloit /a faire couler, quand on la donnoit détrempée dans une liqueur pour la seule facilité du passage. Et Rufin , qui écrivoit au temps du quatrième concile de Carthage , dans la version qu'il a faite d'Eusébe, n’exprime pas autrement que ce concile la manière dont Sérapion fut communié, disant qu'on lui fit couler dans la bouche un peu de l'Eucharistie : Parum Eucharistiæ in-

1 Hist. de ÜEuchar., Y part., chap. Xit, p. 145; Du Bourd., Deux réponses à deux Traités sur le retranch. de la coupe. Seconde rép., chap. xxit, p. 367. — 2 Conc. Carth. IV, c. T6.

fusum jussit seni preberi *. Ce qui montre l'usage de ces premiers temps, et explique ce que c'étoit que cette infusion de l'Eucharistie.

Le seul intérêt de la vérité m'oblige à cette remarque, puisqu'au fond il importe peu à notre sujet qu'on ait donné aux malades ou le corps seul, ou le sang seul, et qu'enfin ce seroit toujours communier sous une seule espèce. Car pour la distribution des deux espèces mélées, je ne crains pas qu'il vienne en l'esprit d'un homme de bonne foi, pour peu qu'il sache l'antiquité, de la mettre en ces premiers temps, où il ne paroit nulle part qu'on en ait eu seulement l'idée. L'histoire de Sérapion nous fait assez voir qu'on ne portoit aux malades de chez les prétres que le pain sacré tout seul ; que c'étoit à la maison du malade qu'on le détrempoit pour faciliter le passage; et qu'on étoit si éloigné de songer à le méler dans le sang, qu'on employoit une autre liqueur, uneliqueur ordinaire prise à la maison du malade, pour le détremper. En effet cette distribution du corps et du sang mélés, ne commence à se faire voir qu'au septième siècle dans le concile de Brague, où encore elle est défendue par un canon exprès ?. D'oü il est aisé de comprendre combien est au-dessous , non-seulement du troisième siècle et des temps de saint Denis d'Alexandrie, mais encore du quatrième et des temps du concile IV de Carthage, une coutume qui ne paroit la première fois qu'au septième siècle, trois ou quatre cents ans aprés, dans un canon qui l'improuve.

Nous verrons en un autre lieu combien on a eu de peine à laisser établir ce mélange, méme au dixième et onzième siècle, surtout dans l'Eglise latine; et ce sera un nouveau moyen de montrer combien peu on y pensoit dans les premiers temps et dans le concile IV de Carthage : ce qui laisse pour indubitable que la communion qu'on y ordonne aux malades étoit sans difficulté sous une seule espèce, et méme, comme celle de Sérapion , sous la seule espèce du pain.

Et on n'aura point de peine à le reconnoitre, ausu] on songera

1 Hist. Eccles. Euseb., Ruf., init. lib. Vl, cap. xxxiv. — ? Conc, Brac. IN, cap. Ir, Labb., tom. VI, eol. 563. i

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