‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 138 sur 403 · PARTIE I, N. II. à · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. II. à

comment saint Ambroise a communié à la mort dans le méme temps. Nous avons la vie de ce grand homme, que Paulin son diacre et son secrétaire, confondu mal à propos par Erasme avec le grand saint Paulin évêque de Nole, a écrite à la prière de saint Augustin, et qu'il lui dédie, où il raconte que saint Honorat, célèbre évêque de Verceil, qui étoit venu pour assister le saint à la mort, « durant le repos de la nuit, entendit par trois fois cette voix : Léve-toi, ne tarde pas, il va mourir. Il descendit, il lui présenta le corps de Notre-Seigneur, et le saint ne l'eut pas plutôt recu , qu'il rendit l'esprit!. » Qui ne voit qu'on nous représente ce grand homme comme un homme que Dieu prend soin de faire mourir dans un état où il n'avoit plus rien à désirer, puisqu'il venoit de recevoir le corps de son Seigneur? Mais en méme temps qui ne croiroit avoir bien communié en recevant la communion, comme saint Ambroise fit en mourant, comme la donna saint Honorat, comme on l'écrit à saint Augustin, comme toute l'Eglise le vit sans y rien trouver de nouveau, ni d'extraordinaire?

La subtilité des protestans s'est épuisée sur ce passage. Le fameux George Calixte, le plus habile des luthériens de notre temps et celui de nos adversaires qui a écrit le plus doctement contre : nous sur les deux espèces, soutient que saint Ambroise les a recues toutes deux *, et pour répondre à Paulin, qui raconte seulement « qu'on lui présenta le corps, lequel il n'eut pas plutót recu, quil rendit l'esprit, » ce subtil ministre a recours à la figure grammaticale nommée synecdoque, où on met la partie pour le tout, sans se mettre seulement en peine de nous rapporter un exemple d'une locution semblable dans une semblable occasion. Etrange effet de la prévention! On voit dans la communion de Sérapion un exemple assuré d'une seule espèce, sans que la réticence de la synecdoque y puisse étre seulement soufferte, puisque saint Denis d'Alexandrie explique si précisément qu'on ne donna que le pain et la seule partie solide. On voit le méme langage et la méme chose dans un concile de Carthage, et on voit dans le méme temps saint Ambroise communié, sans qu'il soit parlé

1 Paul., Vit. S. Ambr., Oper. S. Ambr.— ? Georg. Calixt., Disp. contra Comm. sub uná specie, n. 162.

d’autre chose que du corps. Bien plus, car.je puis bien avancer ici ce que je démontrerai dans un moment, tous les siècles ne nous font voir que le corps seul réservé pour la communion ordinaire des malades : cependant on ne veut point se laisser toucher de cette suite, et on préfère une synecdoque dont on n'allégue aucun exemple, à tant d'exemples suivis. Quel aveuglement, ou quelle chicane! ;

Si ces Messieurs vouloient agir de bonne foi et ne songeoient pas plutót à échapper qu'à instruire, ils verroient qu'il ne suffit pas d'alléguer en l'air la figure synecdoque, et de dire qu'il est ordinaire à la faveur de cette figure d'exprimer le tout par la partie. On élude tout par ces moyens, et on ne laisse plus rien de certain dans le langage. Il faut venir en particulier à la matière proposée, et au lieu dont il s'agit; examiner, par exemple, si la figure qu'on veut appliquer au récit de Paulin, se trouve dans quelque récit semblable, et si elle convient en particulier au récit de cet historien. Calixte ne fait rien de tout cela, parce que tout cela n'eüt servi qu'à le confondre.

Et d'abord il est bien certain que la figure dont il. parle n'est pas de celles qui ont passé dans le langage ordinaire, comme quand nous disons : Manger ensemble, pour exprimer le festin enüer et le manger avec le boire, ou comme les Hébreux nommoient le pain seul pour exprimer en général toute nourriture. Il n’a pas passé de méme dans le langage ecclésiastique et dans l'usage commun, de nommer le corps seul pour exprimer le corps etle sang, puisqu'au contraire on trouvera dans les Péres, à toutes les pages, des passages oü la distribution du corps et du sang est rapportée , en nommant expressément l'un et l'autre ; et on peut tenir pour constant que c'est l'usage ordinaire.

Mais sans nous fatiguer inutilement à rechercher les passages où les Pères peuvent les avoir nommés l'un sans l’autre, ni les raisons particulières qui peuvent les y avoir obligés : je dirai, en me renfermant dans les exemples dont il s'agit en ce lieu, que je n'aijamais vu aucun récit, où en racontant la distribution du corps et du sang, ils n'aient exprimé que l'un des deux.

Que si je n'en ai remarqué aucun exemple, Calixte n'en a re-

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