PARTIE I, N. Il
marqué non plus que moi; et ce qui doit faire croire qu'il n'y en a point, c'est qu'un homme si soigneux de ramasser contre nous tout ce qu'il peut, n'en a pu trouver.
Je vois aussi M. du Bourdieu qui a écrit depuis lui, et qui l'ayant si bien lu, puisqu'il le suit presque en tout, a dû suppléer à ce qui lui manque, nous dire, non pas à l'occasion de Paulin et de saint Ambroise, mais à l'occasion de Tertullien, que si ce Pére en parlant de la communion domestique dont nous parlerons aussi en son lieu, n'a nommé que le corps et le pain sacré sans nommer le sang ni le vin, c'est « qu'il exprime le tout par la partie, et qu'il n'y a rien de plus commun dans les livres et dans le langage ordinaire des hommes '. » Mais je ne vois pas que dans la matière dont il s'agit et dans le récit qu'on fait de la distribution de l'Eucharistie, il ait trouvé dans les Pères, non plus que Calixte, un seul exemple d'une locution, qui selon lui devroit être si commune.
Voilà deux ministres dans le méme embarras. Calixte trouve le corps seul nommé dans la communion d'un malade. M. du Bourdieu trouve la méme chose dans la communion domestique. Nous ne nous en étonnons pas. C'est que nous croyons ces deux communions données avec le corps seul: ces ministres n'en veulent rien eroire; tous deux se sauvent par la figure synecdoque; tous deux sont également destitués d'exemples en cas semblables : que reste-t-il, sinon de conclure que leur synecdoque est imaginaire, et en particulier que si Paulin ne nous parle que du corps seul dans la communion de saint Ambroise, c'est qu'en effet saint Ambroise n'a recu que le corps seul selon la coutume? S'il nous dit que ce grand homme expira aussitót aprés l'avoir recu, il ne faut point ici chercher de finesse, ni s'imaginer de figure : c'est la simple vérité du fait qui lui fait ainsi naturellement raconter ce qui se passa.
Mais pour achever de convaincre ces ministres, supposons que leur synecdoque soit aussi commune en cas semblable qu'elle y est rare ou plutót inouie : voyons si elle convient au passage en question, et à l'histoire de saint Ambroise. Paulin dit « que saint
1 Du Bourd., chap. xvi, p. 317.
Honorat s'étant retiré pour le repos de la nuit, une voix du ciel l'avertit que son malade alloit expirer; qu’il descendit à l'instant, lui présenta le corps de Notre-Seigneur, et que le saint rendit l'ame incontinent aprés qu'il l'eut recu. » Comment n'a-t-il pas dit plutôt qu'il mourut incontinent aprés qu'il eut recu le sang précieux, si la chose étoit en effet arrivée de cette sorte? S'il est aussi ordinaire que le veut Calixte, de n'exprimer que le corps pour signifier la réception du corps et du sang par cette figure qui fait mettre la partie pour le tout : il est aussi naturel que par la méme raison et par la méme figure, on trouve quelquefois le sang tout seul pour exprimer la réception de l'une et de l'autre espèce. Mais si jamais cela a dû arriver, c'a été principalement à l’occasion de cette communion de saint Ambroise et du récit que Paulin nous en a laissé. Puisqu'il nous vouloit montrer la réception de l'Eucharistie si promptement suivie de la mort du Saint, el représenter ce grand homme mourant comme un autre Moise dans le baiser du Seigneur : s'il eüt eu à abréger son discours, il auroit dà l'abréger en finissant par l'endroit par où eût fini la vie du saint évêque , c’est-à-dire par la réception du sang qui est toujours la dernière; d'autant plus que celle-là supposoit l'autre, et que c'eüt été en effet incontinent aprés celle-là que le Saint eût rendu à Dieu son ame bienheureuse. Rien n'eüt tant frappé le sens; rien ne se füt plus fortement imprimé dans la mémoire; rien ne füt plutót venu dans la pensée; et rien par conséquent n'eüt coulé plus naturellement dans le discours. Si donc on ne trouve dans l'histoire nulle mention du sang, c'est qu'en effet saint Ambroise ne le recut pas.
Calixte s'est bien douté que le récit de Paulin porteroit naturellement cette idée dans les esprits !; et c'est pourquoi il ajoute qu'il se peut bien faire qu'on eùt apporté au Saint le sang précieux avec le corps comme également nécessaire, mais que saint Ambroise prévenu de la mort, n'eut pas le temps de le recevoir : malheureux refuge d'une cause déplorée! Si Paulin avoit eu cette idée, au lieu de nous faire voir son saint évéque comme un homme qui par un soin spécial de la divine Providence, est mort avec tous
! Du Bourd., chap. xvi, p. 3117.